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Old Harry : le débat qui secoue les Madelinots

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2013 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le projet d'exploration pétrolière Old Harry, au large des Îles-de-la-Madeleine, divise les insulaires.

Le projet d'exploration pétrolière Old Harry, au large des Îles-de-la-Madeleine, divise les insulaires.

Si certains d'entre eux craignent des impacts négatifs sur l'archipel, d'autres estiment que le développement qui pourrait en découler est vital pour l'économie de la région.

Le débat fait rage, alors que la réforme de l'assurance-emploi frappe de plein fouet de nombreux Madelinots. Le virage touristique pris par l'archipel apparaît pour certains irréconciliable avec la vocation pétrolière vers laquelle pourrait se diriger l'économie des régions limitrophes du golfe du Saint-Laurent.

Sur les traces de Old Harry

Le gisement d'hydrocarbures Old Harry est situé en plein coeur du golfe du Saint-Laurent, à la frontière maritime entre les provinces de Québec et de Terre-Neuve. Il porte le nom du lieu habité le plus près, un petit village des Îles-de-la-Madeleine.

Depuis des décennies, de nombreux insulaires y vivent de pêche. Aujourd'hui, deux visions diamétralement opposées s'y affrontent.

« On est plusieurs pêcheurs et s'il arrivait une catastrophe, on serait obligé de quitter les îles », fait valoir Jonathan Richard, un pêcheur de homard natif de Old Harry. Patrice Thériault, lui aussi pêcheur, défend un point de vue bien différent. « On a des ressources naturelles au Québec, mais un jour, il va falloir les exploiter, parce qu'un autre va passer devant nous autres », croit-il.

C'est la compagnie Corridor Resources, de la Nouvelle-Écosse, qui détient les permis d'exploration pétrolière du gisement Old Harry. Legisement mesurerait approximativement 30 kilomètres de long et 12 kilomètres de large.

Du côté québécois du gisement

  • En 1996, Corridor Resources a obtenu un permis du gouvernement du Québec, mais celui-ci a été suspendu parce qu'il n'y avait pas d'entente Canada-Québec sur l'exploration et l'exploitation des hydrocarbures.
  • En 2011, une telle entente provinciale-fédérale a été conclue, mais elle ne sera valide qu'au moment où Québec et Ottawa adopteront une loi en ce sens.

Du côté terre-neuvien du gisement

  • En 2000, Corridor Resources obtient un permis d'exploration de l'Office Canada - Terre-Neuve-et-Labrador des hydrocarbures extracôtiers qui lui sera retiré en 2005, parce qu'aucun forage n'a été réalisé en 5 ans.
  • En 2008, Corridor Resources a acquis un nouveau permis d'exploration.
  • Le permis, valide pendant 5 ans, a été prolongé jusqu'en 2015.
  • Corridor Resources veut réaliser un forage exploratoire d'ici l'an prochain, si elle en obtient l'autorisation gouvernementale.

 Au coeur du débat

À 80 kilomètres au large des Îles-de-la-Madeleine, le gisement Old Harry est peut-être loin des yeux des insulaires, mais omniprésent dans leurs esprits.

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Ce qu'ils en pensent

Le directeur de l'hôtel Bellevue de Cap-aux-Meules, Sylvain Lapierre, croit que les citoyens des Îles-de-la-Madeleine devront inévitablement se pencher sur le dossier. « Étant donné le contexte économique des Îles, je pense que les Îles n'ont pas tout à fait le choix d'être d'accords ». Il estime que si l'exploitation pétrolière doit se faire; les insulaires gagneront à y prendre part.

De plus en plus, les gens commencent à se poser des questions à savoir, c'est bien beau contester, mais on va aller où, si on ne veut rien savoir du pétrole ou de tout autre développement?

Une citation de :Sylvain Lapierre, directeur de l'hôtel Bellevue de Cap-aux-Meules
Le président de l'Association touristique des Îles-de-la-Madeleine, Sébastien CummingsAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le président de l'Association touristique des Îles-de-la-Madeleine, Sébastien Cummings

Des gens d'affaires en faveur du développement pétrolier craignent que Terre-Neuve fasse cavalier seul et empoche toutes les retombées économiques du projet. Ils sortent de l'ombre pour défendre leur point de vue. C'est le cas de l'ancien candidat de la CAQ et instigateur du Regroupement pour le développement durable des Îles-de-la-Madeleine, Georges Painchaud. « Plus on attend, plus les Îles souffrent au niveau économique, c'est pour aider les gens », fait-il valoir.

L'industrie touristique réclame pour sa part un moratoire. « Avant d'aller chercher cette ressource-là, dans le golfe du Saint-Laurent, il faut être en accord, toutes les provinces maritimes et s'assurer que ça se fasse de façon sécuritaire » indique le président de l'Association touristique des Îles de la Madeleine et co-propriétaire du Bistro Les Pas-perdus, Sébastien Cummings.

Il faut que ça se fasse d'une façon extrêmement sécuritaire. Quand on pense encore au golfe du Mexique, on a eu une catastrophe terrible pour l'industrie de la pêche et du tourisme.

Une citation de :Sébastien Cummings, président de l'Association touristique des Îles de la Madeleine.


Préoccupations environnementales

Ce sont toutefois les craintes environnementales qui dominent les discours.

Lise Chevarie, directrice d'Attention FragîlesAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Lise Chevarie, directrice d'Attention Fragîles

« Des inquiétudes largement justifiées par le manque d'information, par le manque de garantie. On n'a pas d'étude d'impact, on s'en va où avec ça? On ne le sait pas », explique Lise Chevarie, du regroupement Attention Fragîles. L'organisme voué à la protection du patrimoine naturel madelinot s'intéresse de près à tout le débat entourant l'exploitation des hydrocarbures dans le golfe du Saint-Laurent.

« Ce qui m'affecte le plus, c'est qu'on n'a pas de débat public élargi là-dessus », dit pour sa part Raymond Gauthier, un membre de la Coalition St-Laurent. Cet enseignant à la retraite est très engagé depuis 10 ans contre l'exploration et l'exploitation des hydrocarbures. « Aller dans le sens du développement des hydrocarbures, ce n'est pas la bonne voie à suivre, surtout au 21e siècle », maintient-il.

Le maire des Îles-de-la-Madeleine, Joël Arseneau, affirme que les Madelinots ont le devoir de considérer le développement pétrolier parce que leur électricité provient d'une centrale thermique au diesel.Mais il est d'avis que des études s'imposent avant de donner le feu vert à cette industrie.

Le maire des Îles-de-la-Madeleine, Joël ArseneauAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le maire des Îles-de-la-Madeleine, Joël Arseneau

« Depuis le départ, on a dit qu'il fallait prendre notre temps, faire les choses comme il se doit et on avait une liste de questions auxquelles on n'a pas eu de réponse », affirme le maire. Il s'agit pour lui de voir si le développement pétrolier peut être compatible avec les industries qui ont toujours permis aux Îles-de-la-Madeleine d'assurer leur développement, soit les pêches et le tourisme.

« On demande encore, à nouveau, que ce soit une Commission d'examen qui serait un genre de BAPE, mais fédéral, pour l'ensemble des provinces touchées. Ce serait pour nous la meilleure façon d'agir », affirme le maire.

Dans les prochaines semaines, deux rapports environnementaux sont attendus sur le golfe du Saint-Laurent.

D'après le reportage de Catherine St-Vincent Villeneuve

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