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La collusion et l’éthique chez BPR : un jeu d’équilibre

Prenez note que cet article publié en 2013 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Pierre Lavallée admet que, malgré le malaise que suscitait au sein de BPR la participation de la firme au système de collusion à Montréal en 2007-2008, jamais il n'a été envisagé de le dénoncer aux autorités.

L'homme, qui est depuis mai 2008 président de la firme, estime que l'état d'esprit au sein de BPR était avant tout « la peur d'être exclu » des marchés publics, à Montréal, mais aussi au ministère des Transports du Québec (MTQ).

Comme l'a en effet démontré la commission lundi, les actionnaires de BPR ont fortement contribué aux partis politiques provinciaux, qui, a-t-il souligné, ne manquaient pas de rappeler les contrats obtenus au moment de solliciter la firme. Car, si BPR ne voyait pas de relations directes entre les contributions et les contrats du MTQ, elle ne voulait pas prendre de risque : « On faisait la contribution plus à titre défensif qu'autrement ».

« On ne cherchait pas à en avoir plus, on avait peur de ne plus en avoir. »

— Une citation de  Pierre Lavallée, président de BPR

Mais BPR, soutient Pierre Lavallée, aura néanmoins tenté de limiter les dégâts sur le plan éthique en s'interdisant diverses pratiques occultes qui avaient alors cours dans le milieu, selon divers témoins entendus à la commission.

Ainsi BPR, a-t-il expliqué mardi, n'a jamais accordé de faux extras à des entrepreneurs. M. Lavallée soutient que sa firme évaluait les projets pour lesquels elle faisait les plans et devis « au plus juste prix possible ».

« On a toujours essayé d'avoir l'estimation qui prévoit tout, on essaie d'avoir le devis le plus strict possible », a dit M. Lavallée : « BPR ne fait jamais preuve de complaisance » à l'endroit des entrepreneurs avides de faux extras.

M. Lavallée dit par ailleurs avoir mis fin, dès qu'il en a été avisé en 2012, à la pratique de BPR de demander au MTQ les noms des personnes ayant siégé à des comités de sélection.

Les firmes Dessau, sa filiale LVM, Genivar, CIMA+ et BPR ont présenté à elles seules 270 demandes d'accès à l'information au MTQ entre 2010 et 2012. Le ministère a arrêté de transmettre ces informations en juin 2012.

Enfin, M. Lavallée a rappelé, comme il l'avait dit lundi, que seuls les actionnaires contribuaient aux partis politiques, et ce, croit-il, en fonction de leur poids en actions. Jamais ces derniers n'ont été remboursés par des bonis et jamais, ajoute-t-il, les employés n'ont été approchés pour contribuer à leur tour.

Il soutient avoir mis fin à ces collectes à l'interne au profit des partis provinciaux au moment de sa nomination à la tête de BPR en mai 2008. Il succédait alors à Paul Lafeur, qui fut président de la firme de 1991 à 2008. C'est par M. Lafleur que les partis sollicitaient des dons.

En contre-interrogatoire, M. Lavallée a répété qu'aucun des contrats obtenus du MTQ ne l'avait été grâce à de la collusion ou à de la corruption, ou encore grâce à de l'information privilégiée.

Le témoignage de M. Lavallée est terminé. Il a été suivi à la barre par le sergent Jocelyn Nadeau de la SQ, puis Rosaire Sauriol, vice-président principal de Dessau. Suivez notre blogue en direct (Nouvelle fenêtre).

Babel Montréal

En fin d'interrogatoire, le président de BPR a fait part de son expérience à Montréal où sa firme a effectué plusieurs contrats. Il a déploré la complexité administrative à la Ville et la mauvaise planification des travaux d'entretien, soulignant qu'il a réalisé des contrats dans d'autres métropoles, comme San Francisco, New York et Paris.

« Des fois, ça a l'air simple et tu ne comprends pas comment ça se fait qu'ils ont rendu ça complexe », dit M. Lavallée, qui souligne qu'il ne s'agit pas d'une complexité réelle sur le plan technique. « C'est même complexe quand ils se parlent entre services » à la Ville, lance-t-il.

« Comment ça se fait que ça prend 18 mois pour décider de la largeur des trottoirs sur la rue McGill ? [...] Pendant tout ce temps-là, il y a du monde qui attend et qui va facturer des extras. »

— Une citation de  Pierre Lavallée, président de BPR

« Je pense qu'il y en a qui aiment les systèmes complexes par incompétence et ça a sûrement favorisé tout le bordel de collusion et de corruption, parce que ça devient facile dans un système qui a l'air tellement perdu », a-t-il fait valoir à la commissaire Charbonneau, qui lui demandait s'il faut y voir là des indices de corruption.

Lavallée : entre la honte et la colère

Comme tous les autres cadres supérieurs de firmes de génie appelés à témoigner dans la foulée du témoignage-clé du PDG de Génius, Michel Lalonde, en janvier, Pierre Lavallée a admis lundi que sa firme a elle aussi pris part au système de partage de contrats à Montréal dirigé par le directeur du financement d'Union Montréal, Bernard Trépanier.

M. Lavallée a admis qu'il a payé une ristourne équivalant à 3 % de la valeur de cinq contrats truqués obtenus par BPR en 2007 et 2008. Au total, entre 145 000 $ et 155 000 $ ont ainsi été versés à l'argentier du parti de l'ex-maire Gérald Tremblay. L'argent provenait du compte en banque particulier de cinq associés de la firme, a-t-il expliqué.

La pratique a cessé en 2008, lorsque BPR a réalisé que les ristournes entamaient sa marge de profit à un point tel qu'il ne valait plus la peine de chercher à décrocher des contrats publics de la métropole.

Le président de BPR Inc. a aussi révélé lundi que le PLQ, le PQ et l'ADQ sollicitaient tous BPR Inc. pour obtenir du financement politique, contrevenant du coup à la loi électorale du Québec, qui interdit les dons politiques d'entreprises.

Avant 2008, les solliciteurs de ces trois partis s'adressaient directement au président et chef de la direction de BPR Inc. pour réclamer des montants variant entre 30 000 $ et 50 000 $, a encore dit Pierre Lavallée, sur la foi de ce que lui ont raconté des collègues au sein de la firme.

Le solliciteur du parti au pouvoir pouvait par exemple dire à BPR : « Vous avez fait beaucoup de contrats pour le gouvernement, donc vous devriez soutenir nos opérations politiques ». Les partis d'opposition ajustaient quelque peu ce discours, a-t-il souligné.

BPR Inc. informait alors ses quelque 80 associés de la demande. Ces derniers avaient la liberté de contribuer au parti de leur choix, mais n'étaient pas remboursés pour leurs dons. La firme récoltait cependant les chèques et les remettait aux solliciteurs des partis. Si la somme demandée n'avait pas été recueillie, les partis revenaient à la charge, et BPR Inc. sollicitait à nouveau ses cadres.

Selon un tableau préparé par la commission à partir des données du Directeur général des élections, les associés de BPR Inc. et certains de leurs proches ont donné 564 490 $ aux trois grands partis politiques du Québec entre 1998 et 2010. Pierre Lavallée a lui-même donné 12 000 $ aux trois grands partis, tandis que sa femme a versé 3000 $.

Un texte de Bernard Leduc et François Messier

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Dons politiques au provincial des associés de BPR

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