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La collusion dans le génie n'a pas épargné Longueuil

François Messier

Un système de collusion impliquant les firmes de génie-conseil SNC-Lavalin, Dessau, SM, Genivar et CIMA a existé à Longueuil sous l'administration des maires Jacques Olivier et Claude Gladu dans les années 2000, a admis Yves Cadotte à la commission Charbonneau.

Le vice-président principal et directeur général de la division Transport, Infrastructures et Bâtiment de SNC-Lavalin affirme que sa firme a ainsi versé des milliers de dollars en argent comptant dans le cadre des campagnes électorales de 2005 et 2009.

Son interrogatoire par le procureur en chef adjoint, Me Denis Gallant, et les questions serrés des commissaires Renaud Lachance et France Charbonneau ont permis de préciser le fonctionnement du système.

Durant une certaine période, il y a eu un système, disons particulier, pour l'octroi de contrats, qui était assez similaire à celui de Montréal.

Yves Cadotte

Selon Yves Cadotte, la Ville de Longueuil lançait à l'époque des appels d'offres une fois par année. « Disons qu'il y avait sept contrats par exemple. SNC-Lavalin pouvait avoir un des ces contrats-là », a expliqué le témoin. « On recevait des directives de la part des gens pour nous dire : "vous allez être considérés pour tel ou tel contrat (...) Ils nous disaient comme indication : "vous devriez avoir le contrat B", disons. »

« Et on lançait les appels d'offres et vous gagniez le contrat B qu'on vous avait annoncé d'avance? », a demandé le commissaire Lachance. « C'était ce qui était prévu », a répondu Yves Cadotte.

« Quand ils vous disaient :'' vous allez gagner tel contrat, ils vous disaient ça à l'avance?'' », l'a relancé la commissaire France Charbonneau. « Oui », a reconnu le témoin.

Yves Cadotte dit qu'il a lui-même remis « quelques dizaines de milliers de dollars » en argent comptant à l'organisateur André Létourneau avant 2005 et une somme d'argent « beaucoup moindre » à l'organisateur Serge Sévigny, en vue de l'élection de 2009.

Q. (Commissaire Charbonneau) Vous avez dit qu'avant 2005, c'était le maire Olivier, après c'était le maire Gladu, et vous avez dit que c'était André Létourneau qui vous sollicitait. Est-ce que M. Létourneau sollicitait pour les deux maires ?

R. (Yves Cadotte) Non. Après, il y a eu une autre personne qui est arrivée qui s'appelait M. Serge Sévigny.

Q. Ça, c'était pour M. Gladu ?

R. Oui c'est ça.

Selon Yves Cadotte, SNC-Lavalin ne remettait de l'argent comptant aux organisateurs que pour les campagnes électorales. Il n'y avait pas de ristourne pour les contrats qui étaient accordés, a-t-il soutenu.  

Yves Cadotte affirme qu'il ne savait pas d'où venait l'argent comptant remis à MM. Létourneau et Sévigny. Dans le cas de Longueuil, a-t-il dit, l'argent lui était remis par un autre cadre supérieur de SNC-Lavalin, Normand Morin. Dans le cas de Montréal, le témoin avait dit la semaine dernière que Pierre Anctil lui remettait aussi de l'argent comptant au besoin. 

Le témoin a précisé que Pierre Anctil a succédé à Normand Morin lorsque ce dernier a pris sa retraite en 2005. Il soutient cependant que Normand Morin a continué de travailler pour Pierre Anctil par la suite. Il assistait notamment à des activités de financement politique, a-t-il expliqué.

Yves Cadotte a aussi dit que SNC-Lavalin a tenté de percer les marchés de Laval et de Terrebonne au début des années 2000, mais en vain. La firme de génie-conseil, considérée comme la plus importante au Canada, n'arrivait même pas à obtenir la note de passage pour se qualifier. « C'était assez surprenant », a-t-il commenté.

Brève biographie de Frank ZampinoAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Brève biographie de Frank Zampino

Zampino au sommet

Le témoignage de M. Yves Cadotte devant la commission a aussi permis de confirmer que la plus grande firme de génie-conseil au pays a été partie prenante d'un stratagème de répartition de contrats d'infrastructures accordés par la Ville de Montréal à la fin des années 2000.

Ce système a été révélé par le PDG de Génius conseil, Michel Lalonde, et confirmé depuis par d'autres témoins, dont François Perreault, ex-vice-président de Genivar,  Charles Meunier, ex-ingénieur chez BPR et Pierre Lavallée, président de cette même firme.

Son témoignage a permis de souligner une fois encore le rôle central joué par Bernard Trépanier dans ce système de collusion, même après qu'il ait été contraint, par le maire Gérald Tremblay, de quitter ses fonctions d'argentier d'Union Montréal.

M. Cadotte a par ailleurs insisté pour dire que Michel Lalonde, de la firme Genius, n'était pas le « porte-parole » des firmes collusionnaires, mais celui de Bernard Trépanier.

De ses conversations avec M. Trépanier, M. Cadotte a tiré la conviction que ce dernier agissait clairement avec l'aval du président du comité exécutif Frank Zampino et qu'il discutait avec lui du partage des contrats entre collusionnaires.

Il n'a donc jamais eu de doute sur le rôle de M. Zampino dans le stratagème et a naturellement conclu, lorsque ce dernier a quitté la Ville en juillet 2008, que c'est était fini de ce système.

Dans ma tête à moi, en 2008, M. Zampino a quitté et là, je me suis dit : c'est le signal

Yves Cadotte

Bernard Trépanier est attendu à la barre des témoins la semaine prochaine. 

SNC-Lavalin et le financement politique

Au moment de lever l'audience, la semaine dernière, Yves Cadotte a affirmé que si SNC-Lavalin collaborait au système, elle ne versait pas pour autant  3 % de la valeur des contrats obtenus à Bernard Trépanier pour le financement d'Union Montréal.

Yves Cadotte a aussi confirmé jeudi dernier que Bernard Trépanier avait exigé de sa firme 200 000 $ en argent comptant en vue des élections de 2005. « C'était assez clair que les demandes de M. Trépanier venaient du bureau de M. Zampino », a-t-il commenté, en référence à l'ancien président du comité exécutif de la Ville de Montréal. 

SNC-Lavalin a effectivement versé une somme de 125 000 $ en argent comptant à Bernard Trépanier. SNC-Lavalin a acquitté la balance en payant une « fausse facture » de la firme de communications Morrow. Cette révélation a entraîné le départ de Liza Frulla, conjointe du patron de Morrow, de l'émission le Club des Ex à RDI.

À LIRE AUSSI : Il y a quelques semaines, le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, a réclamé une enquête sur les contrats octroyés par la Ville de Montréal aux entreprises Morrow Communications et Octane. Lisez notre article à ce sujet.

Yves Cadotte avait été interrogé au préalable sur les contrats de SNC-Lavalin avec le gouvernement du Québec. Il avait notamment révélé:

  • que le PLQ et le PQ sollicitaient directement SNC-Lavalin pour obtenir des contributions politiques, et pouvaient exiger des montants précis. Violette Trépanier et Marc Bibeau faisaient ce travail pour le PLQ; Ginette Boivin faisait de même pour le PQ;

  • que la firme récoltait les chèques de contribution des employés intéressés à le faire, et qu'elle les remettait en bloc aux solliciteurs de partis. La commission a révélé que des cadres de SNC-Lavalin ont versé 569 925 $ au PLQ et 476 945 $ au PQ entre 1998 et 2010;

  • que SNC-Lavalin remboursait les employés qui faisaient des contributions politiques avec des bonis versés spécifiquement à cette fin. Des employés pouvaient aussi être remboursés pour des contributions faites par leur conjoint;

  • qu'un ex-vice-président directeur de SNC-Lavalin, Riadh Ben Aïssa, déjà impliqué dans d'autres scandales et emprisonné en Suisse, a demandé un effort supplémentaire pour financer le PLQ en 2009. Cette année-là, les dons au PLQ ont bondi de 40 000 $ par rapport à ceux effectués en 2008.

M. Cadotte a cependant assuré qu'il n'y avait aucun lien entre les dons faits aux partis politiques et les contrats obtenus de la part du gouvernement du Québec en général, et du ministère des Transports en particulier. Lundi, il a affirmé que jamais SNC-Lavalin n'a corrompu un fonctionnaire ou un élu provincial.

François Messier et Bernard Leduc

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