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Quel est le réel pouvoir du pape?

Le pape lors d'un voyage dans son Allemagne natale le 23 septembre 2011

Le pape lors d'un voyage dans son Allemagne natale le 23 septembre 2011

Photo : AFP / ANDREW MEDICHINI

Ximena Sampson

Le souverain pontife de l'Église catholique étend, en principe, son influence sur 17 % de la population mondiale, soit environ 1,2 milliard de personnes réparties sur tous les continents.

En tant que chef du plus grand groupe religieux homogène de la planète, il a une autorité considérable, soutient Gilles Routhier, doyen de la faculté de théologie et de sciences religieuses de l'Université Laval. « Aucune autre religion n'a l'équivalent d'un pape », ajoute-t-il.

Pour sa part, François Mabille, professeur à l'Université catholique de Lille, en France, n'est pas convaincu que le pape a encore une grande capacité d'influence dans les relations internationales. Le Vatican a bien plaidé, en 2003 (sous Jean-Paul II), contre l'invasion de l'Irak, puis tenté de jouer un rôle de médiateur entre États occidentaux et musulmans, autour de ce que Benoit XVI a appelé le « dialogue entre la foi et la raison », mais depuis, les initiatives se font rares.

Perte de pouvoir

Le pouvoir de la papauté est très éloigné, de nos jours, de ce qu'il a déjà été. Par le passé, les papes étaient aussi puissants que les rois, qu'ils pouvaient excommunier. Ils disposaient également d'une considérable richesse, grâce aux dîmes et dons des fidèles, mais aussi de ce que rapportaient les terres leur appartenant.

Au fil des siècles, ce pouvoir s'est toutefois effrité. La rupture avec les sociétés occidentales s'est consommée dans les années 60, avec la sécularisation et la libéralisation des moeurs. Selon François Mabille, ce « schisme silencieux » explique l'affaissement de la papauté. « Le pape a un ministère de la parole, mais aucune capacité de contrainte. Donc, il a éventuellement une capacité d'influence, mais elle suppose qu'il exerce une véritable attraction. Et aujourd'hui, ce n'est pas le cas. »

Cela est également dû au fait que les gens sont de plus en plus informés, et qu'ils choisissent librement leurs croyances. « C'est une des difficultés de Benoît XVI, mais plus généralement des responsables catholiques et religieux, que d'être en prise avec des croyants qui sont aujourd'hui des croyants autonomes, qui réfléchissent, en conscience ou pas, mais en ne se déterminant pas par rapport à des autorités, fussent-elles religieuses », soutient M. Mabille.

L'avenir est au Sud

Des chrétiens célèbrent la Vierge de Guadalupe à Mexico.

Des chrétiens célèbrent la Vierge de Guadalupe à Mexico.

Photo : AFP / ALFREDO ESTRELLA

L'avenir du catholicisme serait-il, comme l'affirment certains, auprès des fidèles des pays en développement?

C'est dans ces pays que se trouve aujourd'hui la masse des fidèles, et leur proportion augmentera dans les prochaines décennies. En 2050, 22 % des catholiques de la planète seront en Afrique, 42 % en Amérique latine, et seulement 16 % en Europe.

L'Église saura-t-elle s'adapter à ce déplacement de son centre de gravité?

Actuellement, le pouvoir est toujours en Europe. Ce sont en grande majorité des cardinaux européens qui choisiront le prochain pape (le quart des cardinaux électeurs sont des Italiens). Et même s'ils élisaient un souverain pontife venant du Sud, cela ne changerait pas grand-chose, selon François Mabille.

« Si vous avez un pape africain ou philippin, qui est d'origine non européenne, mais qui a fait ses études dans une université catholique romaine, et qui, depuis 20 ans, fréquente plus Rome que son diocèse [...], je doute fort que ça ait un véritable impact sur sa manière de considérer la fonction pontificale et sur sa pratique », soutient le chercheur.

Proportion des catholiques du monde et proportion des cardinaux électeurs

Pour sa part, Gilles Routhier estime qu'il faut donner plus de temps à l'Église pour effectuer cette transition. « L'Église catholique est en train d'opérer ce passage d'une Église d'abord italienne, méditerranéenne et européenne à une Église aux dimensions du monde, mais ce processus est relativement lent et il n'est pas achevé », affirme-t-il.

Un lent effritement

L'Église devra se transformer assez rapidement pour contenir le désintérêt des fidèles des pays en développement, qui se tournent en grand nombre vers les églises protestantes.

Au Brésil, par exemple, le taux de catholiques est passé de 94 % de la population en 1950 à 65 % en 2010. Ces pertes se traduisent principalement par des gains réalisés par les églises néoconservatrices, évangéliques pentecôtistes avant tout, passées de 2,6 % de la population en 1940 à 21 % en 2010. On constate un phénomène semblable un peu partout en Amérique latine. Les croyants semblent se tourner vers des Églises moins portées sur les institutions, plus souples et qui privilégient l'émotionnel et la culture populaire.

Gilles Routhier explique cette désaffection par une foi populaire mal enracinée. « On a développé la dévotion, mais beaucoup moins l'intelligence de la foi et l'enracinement », ajoute-t-il. Il y a aussi, selon lui, l'attrait de la nouveauté et le fait que l'Église catholique a délaissé le terrain. Par contre, il reviendrait plutôt aux Églises locales qu'à Rome de regagner le terrain perdu, selon lui.

Quant à François Mabille, il insiste sur les mauvaises décisions prises par Benoît XVI et ses prédécesseurs, qui ont contribué à couper l'Église de sa base, notamment avec la répression des partisans de la théologie de la libération. Il reproche également au pape de ne pas avoir su décoder les besoins de ses contemporains.

« Le catholicisme de Benoît XVI ne vous mène ni vers l'émotionnel, ni vers le politico-social, soit la théologie de la libération, ni vers la recherche d'un bien-être [...], comme le bouddhisme. Résultat : le catholicisme d'aujourd'hui ne trouve guère acquéreur », dit-il.

La théologie de la libération est un courant né en Amérique latine dans les années 60 et 70 et qui vise à reconstruire l'Église à partir de bases locales. Elle tente de se rapprocher des mouvements sociaux, des ouvriers, des paysans sans terre et des Autochtones en prenant leur défense au nom des valeurs chrétiennes. L'Église catholique a toujours vu ce mouvement d'un mauvais oeil, lui reprochant notamment des liens avec le marxisme, et elle continue de sévir contre ses principaux représentants.

Des victimes de prêtres pédophiles

Des victimes de prêtres pédophiles manifestent à Rome.

Photo : AFP / Tiziana Fabi

Quel avenir pour l'Église?

Le successeur de Benoît XVI réussira-t-il à rétablir le pouvoir et le prestige de la papauté? Rien n'est moins sûr. Les scandales des dernières années ont porté des coups durs à l'Église, qui a perdu des dizaines de milliers de fidèles en Allemagne, en Autriche et en Suisse à la suite de révélations sur des actes de pédophilie commis par des prêtres catholiques. En 2010, pour la première fois, le nombre d'Allemands ayant fait défection était plus élevé que le nombre de nouveaux baptisés.

Pour François Mabille, ces affaires sapent les fondements mêmes de l'Église catholique, qui prône la chasteté et la continence pour ses fidèles, pourfendant tous ceux qui ont des moeurs « désordonnées », alors que la sexualité des prélats fait les manchettes.

« Par rapport soit au célibat ou à la chasteté, il y a une Église qui édicte une norme dont on voit qu'un certain nombre de ses propres représentants ne la suivent pas. Vous avez une contradiction entre la pratique et le discours qui pose problème », explique M. Mabille. Comment peut-elle, dans ces conditions, « faire des leçons de morale et vous dire comment vous conduire »?

De nombreux observateurs croient qu'il ne faut pas s'attendre à de grands changements au sein de l'institution catholique avec la nomination d'un nouveau pape. En effet, la majorité des cardinaux électeurs, ainsi que plusieurs candidats potentiels, ont été nommés par Benoît XVI, considéré comme un pape de la continuité, de la tradition.

L'État de la Cité du Vatican

Création : la Cité du Vatican devient un État souverain en 1929, par les accords du Latran
Gouvernement : monarchie absolue
Chef d'État : le souverain pontife, qui détient les pouvoirs exécutif (délégué au cardinal président du Gouvernorat, actuellement le cardinal Giuseppe Bertello), législatif (exercé en son nom par la Commission pontificale) et judiciaire (exercé en son nom par un juge ou un tribunal)
Superficie : 0,44 kilomètre carré, ce qui en fait le plus petit État du monde
Population : environ 800 personnes, dont 450 ont la nationalité vaticane, les autres ayant l'autorisation de vivre sur le territoire
Drapeau : jaune et blanc, y figurent les clés de saint Pierre et la tiare pontificale

Source : État de la Cité du Vatican



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