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La mort de Susan Griffiths relance le débat sur le suicide assisté

Susan_Griffiths_fille

Susan Griffiths et sa fille Natasha Griffiths (à gauche), quelques instants avant que le suicide assisté ne soit effectué jeudi matin en Suisse.

Photo : Donna Carreiro/CBC

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2013 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

La Winnipégoise Susan Griffiths, qui avait décidé de se rendre en Suisse où le suicide assisté est légal, est morte un peu avant 7 h, heure centrale, jeudi matin.

Avant de pousser son dernier soupir, Susan Griffiths, a tenu une dernière fois à enjoindre les Canadiens à poursuivre la lutte qu'elle a participé à médiatiser.

« Je suis totalement ébahie [par l'intérêt suscité par mon histoire]. J'avais espéré que les gens en parlent. Je suis agréablement surprise par la façon dont ils ont répondu », a déclaré Mme Griffiths à une journaliste de Radio-Canada/CBC qui était présente à son suicide.

Mme Griffiths, qui était âgée de 72 ans, souffrait d'atrophie multisystématisée, une maladie dégénérative incurable qui entraîne de vives douleurs et qui détruit le corps peu à peu.

Susan Griffiths avait quitté le Canada au début d'avril pour préparer sa mort, qui devait survenir environ deux semaines plus tard.

La candidate au suicide assistée avait notamment dû subir une évaluation psychiatrique pour confirmer qu'elle était psychologiquement prête à mettre fin à ses jours.

Mourir dignement

Le suicide assisté a été réalisé par Dignitas, un organisme helvète à but non lucratif qui vient en aide aux ressortissants suisses ou étrangers en organisant et administrant la procédure sous supervision médicale.

Dans les instants précédant sa mort, Mme Griffiths a marché, parlé et chanté avec sa famille dans les jardins d'une propriété que possède Dignitas à l'extérieur de Zurich.

Puis Susan Griffiths est retournée dans les locaux de l'établissement où elle a ingurgité la première des deux boissons qui allaient l'aider à mettre fin à ses jours. Une demi-heure plus tard, elle a avalé la seconde potion.

Selon des membres de sa famille, elle est décédée une vingtaine de minutes plus tard paisiblement, conformément à ce qu'elle avait souhaité.

Un débat relancé

Le ministre de la Justice fédéral, Rob Nicholson, avait fait savoir par voie de communiqué début avril que le Canada n'avait pas l'intention de rouvrir le débat autour du suicide assisté.

« C'est une question sensible qui divise les Canadiens.[...] Une large majorité des députés du parlement ont décidé en 2010 de ne pas faire changer les lois », avait alors précisé M. Nicholson.

Certaines voix se sont néanmoins élevées pour critiquer cette position, notamment du point de vue de l'éthique et des libertés individuelles.

« La liberté individuelle dont disposent tous les Canadiens de mettre fin à leurs jours quand ils le décident ne peut être ignorée à moins qu'il ne soit prouvé que la vie de certaines personnes pourrait être mise en danger », a déclaré le professeur en éthique appliquée à l'Université du Manitoba, Arthur Schafer.

M. Schafer croit en outre que la Cour Suprême pourrait décider de rouvrir le débat en dépit de l'opposition du ministre de la Justice.

Discrimination anticonstitutionnelle

Arthur Schafer estime que les lois canadiennes sont anticonstitutionnelles et que les parlementaires n'ont pas le courage politique d'affronter la question du suicide assisté pour des raisons électoralistes.

Cela n'empêche pas les personnes en faveur de cette procédure de poursuivre leur combat pour le droit de mourir dans la dignité.

« C'est une question de santé publique [...]. Il y a un problème réel. Il y a des gens qui ont des souffrances abominables et ils vont de toute manière réussir à se débrouiller avec un suicide raté et ce n'est pas un bon signal à envoyer », déplore la présidente de l'Association québécoise pour le droit de mourir dans la dignité, Hélène Bolduc.

Mme Bolduc estime en outre que le maintien du statu quo est discriminatoire pour les personnes qui n'ont pas les moyens, comme Susan Griffiths, de se rendre à l'étranger pour se suicider dans la dignité et sans endurer de souffrances.

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