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Une nouvelle drogue « 40 fois plus puissante que l'héroïne » sur le marché montréalais

Yanick Cyr

Le démantèlement d'un laboratoire de fabrication de drogues de synthèse, le 25 avril dernier, a mené le Service de police de la Ville de Montréal à la découverte d'une nouvelle drogue jamais vue à ce jour au Québec. Les policiers s'inquiètent de la puissance de la drogue de synthèse qu'ils estiment 40 fois plus puissante que l'héroïne.

Ils ont saisi des produits chimiques - le Desmethyl fentanyl, l'ethylcathione et le pentadrone - généralement utilisés dans le milieu médical. Ces produits entrent dans la fabrication des drogues de synthèse.

Outre ce caractère inédit de la saisie, elle constituait également la plus importante saisie de drogue de synthèse de l'histoire du SPVM.

Les enquêteurs ont mené sept perquisitions le jour de cette saisie historique. L'une d'entre elles a permis de découvrir un laboratoire de production industrielle de drogue de synthèse où se trouvaient les nouvelles substances. Le laboratoire contenait également trois machines qui peuvent fabriquer chacune un comprimé en une fraction de seconde.

Le laboratoire de production de drogue de synthèse.

Le laboratoire de production de drogue de synthèse.

Photo : Danny Gosselin

Les policiers y ont également saisi 300 000 comprimés de drogue de synthèse, 1500 kilos de poudre servant de produit complémentaire dans la recette de drogue, 3 kilos de fentanyl - le puissant opiacé au coeur de la fabrication de la nouvelle substance - de même qu'un lot de poinçons et 37 armes à impulsion électrique (taser). Les enquêteurs ont également saisi de la marijuana, de l'ecstasy, des capsules de viagra et du haschisch.

Les policiers estiment que la quantité de poudre saisie aurait permis de produire 3 millions de comprimés. Ils précisent que les individus devaient importer certaines substances qui entraient dans la fabrication des drogues. Ils achetaient ces substances sur des sites Internet.

Une fabrication artisanale

« Il est faux de prétendre que c'est fabriqué en suivant un livre de recettes à la lettre, explique le directeur adjoint et chef Service à la communauté de la région sud du SPVM, Mario Guérin. « C'est fait par n'importe qui, n'importe comment et surtout n'importe où », déplore-t-il. Le policier précise que les proportions de drogues variaient d'un comprimé à un autre, par ailleurs identiques en forme, en couleur et en signature (tag).

M. Guérin précise que le laboratoire clandestin démantelé était un endroit insalubre. De plus, un endroit était réservé à la peinture - à l'acrylique - des comprimés.

Outre les dangers entourant la consommation des drogues de synthèse, le SPVM souligne les risques d'explosion que représentent les laboratoires clandestins en raison de la volatilité des produits manipulés.« Les gens qui sont derrière la fabrication sont loin d'être des pharmaciens, explique M. Guérin. C'est M. et Mme Tout-Le-Monde, des suspects qui ne connaissent rien des produits qu'ils manipulent. »

Le laboratoire de production de drogue de synthèse perquisitionné par le SPVM.

Le laboratoire de production de drogue de synthèse perquisitionné par le SPVM.

Photo : Danny Gosselin

Afin d'illustrer la nocivité des produits saisis et qui entrent dans la composition de ces drogues, M. Guérin a révélé que, dans la semaine suivant les perquisitions, quatre policiers ayant participé à la saisie ont été incommodés par des irritations cutanées. L'un d'entre eux a même été victime de palpitations cardiaques.

L'enquête, qui avait commencé en janvier 2013, a mené à l'arrestation de 2 individus qui écoulaient la drogue dans des bars de la région de Montréal et via des sites internet. Ils expédiaient également une partie de leur production aux États-Unis en utilisant les services postaux canadiens ou des services de messagerie privée.Ils finalisaient justement un envoi de ce genre lorsqu'ils ont été arrêtés, précise M. Guérin.

Des médicaments dangereux

Le bureau de la directrice de la santé publique du ministère de la Santé et des services sociaux, Danielle Auger, poursuit des analyses afin de confirmer la nature des substances et elle met en garde les utilisateurs de drogues et de médicaments contrefaits contre la possibilité que ces substances soient toujours en circulation. Mme Auger suggère aux gens qui ont acheté des médicaments contrefaits d'en parler à leur pharmacien ou de s'en débarrasser de façon sécuritaire en les jetant à la pharmacie.

La chaîne de distribution de médicaments vendus en pharmacie n'est toutefois pas compromise. Les laboratoires professionnels s'approvisionnent chez des fournisseurs certifiés, explique Mme Auger.

Les comprimés de drogue de synthèse sont frappés de logos de marques connues.

Les comprimés de drogue de synthèse sont frappés de logos de marques connues.

La quantité de drogue saisie et la capacité de production des suspects inquiètent le SPVM qui a mis sur pied un comité provincial pour lutter contre le phénomène. « La présence des drogues de synthèse sur le marché est au coeur même de la mission du Comité de lutte aux drogues de synthèse auquel sont associées les organisations policières de la GRC, de la SQ, des villes de Gatineau, Laval, Longueuil et Montréal », explique le commandant de la division du crime organisé du SPVM, François Bleau. « Ce comité met en commun les expertises de divers milieux afin de contrer la production et la vente de ces drogues sur le marché ».

M. Bleau souligne que les drogues de synthèse viennent au deuxième rang des drogues les plus consommées derrière la marijuana et devant la cocaïne. M. Bleau estime que la disponibilité de la substance, la rapidité de la consommation de même que les formes et couleurs attrayantes en font une drogue de choix pour les adolescents et les jeunes. Les comprimés sont même frappés de logos familiers qui banalisent leur contenu, selon MM. Guérin et Bleau.

Justice et faits divers