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Corée du Nord, une vraie menace?

, à la tête de la Corée du Nord, après la mort de son père Kim Jong-Il le 17 décembre Photo: AFP / KNS
Ahmed Kouaou

Le ton belliqueux et menaçant, la Corée du Nord ne cesse de faire parler d'elle. Que ce soit avec la poursuite de son programme nucléaire ou par ses menaces d'attaquer les États-Unis et son voisin du sud, Pyongyang montre ses muscles et nargue la communauté internationale. Faut-il prendre au sérieux les bravades de ce pays qu'on dit vulnérable et isolé?

Loïc Tassé, politologue et spécialiste de l'Asie, soupçonne « un montage intérieur » destiné à une consommation locale. Selon lui, les agitations du nouveau leader nord-coréen Kim Jong-un sont l'expression d'un homme qui veut asseoir son autorité. « Il vient d'entreprendre une grande campagne où il demande la loyauté des militaires à l'intérieur de la Corée », note-t-il.

Loïc Tassé estime que « le fait de placer la Corée du Nord en état de guerre, ça permet fort probablement de centraliser entre ses mains énormément de pouvoirs qui, autrement, ne seraient pas entre ses mains ».

Il pense que la situation actuelle est pire, car « on voit que les sanctions ne fonctionnent pas, elles privent les populations de ressources, mais le régime militaire est solidement installé ».

Le spécialiste de l'Asie craint une escalade dans l'inflation verbale à laquelle on assiste depuis quelques jours. D'autant plus que la nouvelle dirigeante de la Corée du Sud adopte elle aussi un discours guerrier. Park Geun-hye promet « une riposte violente et immédiate sans aucune autre considération politique si [le Nord] s'aventure dans une provocation contre notre population ».

Pour sa part, Gérard Hervouët, professeur à l'Université Laval, croit qu' « il y a toujours un risque de dérapage et de conflit dans la mesure où le régime de la Corée du Nord est un régime fermé et dictatorial, et qu'on a beaucoup de difficultés à lire ses intentions. Ils [les dirigeants nord-coréens] disent des choses très contradictoires, ils soufflent le chaud et le froid en même temps, si bien que tout le monde doit se préparer au pire ».

Même s'il convient qu'il est difficile de décrypter la situation actuelle en Corée du Nord, Gérard Hervouët avance l'hypothèse, du reste répandue, selon laquelle « il y a un problème intérieur et des politiques très contradictoires pour le régler, avec l'enjeu classique de la tradition et de la modernité ».

Corée du Nord

Nucléaire contre économie de marché?

Pour le professeur en sciences politiques, la Corée du Nord n'a jamais abandonné ses intentions nucléaires, en dépit des signes de détente envoyés depuis 2007, lors de la fermeture du réacteur de Yongbyon.

Pour lui, les déclarations récentes des dirigeants nord-coréens veulent dire ceci : « Laissez-nous tranquilles à nous [doter] de l'armement nucléaire, mais en même temps nous allons modifier notre économie » pour l'ouvrir et la libéraliser.

Depuis 2007, rappelle M. Hervouët, la Corée du Nord a « obtenu du pétrole, de l'aide alimentaire et beaucoup de choses, et puis on voit aujourd'hui que c'est un bris de confiance qui est très très grave. Le régime actuel ne peut garantir et ne va pas garantir les engagements précédents. On est complètement persuadés que la Corée du Nord n'abandonnera pas ses ambitions nucléaires ».

Quelle puissance de feu?

null Photo : AFP / NORTH KOREAN TV

D'après ce spécialiste de la Corée du Nord, il est évident que Pyongyang, qui en est à son troisième essai nucléaire, possède « quelque chose. Ils ont des engins nucléaires » dont il est difficile de mesurer la puissance.

Très peu d'informations sont en effet disponibles sur la puissance de feu du régime communiste. Le site Defence Talk, spécialisé dans les questions militaires, est l'un des rares à faire des estimations de l'armement nord-coréen.

Selon cette source, ce pays dispose de suffisamment de plutonium pour construire six ou sept armes atomiques. Il aurait aussi au moins 1000 missiles, dont certains ont une portée de 3000 kilomètres. De plus, la Corée du Nord aurait de 2500 à 5000 tonnes d'armes chimiques. Elle posséderait également de l'anthrax.

Quel rôle pour la Chine?

La Chine a-t-elle suffisamment d'influence en Corée du Nord pour lui faire oublier ses velléités nucléaires? « Malheureusement, il semble que non », répond Loïc Tassé. La Chine, poursuit-il, prêchait la modération, tout comme la Russie, mais ça n'a pas bien fonctionné. Les dirigeants nord-coréens font visiblement ce qu'ils veulent avec un bémol que la Chine aurait pu imposer des sanctions beaucoup plus sévères à la Corée du Nord ».

« Il faut se souvenir que la très vaste majorité du commerce extérieur de la Corée du Nord se fait avec la Chine, que la Chine approvisionne en énergie la Corée du Nord. Il leur suffirait de couper le pipeline qui approvisionne en gaz la Corée du Nord pour que [ce pays] sente beaucoup plus la pression », analyse M. Tassé.

Gérard Hervouët observe, lui, que Pékin emploie toujours le même vocabulaire. « La Chine essaie de persuader les nouveaux dirigeants nord-coréens de faire comme elle, c'est-à-dire de s'ouvrir à une économie de marché, mais graduellement, sans risquer de mettre en péril le régime. Un peu comme la Chine l'a fait ».

Il croit que les manoeuvres militaires réalisées conjointement par les États-Unis et la Corée du Sud sont un « message fort envoyé » non seulement à la Corée du Nord, mais aussi à la Chine, pour dire que les Américains « ne vont rien laisser passer » et qu' « il y aura réplique » en cas d'attaque.

Repères historiques

1910-1945 : La Corée est occupée par le Japon.

1948 : La Corée est scindée en deux pays : la République de Corée (Corée du Sud) et la République populaire démocratique de Corée (Corée du Nord).

1950-1953 : Guerre de Corée.

1991 : La Corée du Sud et la Corée du Nord signent à Séoul un pacte de « réconciliation, non-agression et coopération ».

1994 : La Corée du Nord et les États-Unis concluent un accord-cadre sur la coopération énergétique.

2000 : Les États-Unis et la Corée du Nord signent un communiqué conjoint dans lequel ils s'engagent à réduire l'hostilité réciproque et normaliser leurs relations diplomatiques.

2000 : Rencontre au sommet, à Pyongyang, entre le Sud-Coréen Kim Dae-jung et le Nord-Coréen Kim Jong-il pour normaliser les relations bilatérales, surtout en matière de réunification des familles séparées et d'échanges économiques.

2003 : La Corée du Nord annonce son retrait du Traité de Non-Prolifération des armes nucléaires.

2006 : La Corée du Nord fait son premier essai nucléaire. Le conseil de sécurité de l'ONU met en place un régime de sanctions.

2007 : Pyongyang annonce en grande pompe la fermeture de la centrale nucléaire de Yongbyon. Une décision accueillie favorablement dans le monde.

2009 : Le régime communiste effectue son deuxième nucléaire. Le Conseil de sécurité adopte aussitôt de nouvelles sanctions.

2011 : Kim Jong-il est mort. Son fils Kim Jong-un est désigné « grand successeur ».

2012 : La Corée du Nord procède au lancement d'une fusée de longue portée, s'attirant des réprobations de la communauté internationale.

2013 : Troisième essai nucléaire nord-coréen, que Pyangyang explique être en réponse aux sanctions élargies de l'ONU après le lancement de sa fusée en 2012.

2013 : La Corée du Nord annonce être en « état de guerre » contre la Corée du Sud et menace de lancer des attaques contre son voisin et les États-Unis. Washington et Séoul procèdent à des manoeuvres militaires conjointes et promettent une réplique rapide.

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