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Zampino aurait reçu 555 000 $ en pots-de-vin de Catania pour Faubourg Contrecoeur

Elio Pagliarulo, Frank Zampino et Paolo Catania

Elio Pagliarulo, Frank Zampino et Paolo Catania

Photo : Montage Luc Lavigne

Prenez note que cet article publié en 2012 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Un ex-ami, confident et partenaire d'affaires de Paolo Catania, Elio Pagliarulo, affirme que l'ex-président du comité exécutif de la Ville de Montréal Frank Zampino a reçu des pots-de-vin totalisant 555 000 $ dans la foulée du projet Faubourg Contrecoeur. Il ajoute que la mafia empochait 5 % sur les contrats truqués à Montréal.

En fin d'avant-midi, M. Pagliarulo a soutenu que le patron de Frank Catania et associés avait offert à M. Zampino :

  • 300 000 $ en trois paiements de 100 000 $;
  • une nouvelle cuisine d'une valeur de 250 000 $;
  • un cadeau d'anniversaire de 5000 $.

M. Pagliarulo a raconté que MM. Catania et Zampino n'étaient pas proches avant que le dossier du Faubourg Contrecoeur n'apparaisse sur le radar. Au milieu des années 2000, les deux hommes se sont cependant rapprochés.

Le témoin affirme qu'il a lui-même remis à Paolo Catania les trois montants de 100 000 $ destinés à Frank Zampino dans le cadre du projet Faubourg Contrecoeur. « C'était les conditions qu'il devait remplir », a expliqué le témoin.

Elio Pagliarulo dit qu'il a remis le premier paiement à Paolo Catania dans les locaux de sa compagnie, à Brossard. Les deux autres remises d'argent ont eu lieu par la suite dans un club privé qu'il n'a pas nommé.

Lors de ces deux dernières occasions, Elio Pagliarulo dit avoir lui-même aperçu Frank Zampino. La dernière fois, a-t-il dit, il a même serré la main de l'ancien président du comité exécutif de la Ville, qui était accompagné de sa femme.

Toujours selon le témoin, Paolo Catania a aussi fait refaire la cuisine de Frank Zampino pour une somme de 250 000 $ dans le cadre de ce dossier. L'entrepreneur aurait aussi remis 5000 $ à Frank Zampino lors d'une fête soulignant l'anniversaire de ce dernier.

Selon Pagliarulo, le frère de Zampino, Joe, devait aussi hériter d'un terrain évalué à 1 million de dollars dans le cadre du dossier Faubourg Contrecoeur. Cette portion de l'entente aurait cependant avorté lorsqu'un couple a refusé de servir de prête-noms pour cette transaction.

Elio Pagliarulo a aussi affirmé que Frank Zampino a participé à une fête du jour de l'An dans une maison de Piedmont appartenant à Paolo Catania en 2007. Lorsque tous les convives sont partis, a-t-il dit, Frank Zampino et le reste de sa famille sont restés pour la nuit.

Paolo Catania et Frank Zampino ont tous deux été accusés le printemps dernier dans l'affaire Faubourg Contrecoeur. L'escouade Marteau avait soutenu alors que Frank Zampino était la tête dirigeante de l'affaire.

L'ex-président de la Société d'habitation de Montréal (SHDM), Martial Fillion, a aussi joué un rôle-clé dans cette transaction, a raconté le témoin. Il s'est souvenu que Paolo Catania avait déjà répondu à un appel de M. Fillion alors qu'il était en réunion, chose qu'il ne faisait habituellement jamais.

Dans le dossier du Faubourg Contrecoeur, a évoqué le témoin, la SHDM avait garanti des prêts pour 200 propriétés, ce qui avait facilité la vie de Paolo Catania. « Elles étaient prévendues », a dit le témoin. « C'était de l'argent facile pour lui ».

Un ex-argentier d'Union Montréal, Bernard Trépanier, et trois autres employés de Frank Catania et associés - André Fortin, Martin D'Aoust et Pasquale Fedele - font face à des accusations dans le dossier du Faubourg Contrecoeur.

Plus tôt en matinée, Elio Pagliarulo avait affirmé que le clan mafieux Rizzuto organisait des contrats de construction à Montréal, et qu'elle empochait 5 % de la valeur des contrats truqués pour sa peine. Paolo et Frank Catania, a-t-il dit, lui ont confirmé que plusieurs membres du crime organisé étaient impliqués dans l'industrie de la construction.

Brève biographie de Frank ZampinoAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Brève biographie de Frank Zampino

Des contrats truqués par la mafia, à son profit

Elio Pagliarulo soutient que Paolo Catania lui a déjà dit que la mafia empochait 5 % de la valeur des contrats truqués à Montréal. Les contrats étaient organisés par Rocco Sollecito, avec l'aide d'un intermédiaire, Nicolo Milioto.

Les Catania appartenaient au clan du parrain de la mafia Vito Rizzuto, affirme M. Pagliarulo : « Paolo et Frank me l'ont dit ».

Elio Pagliarulo soutient que Frank Catania et associés obtenait environ 22 % des contrats publics truqués, contre 19 % pour Garnier Construction et 15 % pour Catcan.

Selon lui, les firmes qui faisaient de la collusion pour faire grimper le coût des contrats publics à Montréal étaient Frank Catania et associés, Catcan, Garnier, BP Asphalte, Mirabeau, Tallarita, Mivela, Infrabec et une compagnie de Joey Piazza qu'il n'a pu nommer.

Toutes ces compagnies avaient été fondées par des gens issus de Cattolica Eraclea, le village natal de Nicolo Rizzuto, a dit le témoin. Selon lui, ce sont les enfants des contemporains de l'ex-patriarche du clan mafieux qui ont véritablement mis le système sur pied.

M. Pagliarulo a raconté qu'après sa retraite, Frank Catania était si intéressé à s'assurer que son fils obtienne des contrats qu'il se tenait pratiquement tous les jours au café Consenza. N'en pouvant plus du trafic, il avait même déménagé de Brossard, où il habitait, pour se rapprocher du Consenza.

Des inspecteurs de la Ville corrompus par Catania

Elio Pagliarulo a aussi affirmé que Paolo Catania payait des inspecteurs de la Ville de Montréal pour qu'ils approuvent les extras demandés par sa compagnie. Paolo Catania s'appelait lui-même « M. Extra », a-t-il dit.

Le témoin a dit que Catania lui demandait souvent des sommes de 5000 $ à 25 000 $ en argent comptant pour qu'il puisse les remettre aux inspecteurs corrompus. De telles sommes pouvaient être retirées toutes les trois ou quatre semaines, et ce, pour une période qui a duré cinq ou six ans, a dit le témoin.

L'ingénieur Luc Leclerc était par ailleurs l'un des ingénieurs corrompus à la Ville, a affirmé M. Pagliarulo, qui corroborait ainsi des allégations lancées par l'ex-entrepreneur en construction Lino Zambito et un autre ingénieur de la Ville, Gilles Surprenant.

Selon Elio Pagliarulo, Paolo Catania lui a d'ailleurs déjà dit qu'il avait indirectement payé la maison de Luc Leclerc, qui est son voisin, à Brossard. Selon lui, M. Leclerc doit même emprunter l'entrée de garage de M. Catania pour accéder à la sienne.

Elio Pagliarulo a aussi soutenu que le patron de Luc Leclerc, Gilles Vézina, était traité avec beaucoup d'égard lors de fêtes organisées par les Catania. Il dit cependant ne jamais avoir été témoin d'une remise d'argent à M. Vézina.

Une amitié qui s'est mal terminée

Elio Pagliarulo, qui témoignait en anglais, a été présenté en ouverture par la commission comme l'ami très proche, voire le meilleur ami et confident de Paolo Catania pendant environ 15 ans, jusqu'en 2008-2009. M. Pagliarulo a aussi affirmé, en début de témoignage, qu'il était aussi proche de son père Frank Catania.

L'amitié a pris fin lorsque M. Pagliarulo n'a plus été en mesure de rembourser aux Catania ses emprunts. Il dit avoir été menacé et soutient avoir fait l'objet d'un bref kidnapping en août 2009. Ses agresseurs ont mentionné le nom de Paolo Catania. Il dit aussi s'être vu offrir de fortes sommes pour qu'il abandonne la plainte qu'il a déposée contre ce dernier.

Elio Pagliarulo souligne que si Paolo Catania s'est arrangé pour qu'il soit battu alors qu'il était son ami, « imaginez ce qu'il peut faire à d'autres ».

« On ne plaisante pas » avec les Catania, dit-il.

M. Pagliarulo a fait irruption dans l'actualité en septembre 2009, lorsqu'il a été révélé que Paolo Catania, de Frank Catania et associés, avait été accusé de menaces de mort, de tentative d'extorsion et de harcèlement à son endroit.

L'homme d'affaires disait avoir été tabassé en août 2009, alors qu'il circulait en voiture dans Outremont. Une photo de lui, le visage tuméfié, avait été diffusée par le quotidien La Presse.

L'homme d'affaires Elio Pagliarulo disait avoir été tabassé en août 2009, alors qu'il circulait en voiture dans Outremont. Une photo de lui, le visage tuméfié, avait été diffusée par le quotidien La Presse.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'homme d'affaires Elio Pagliarulo disait avoir été tabassé en août 2009, alors qu'il circulait en voiture dans Outremont. Une photo de lui, le visage tuméfié, avait été diffusée par le quotidien La Presse.

Photo : La Presse

M. Pagliarulo avait raconté avoir été associé à Paolo Catania dans des activités de prêts usuraires destinés aux personnes insuffisamment solvables pour faire d'importants emprunts auprès d'institutions bancaires. Il devait lui-même 1,37 million de dollars à une compagnie à numéro de M. Catania.

Les accusations contre Paolo Catania, dont les liens avec le clan mafieux Rizzuto ont été avérés dans le cadre de l'opération Colisée, ont finalement été retirées par la Couronne en septembre 2010.

Joint au téléphone par la journaliste Isabelle Richer, Elio Pagliarulo avait déclaré qu'il maintenait sa version des faits, mais qu'il avait choisi de ne plus témoigner contre Paolo Catania. Lorsque la journaliste lui a demandé s'il avait été victime de menaces, il a déclaré : « Je ne peux pas en parler ».

Paolo Catania a toujours maintenu son innocence dans cette histoire.

Réaction du groupe Catania

En début de soirée lundi, le groupe Catania a émis un communiqué pour démentir l'intégralité des propos de M. Pagliarulo. Il a précisé que le témoin n'a jamais été impliqué dans les affaires des entreprises Catania. Le groupe affirme que les allégations lancées « s'apparentent à un règlement de comptes », qui serait en lien avec la faillite de M. Pagliarulo.

D'ici le 19 octobre 2013, la commission Charbonneau doit tenter de déterminer si des systèmes de corruption et de collusion ont perverti le processus d'octroi des contrats publics depuis 15 ans au Québec et détourné une partie des comptes publics du gouvernement, des municipalités ou d'autres organismes publics.

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