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Tecsult impliqué dans des magouilles électorales à Blainville et à Saint-Jérôme

Le député Daniel Ratthé
Le député Daniel Ratthé Photo: La Presse canadienne / Jacques Boissinot

La firme de génie-conseil Tecsult a participé à des stratagèmes de collusion et fait du financement politique illégal dans les municipalités de Blainville, Saint-Jérôme, Lorraine et Sainte-Thérèse, a affirmé mercredi à la commission Charbonneau un de ses ingénieurs retraités, Roger Desbois. 

Un texte de François Messier

M. Desbois a notamment confirmé avoir versé 30 000 $ en argent comptant pour la campagne à la mairie de Blainville de Daniel Ratthé en 2005. Il dit avoir versé l'argent à l'ex-maire Pierre Gingras, en l'absence de M. Ratthé.

Daniel Ratthé, qui a perdu cette course à la mairie, a été élu sous la bannière de la Coalition avenir Québec en septembre 2012. Son chef, François Legault, lui a demandé de se retirer du caucus du parti mardi, en raison de ces allégations. M. Ratthé a dit croire que son financement électoral avait été fait dans les règles.

En 2009, Tecsult a  fait volte-face en appuyant la campagne du maire François Cantin qui avait défait Daniel Ratthé en 2005. Roger Desbois dit qu'il a versé 10 000 $ à Dominic Cayer, qui épaulait le maire Cantin, à cette fin.

Le témoin a indiqué que M. Cayer avait laissé entendre que Tecsult allait profiter d'un retour d'ascenseur, mais n'a pu dire avec précision si cela s'était concrétisé.

Roger Desbois a par ailleurs précisé que l'argent versé à la campagne de Daniel Ratthé en 2005 lui avait été fourni par son patron, Luc Benoît. En 2009, il a cependant pigé dans l'argent que lui donnait les entrepreneurs de Laval en échange de faux extras, puisque Aecom, qui avait acheté Tecsult depuis, n'approuvait pas ces pratiques.

L'ingénieur retraité de Tecsult a dit être d'avis qu'une « forme de collusion » était pratiquée à cette époque à Blainville.

Le maire de Saint-Jérôme, Marc GasconLe maire de Saint-Jérôme, Marc Gascon

Des révélations sur le maire Gascon

À Saint-Jérome, Roger Desbois dit avoir versé 15 000 $ en trois versements à Christian Côté en 2006, 2007 et 2008 en vue de la campagne à la mairie du maire Marc Gascon en novembre 2009. Il dit aussi avoir récolté 50 000 $ en son nom auprès de deux entrepreneurs de la région, soit ABC Rive-Nord, lié à l'ex-ministre libéral David Whissel, et Quatre-Saisons.

M. Desbois a précisé que Claude Chagnon d'ABC Rive-Nord lui a remis 25 000 $ dans le cadre d'un contrat pour une usine de filtration, sur lequel Tecsult était partenaire de Dessau. Un cadre de cette firme, Serge Duplessis, l'avait prévenu de ne pas oublier de récompenser « le politique ».

L'autre somme de 25 000 $ lui avait été remise par Mario Leclerc de Quatre-Saisons, dans le cadre de l'autre contrat d'importance que Tecsult avait à l'époque, et qui portait sur des travaux d'infrastructures dans un nouveau développement de la Ville.

Roger Desbois soutient que Claude Chagnon lui a remis un cadeau de 5000 $ dans le cadre du contrat de l'usine d'épuration, et que Mario Leclerc lui a offert 7000 $ en argent comptant pour faire un voyage de pêche dans l'Ouest canadien en compagnie d'une dizaine d'autres personnes.

L'ingénieur a cependant refusé de participer au voyage afin « de ne pas prendre de risque inutilement ». Il dit avoir offert de rembourser Mario Leclerc, mais que ce dernier a décliné.

Roger Desbois n'a eu aucune hésitation lorsque le procureur Simon Tremblay lui a demandé s'il y avait de la collusion à Saint-Jérôme. Il a affirmé que l'octroi des contrats était décidé par le responsable du service d'ingénierie de la Ville, Richard Bégin, et que son successeur, Éric Frigon, faisait de même.

Des fonds illégaux pour la mairesse Surprenant de Sainte-Thérèse

Roger Desbois affirme qu'il a fait deux contributions politiques illégales de 5000 $ en argent comptant à la campagne de la mairesse de Sainte-Thérèse, Sylvie Surprenant. La première somme, versée à l'occasion de la campagne de 2005, a été remise à Jean-Guy Chartrand. La seconde, versée en 2009, a plutôt été remise à un monsieur Desjardins. Ce dernier avait demandé 10 000 $, a-t-il précisé.

Là encore, l'ingénieur à la retraite dit qu'il a reçu la première somme de Luc Benoît, mais qu'il a eu recours à l'argent que lui donnaient des entrepreneurs en construction en échange de faux extras pour payer la seconde.

M. Desbois précise cependant qu'il y avait « énormément moins » de collusion à Sainte-Thérèse qu'ailleurs, le service d'ingénierie de la municipalité exécutant la plupart de ses projets à l'interne. « Il n'y a pas de système en place à Sainte-Thérèse, on est deux ingénieurs conseils: Dessau et nous », a-t-il dit. « Il n'y a pas de direction de la part de l'ingénieur de la Ville. On est deux à être invité : s'il y a quelque chose d'intéressant, on s'appelle et c'est tout. ».

Roger Desbois dit que Tecsult s'intéressait à Sainte-Thérèse en raison d'un important contrat réalisé en consortium avec Dessau pour une usine de filtration. Lorsque la commission lui a montré que le comité de sélection dans ce projet avait attribué une note de 93 au consortium Tecsult-Dessau contre 52 pour SNC-Lavalin, il a convenu que le contrat avait peut-être été « orienté », mais sans pouvoir le confirmer.

Du financement illégal à Lorraine aussi

À Lorraine, Roger Desbois dit avoir versé 10 000 $ au parti de Boniface Dalle-Vedove lors des élections municipales de 2005. Il explique que c'est son solliciteur, l'avocat Mario Proulx, qui lui avait demandé cette contribution, autorisé une fois de plus par Luc Benoît.

M. Dalle-Vedove, qui a été élu en 2005, est revenu à la charge quatre ans plus tard en demandant 12 000 $ à Roger Desbois.

L'ingénieur dit qu'il a versé la somme à Mario Proulx, mais que seuls 2000 $ provenaient de l'argent obtenu des entrepreneurs en échange de faux extras. L'autre 10 000 $ est venu de Pierre Maisonneuve, de l'entreprise Charles Maisonneuve, que Tecsult avait favorisé dans un contrat de construction fait dans la municipalité.

Selon le témoin, Tecsult et CIMA sont les deux firmes présentes à Lorraine. Il souligne cependant que la Ville n'accorde qu'environ un contrat par année. Il a précisé qu'au moins un contrat a été « orienté » par le directeur général de la Ville, Denis Leclerc, afin que Tecsult l'obtienne.

Des expériences malheureuses 

Roger Desbois dit que Serge Hamelin lui a aussi demandé 30 000 $ pour sa campagne à la mairie de Mascouche en 2009. Trouvant que c'était trop, l'ingénieur a demandé à Yves Théberge CIMA de verser la moitié de la somme. Il a fait de même, avec l'accord de Luc Benoît. Serge Hamelin a cependant été défait par le Richard Marcotte. 

En 2009, a-t-il poursuivi, Serge Hamelin l'a rencontré dans une restaurant de Laval pour lui demander une nouvelle contribution. Roger Desbois a cependant répondu que Tecsult avait fait son entrée à Mascouche en faisant l'acquisition de Gemec.

Roger Desbois a cependant versé 5000 $ à Pierre Raymond de Gemec, à même les fonds provenant que lui versaient les entrepreneurs de Laval pour les faux extras. Il ne sait pas à qui M. Raymond a donné l'argent par la suite. 

Serge Hamelin a annoncé mardi soir qui démissionnait de Vision Démocratique de Mascouche en raison de ces allégations, qui n'avaient pas encore été faites publiquement.

Société