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Des enfants autochtones du pensionnat de Saint-Marc-de-Figuery

Des enfants autochtones du pensionnat de Saint-Marc-de-Figuery (archives)

Photo : Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Radio-Canada

Le volet vérité de la commission semble bien se dérouler. C'est la question de la réconciliation qui pose problème. 

Un texte de Ximena Sampson (Nouvelle fenêtre)

La réconciliation nécessite la participation des anciens élèves et leurs familles, des groupes religieux, des anciens employés des pensionnats et du gouvernement, précise la Commission de vérité et réconciliation (CVR).

Mais tous ne sont pas prêts à prendre part à l'exercice.

L'auteur-compositeur Florent Vollant, ancien élève du pensionnat de Maliotenam, déplore l'absence de Blancs et surtout des membres des congrégations religieuses.

Réconciliation, ça veut dire quoi? On va se réconcilier avec qui? Ceux avec qui on veut se réconcilier, est-ce qu'ils sont prêts? Est-ce qu'ils sont prêts à entendre la vérité?

Florent Vollant

« Il y a une génération, quand tu dis le mot « réserve » et « pensionnat » dans la même phrase, tu viens de les perdre. Ils ne veulent pas entendre parler de ça, ils ne veulent pas entendre la vérité », ajoute Florent Vollant. « Ça mène très loin de la réconciliation ».

Mylène Jaccoud, professeure à l'École de criminologie de l'Université de Montréal, se questionne, elle aussi, sur le volet « réconciliation » de la commission.

« Pour qu'il y ait réconciliation, il doit y avoir reconnaissance des violences et des séquelles; [se réconcilier], c'est reconnaître sa responsabilité, c'est pouvoir exprimer des remords, des regrets », ajoute-t-elle. « Mais il faut qu'il y ait un véritable dialogue. Et ce dialogue-là, il n'a pas lieu. »

Pour le journaliste Daniel Tremblay, auteur du livre L'éveil des survivants, qui porte sur les pensionnats amérindiens au Québec, cela s'explique par le fait que la Commission est un exercice ordonné par les tribunaux à la suite d'une entente intervenue entre les Premières Nations, le gouvernement canadien et les congrégations religieuses en vue de mettre fin à un important recours collectif. « C'est un règlement judiciaire, quelque chose d'imposé », soutient-il. C'est notamment pour cette raison que les responsables des sévices allégués n'ont pas envie de participer.

Ce sont les anciens pensionnaires qui ont demandé la mise en place de la Commission, affirme Jo-Ann Wemmers, chercheuse au Centre international de criminologie comparée de l'Université de Montréal. Lors de la signature de la Convention de règlement, qui prévoyait des indemnisations pour les victimes, ces dernières ont réclamé la création de cette commission « pour faire quelque chose de plutôt symbolique et immatériel, tout en répondant à des besoins auxquels le processus d'indemnisation n'était pas capable de répondre. »

Eduardo Gonzalez, directeur du programme Vérité et mémoire au International Center for Transitional Justice (ICTJ), qui a appuyé la mise en place de la Commission canadienne, explique que cette dernière est faite pour les victimes. « L'idée est que les victimes reçoivent une compensation, mais aussi qu'elles reçoivent réparation. Et la réparation se trouve dans cet espace où elles pourront parler. »

Un homme témoigne à la Commission de vérité et réconciliation du Canada, à Val-d'Or.

Un homme témoigne à la Commission de vérité et réconciliation du Canada, à Val-d'Or.

Photo : Claudie Simard

Des pouvoirs trop limités?

Certains estiment que les pouvoirs de la CVR sont trop limités. Dans la mesure où il ne s'agit pas vraiment d'un processus judiciaire, elle n'a pas de pouvoir d'assignation et ne peut obliger personne à participer aux audiences. De plus, elle ne peut divulguer le nom des personnes accusées dans les témoignages, à moins qu'un tribunal ait reconnu leur culpabilité.

Dans ce cas-là, on peut se demander quelle vérité ressortira de l'enquête, si les identités des présumés agresseurs doivent rester secrètes.

Par ailleurs, la Convention de règlement prévoit que les gouvernements et les congrégations religieuses qui administraient les pensionnats remettent à la commission tous les documents dont elle pourrait avoir besoin. Mais Ottawa semble plutôt réticent à remplir ses obligations.

Tout cela donne l'impression qu'en mettant en place la CVR, le gouvernement cherchait à « donner l'impression de faire quelque chose » plutôt qu'à vraiment faire œuvre de vérité, regrette Mylène Jaccoud.

Elle déplore également que les Canadiens ne soient pas assez au courant de l'existence et des travaux de la Commission. En Afrique du Sud, par exemple, les audiences de la Commission de vérité et de réconciliation, mise sur pied après la fin de l'apartheid, ont été diffusées à la télévision. En comparaison, la commission canadienne est « trop discrète ».

La commission est une réponse, bien qu'assurément une réponse imparfaite, à une imperfection encore plus grande, celle des limitations du système pénal.

Eduardo Gonzalez, directeur du programme Vérité et mémoire à l'International Center for Transitional Justice

Dans ce contexte, on peut se demander si une CVR était le meilleur choix et si c'est de cela qu'avaient vraiment besoin les communautés autochtones.

Eduardo Gonzalez, de l'International Center for Transitional Justice, pense que, dans les circonstances, c'était le mieux qu'on pouvait faire. En effet, il aurait été extrêmement long et ardu d'entamer des poursuites pénales contre les responsables des pensionnats et les présumés agresseurs. Trente ou quarante ans après les faits, plusieurs d'entre eux sont morts et il n'y a aucune preuve, à part les témoignages des anciens élèves.

« La justice pénale n'a pas été conçue pour ce type de cas », précise Eduardo Gonzalez. « Comment poursuivre quand on n'a aucune preuve? »

Certains anciens pensionnaires l'ont quand même fait, mais ils sont une minorité. Les autres ont opté pour la convention de règlement et les indemnisations forfaitaires, renonçant ainsi à poursuivre leurs présumés agresseurs.

Les militants du mouvement autochtone Idle No More bloquant l'accès au pont Ambassador

Les militants du mouvement autochtone Idle No More bloquant l'accès au pont Ambassador

Photo : La Presse canadienne / Geoff Robins

Un tournant dans les relations?

La Commission vérité et réconciliation vise à reconnaître les injustices du passé pour repartir sur de nouvelles bases. Mais la société canadienne n'en est pas rendue là, affirme la professeure Mylène Jaccoud.

Le mouvement Idle No More nous donne une bonne indication qu'on n'est pas du tout dans la réconciliation, mais [qu']on en est encore à cette étape nécessaire de revendiquer des droits d'existence, des droits politiques

Mylène Jaccoud, professeure à l'École de criminologie de l'Université de Montréal

« La réconciliation sera possible seulement s'il y a de la reconnaissance et du respect envers l'autre partie » explique-t-elle. « Idle No More nous montre qu'ils sont obligés de se mobiliser parce que la reconnaissance n'est pas là. »

Société