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Chypre : les inquiétudes demeurent malgré le plan de sauvetage

Des Chypriotes marchent près de drapeaux de Chypre, de l'Union européenne et de la Grèce, à Nicosie.

Des Chypriotes marchent près de drapeaux de Chypre, de l'Union européenne et de la Grèce, à Nicosie.

Photo : AFP / PATRICK BAZ

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2013 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Même si un accord est intervenu dimanche entre Chypre et ses bailleurs de fonds pour le sauvetage financier du pays, plusieurs inconnues demeurent quant à l'avenir économique de l'île et aux conséquences pour le reste de la zone euro. 

Lundi soir, le président chypriote Nicos Anastasiades a reconnu que l'accord était « douloureux » mais a estimé que l'île méditerranéenne s'en remettrait, dans un discours télévisé.

Le prix à payer par Nicosie pour le renflouement de ses banques est très élevé. L'entente entre Chypre, le Fonds monétaire international (FMI) et l'Union européenne (UE) prévoit de protéger les dépôts assurés de la première banque au pays, la Banque de Chypre, mais elle conduirait à la fermeture de la deuxième banque du pays, Popular Bank of Cyprus, dite Laïki.

Ainsi, les dépôts de moins de 100 000 euros dans cette banque seront transférés à la Banque de Chypre et ils seront garantis. Dans les deux établissements, les dépôts de plus de 100 000 euros, qui ne sont pas assurés suivant les règles de l'Union européenne, seront gelés et serviront en partie à financer le renflouement des banques.

Les déposants non assurés seront mis à contribution. La hauteur du prélèvement sur ces dépôts non assurés doit être déterminée dans les prochaines semaines par les autorités chypriotes et ses créanciers. Mais certaines sources parlent d'un prélèvement pouvant aller jusqu'à 40 %.

Outre la restructuration du secteur bancaire, les autorités chypriotes vont également signer dans les prochaines semaines un protocole d'accord prévoyant des réformes structurelles, des privatisations et une hausse de l'impôt sur les sociétés qui passera de 10 % à 12,5 %.

Par ailleurs, toutes les banques fermées depuis le 16 mars rouvriront jeudi, a annoncé la Banque centrale chypriote. Selon le communiqué, le ministre chypriote des Finances, Michael Sarris, conseillé par le gouverneur de la Banque centrale, Panicos Demetriades, a pris cette décision pour « assurer le bon fonctionnement de tout le système bancaire ».

Lire aussi « Le sauvetage de cinq pays », une synthèse des plans d'aide à des pays de la zone euro.

Chypre devait réunir 5,8 milliards d'euros (7,7 milliards de dollars) afin d'avoir accès à un prêt d'urgence de 10 milliards d'euros (13,3 milliards de dollars) de la part de pays européens de la zone euro et du FMI. Si elle n'y parvient pas, la BCE menaçait de couper lundi les vivres aux banques.

Un plan de sauvetage qui ne règle pas tout

Plusieurs commentateurs ne cachaient pas leur pessimisme sur l'avenir de l'économie chypriote qui va se retrouver « privée de crédit ». « Elle va fondre rapidement et ce sera très douloureux pour ses concitoyens », estime ainsi Robert Peston, spécialiste des questions financières à la BBC.

Tout en saluant l'accord, la présidente de la commission des Affaires économiques et monétaires du Parlement européen, Sharon Bowles, a reconnu qu'il y aurait « des effets négatifs sur les entreprises et l'économie qui, en plus de la perte des revenus bancaires, auront besoin d'un soutien urgent ».

« Cela va être très dur pour l'économie chypriote, car elle dépend du secteur bancaire et d'une manière de faire de la banque » en attirant des capitaux étrangers à des conditions très avantageuses, a reconnu un responsable européen s'exprimant sous couvert d'anonymat. « Ce modèle est fini. Et comme le secteur du tourisme dépend du secteur bancaire [...]. Il va falloir aider les Chypriotes à se réinventer économiquement », a poursuivi ce responsable.

Le « soi-disant » sauvetage de Chypre va également peser sur les populations des pays de la zone euro les plus fortement endettés, a fait encore remarquer M. Peston. « À un moment donné, les populations des pays de la zone euro en difficulté vont commencer à se demander s'il est juste de payer cette note salée pour préserver l'euro ».
Certains observateurs se demandent si d'autres crises semblables risquent de se produire ailleurs dans la zone euro.

Selon un récent rapport du FMI, les banques slovènes ont en portefeuille quelque 7 milliards d'euros de mauvaises créances, somme qui représente 20 % du produit intérieur brut (PIB) du pays, une proportion telle qu'elle alimente régulièrement les spéculations disant que la Slovénie devra à son tour se tourner vers une aide internationale.

Les principales places boursières européennes et nord-américaines ont toutes terminé la journée en terrain négatif (- 1,12 % à Paris, -0,22 % à Londres, -0,51 % à Francfort, -0,3 % à New York), affectées entre autres par les craintes de répercussions sur l'ensemble du système bancaire de la zone euro. Quant à l'euro, il est tombé à son plus bas niveau depuis quatre mois, finissant à 1,286 $US.

Les propos tenus lundi par le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, inquiètent les investisseurs. Dans un entretien à Reuters et au Financial Times, Jeroen Dijsselbloem, a déclaré que le choix de faire participer les déposants et les créanciers obligataires au renflouement des banques chypriotes pourrait servir de modèle à l'ensemble de la zone euro. M. Dijsselbloem est toutefois revenu sur ses propos en fin de journée, dans un communiqué, où il assure que Chypre était un cas spécifique et que le plan de sauvetage ne saurait servir de modèle au règlement d'autres problèmes à l'avenir.

La Russie prête à contribuer au sauvetage de Chypre

De son côté, la Russie s'est dite prête lundi à apporter sa contribution au nouveau plan, qui risque de ponctionner lourdement les grandes fortunes placées sur l'île.

Le président russe Vladimir Poutine « estime possible de soutenir les efforts du président de Chypre et de la Commission européenne pour résoudre la crise », a déclaré lundi le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, cité par les agences russes.

Le président, a-t-il ajouté, a chargé son gouvernement d'élaborer « les conditions d'une restructuration du crédit » de 2,5 milliards de dollars, accordé par Moscou à Nicosie en 2011, comme le demande Chypre.

Cette réaction tranche avec la colère exprimée par le chef de l'État russe la semaine dernière après un premier accord conclu entre l'UE et Nicosie, élaboré sans concertation avec Moscou.

L'agence Moody's évalue à 19 milliards de dollars les avoirs de sociétés russes à Chypre et à 12 milliards de dollars les avoirs de banques russes dans le pays. Ces sociétés tirent profit du régime fiscal favorable de l'île. Les autorités russes ont fait officiellement de la lutte contre la fuite de capitaux une priorité.

Avec les informations de Agence France-Presse, et Reuters

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