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Gaspésie : neuf ans et 1000 mégawatts plus tard

Après les premiers appels d'offres éoliens
Radio-Canada

Le chantier ouvert en 2003 lors de l'annonce d'un premier appel d'offres pour l'achat de 1000 mégawatts (MW) d'énergie éolienne par Hydro-Québec s'est terminé cette semaine avec la mise en production de la phase 2 du parc de Gros-Morne.

L'heure est au bilan pour la Gaspésie.

Pour Frédéric Côté du Technocentre éolien, cet appel d'offres, qui a ouvert la porte à l'implantation d'une nouvelle industrie en Gaspésie, peut aussi être vu comme les premiers pas du Québec dans une industrie créatrice d'emplois et génératrice de richesse.

Pourtant au départ, les critiques sont nombreuses. Plusieurs observateurs auraient souhaité qu'Hydro-Québec soit maître d'oeuvre des projets.

Pour le chercheur du Laboratoire sur l'énergie éolienne de l'UQAR, Jean-Louis Chaumel, le lancement du premier appel d'offres fut d'abord une réponse politique au refus populaire du projet de centrale au gaz le Suroît. « Tout ça s'est fait dans le désordre et l'improvisation », commente M. Chaumel.

Transport d'une pale d'éolienneTransport d'une pale d'éolienne

Québec retiendra huit projets pour un total de 990 MW. Deux promoteurs seront retenus soit Cartier Énergie, une filiale d'Innergex, à qui Hydro-Québec confie la réalisation de cinq parcs et Nortland Power, qui devra construire deux parcs. La technologie retenue est celle de General Electric. Tous les projets devront se réaliser dans la région désignée qui englobe la région Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine et la MRC de Matane. Québec oblige aussi les promoteurs retenus à dépenser 60 % des immobilisations dans la région désignée. À l'époque, Québec voulait relancer l'économie moribonde de la Gaspésie et de la MRC de Matane.

Neuf ans plus tard, sept parcs éoliens s'élèvent maintenant sur les terres de Matane et de la Gaspésie pour une puissance installée de 817 MW. Au total, plus de 1,3 milliard de dollars ont été investis pour leur construction. Plus d'un millier de travailleurs ont été requis.

Bilan - parcs éoliens du premier appel d'offres de 1000 MW

Appel d'offres de 1000 MW lancé en 2003

  • Huit projets retenus (990 MW)
  • Sept réalisés pour une puissance installée de 817 MW
  • Un seul fournisseur de turbine : General Électric (GE)
Cartier Énergie (589 MW réalisés)
  • Baie-des-Sables (109,5 MW) situé dans la MRC de Matane;
  • L'Anse-à-Valleau (100,5 MW) situé dans la MRC de La Côte-de-Gaspé;
  • Carleton (109,5 MW) dans la MRC d'Avignon;
  • Montagne-Sèche (58,5 KW) situé dans la MRC de La Côte-de-Gaspé;
  • Gros-Morne (211,5 MW) situé dans la MRC de La Haute-Gaspésie.
Projet abandonné : Les Méchins (150 MW) dans la MRC de Matane
Nortland: (228 MW réalisés)
  • Saint-Ulric, Saint-Léandre (127,5 MW) situé dans la MRC de Matane;
  • Mont-Louis (100,5 MW) situé dans la MRC de La Haute-Gaspésie.
Prix moyen de 6,5 ¢/kWh
  • + 1,3 ¢/kWh en coûts de transport
  • + 0,5 ¢/kWh pour le service d'équilibrage

= un prix total payé par Hydro-Québec de 8,3 ¢/kWh.

En cours de route, le projet de parc éolien de 150 MW qui devait s'ériger dans les villages des Méchins, de Grosses-Roches et de Saint-Jean-Cherbourg sera abandonné. Le promoteur Cartier Énergie n'a jamais réussi à s'entendre avec les propriétaires de lots boisés, ces derniers étant insatisfaits des redevances offertes.

Débats et manifestations

Parc éolien de Baie-des-SablesParc éolien de Baie-des-Sables

La question des redevances versées aux communautés, la proximité des éoliennes des zones habitées, le bruit, l'effet stroboscopique, ont nourri de nombreux débats. « Les communautés se sont retrouvées un peu démunies devant ce processus », relève Jean-Louis Chaumel.

Les négociations ont souvent été très difficiles entre les promoteurs, des élus et des citoyens. Le premier parc éolien est inauguré à Baie-des-Sables le 1er décembre dans la controverse. Le premier ministre Jean Charest annule sa visite et un groupe de manifestants qui réclame un moratoire sur tous les projets éoliens, perturbe la cérémonie.

Membre du groupe Éole prudence, Stéphanie Lebrun, se souvient bien de ces événements. Même si elle a l'impression que leur lutte n'a pas eu les résultats escomptés, elle estime que les gens sont aujourd'hui mieux informés. « Les gens sont entrés en contact avec nous. Ils ont posé des questions, on les a référés et on les a informés du mieux qu'on pouvait », raconte la jeune femme.

Pour Jean-Louis Chaumel, la Gaspésie a été un laboratoire dont on a beaucoup appris : « La Gaspésie a servi d'école à d'autres. » Le développement éolien se réalise maintenant sur la Côte-de-Beaupré, dans la région de Charlevoix, dans la région de Montréal, en Beauce. « Toutes ces régions ont bien appris de ce qui s'est passé en Gaspésie et cherchent à corriger les balbutiements de l'implantation des parcs éoliens », poursuit M. Chaumel.

Une nouvelle fillière

Marmen-usine-Matane Photo : Joane Bérubé

En fait, le spécialiste de l'énergie éolienne croit que les véritables retombées de ce premier appel d'offres sont toutes les nouvelles usines qui s'élèvent maintenant dans le paysage gaspésien.

Marmen et Énercon à Matane, LM Windpower à Gaspé, Repower et Fabrication Delta dans la Baie-des-Chaleurs et Techéol à Amqui ont créé des centaines d'emplois et contribué avec leurs sous-traitants à la création d'une nouvelle filière industrielle dans la région. « L'industrie, les emplois, les jeunes couples qui viennent s'installer faire tourner les écoles. Tout ça, c'est l'avenir de la Gaspésie qui se joue là », analyse M. Chaumel.

Un avenir incertain

eolienne-constructionConstruction de tours d'éolienne

L'avenir de l'éolien n'est pas tellement clair, selon M. Chaumel. La Gaspésie aimerait bien conserver ses usines, mais les carnets de commandes seront vides en 2015.

La semaine dernière, une des entreprises, Composite VCI, qui s'était installée à Matane dans le cadre du 1er appel d'offres, a fermé ses portes. « On peut redouter d'autres fermetures d'usines s'il n'y a d'autres appels d'offres. Or, pas plus tard qu'hier, Hydro-Québec annonçait des surplus d'énergie considérables et c'est un très mauvais contexte pour démarrer un nouvel appel d'offres », relève Jean-Louis Chaumel.

L'enseignant à l'UQAR pense que la région devra être vigilante pour conserver les premiers jalons d'une industrie encore fragile. Sans les usines, les retombées seraient effectivement bien minces.

Le plus gros parc en fonction du Québec, celui de Gros-Morne, a employé 325 personnes au cours de ses trois ans de construction. Seulement 20 personnes travailleront à son entretien.

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