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Kateri Tekakwitha est maintenant sainte

La cérémonie de canonisation du 21 octobre 2012, au Vatican.

Photo : AFP / TIZIANA FABI

Radio-Canada

Le reportage d'Alexandra Szacka

Kateri Tekakwitha est maintenant officiellement la première sainte amérindienne de l'Amérique du Nord.

L'Amérindienne, persécutée par sa communauté pour sa piété et morte à 24 ans, a été canonisée dimanche matin par le pape Benoît XVI lors d'une cérémonie tenue sur la place Saint-Pierre, au Vatican. Environ 80 000 fidèles ont assisté à l'homélie.

Kateri nous impressionne par l'action de sa grâce dans sa vie, en l'absence de soutiens extérieurs, et par son courage dans sa vocation si particulière. En elle, foi et culture s'enrichissent. Que son exemple nous aide à vivre là où nous sommes, sans renier qui nous sommes.

Le pape Benoît XVI

L'Église attribue un miracle à Kateri Tekakwitha : la guérison d'un garçon de 5 ans qui aurait survécu à la bactérie mangeuse de chair après qu'une relique de la célèbre Amérindienne eut été posée sur sa poitrine. Ce dernier, maintenant âgé de 12 ans, assistait à la cérémonie.

C'est aussi le cas de milliers de Canadiens et de membres des Premières Nations de l'est du Canada et du nord-est des États-Unis qui avaient fait le chemin jusqu'à Rome afin d'assister à ce moment historique. Dix-sept évêques canadiens étaient aussi présents, de même qu'Andrew Scheer, président de la Chambre des communes.

Célébrations au Québec

Des célébrations auront aussi lieu dans la communauté de Kahnawake, au sud-est de Montréal, dimanche. C'est à cet endroit, dans l'église Saint-François-Xavier, que repose le corps de la nouvelle sainte.

En matinée, avant la tenue d'une cérémonie religieuse, les nombreux fidèles réunis à Kahnawake ont pu assister à une rediffusion de la cérémonie qui avait eu lieu plus tôt sur la place Saint-Pierre, à Rome.

Plus d'une centaine de personnes se sont aussi déplacées pour assister à une cérémonie dans la réserve de Wendake, dans la région de Québec.

Un rapprochement entre l'Église et les Autochtones?

Dans son homélie, le pape Benoît XVI a souligné le fait que Kateri Tekakwitha n'a jamais vraiment renoncé à sa culture, tout en restant fidèle à Jésus. Ce discours a plu tant aux membres de l'Église qu'aux Autochtones présents à la cérémonie, qui y voient le début d'un véritable rapprochement entre Autochtones et non-Autochtones.

« Cet événement est à marquer d'une pierre blanche pour le dialogue entre les Premières Nations et nous », a déclaré Louis Dicaire, évêque de Saint-Jean-Longueuil, à l'issue de la canonisation.

Une religieuse montre une image de sainte Kateri, à Rome, au Vatican.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Une religieuse montre une image de Sainte Kateri, à Rome, au Vatican.

Photo : AFP / TIZIANA FABI

« Pour nous, c'est autant un soulagement qu'une sorte de réconfort. Nous en avions besoin, après tout ce que nous avons dû affronter avec le catholicisme et le colonialisme », a de son côté souligné Michael Delisle, grand chef du conseil mohawk de Kahnawake, aussi présent au Vatican pour la canonisation.

Selon l'animateur de l'émission Second regard, Alain Crevier, on observe une certaine ambiguïté chez les communautés autochtones par rapport à ce que représente la nouvelle sainte. Celle-ci est pour elles le symbole de l'arrivée des Européens en Amérique et des lourdes conséquences qui en ont découlé pour leurs peuples, comme les épidémies, les guerres, et surtout l'assimilation brutale à laquelle l'Église catholique a grandement contribué.

Des observateurs estiment d'ailleurs que Kateri Tekakwitha est d'une certaine manière instrumentalisée par l'Église dans l'optique de promouvoir une réconciliation entre elle et les Premières Nations.

En contrepartie, de nombreux Autochtones se disent fiers de la canonisation de Kateri. C'est le cas d'Andrée Paul, venue dimanche de la Côte-Nord pour assister aux célébrations à Kahnawake, qui considère Kateri comme une « alliée spirituelle ». Elle voit aussi la cérémonie de dimanche comme « une occasion de rallier les nations non autochtones avec les nations autochtones ».

Protectrice du Canada

« Que Dieu bénisse les Premières Nations », a déclamé le pape lors de la cérémonie qui a sacré Kateri « protectrice du Canada ».

Alors que le Canada et les États-Unis revendiquent tous deux la sainte, l'historien Allen Greer rappelle qu'à l'époque où Kateri est née, ni l'un ni l'autre de ces deux pays n'existait, et que Kateri était dans les faits une Mohawk, née sur le territoire mohawk.

On situe la naissance de Kateri Tekakwitha dans un village mohawk de l'État de New York, en 1656. Sa mère était une Algonquine prisonnière de guerre qui a épousé un Mohawk.

Statue de bois de Kateri TekakwithaAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Photo : AFP / Stan HONDA

Kateri a été convertie au catholicisme par des missionnaires jésuites peu après 1666, après son installation à Kahnawake. Elle a été rejetée par ses proches. Elle était reconnue pour son extraordinaire piété et sa santé fragile. Elle est morte en 1680, à l'âge de 24 ans.

Dimanche, Kateri Tekakwitha a rejoint les autres saints canadiens comme saint frère André, les religieuses Marguerite d'Youville et Marguerite Bourgeoys, et les Saints-Martyrs canadiens, les jésuites Jean de Brébeuf, Noel Chabanel, Antoine Daniel, Charles Garnier et Gabriel Lalemant.

Six autres personnes ont accédé dimanche au statut de saint, notamment un père jésuite français mort en martyr à la fin du 19e siècle, une religieuse qui s'est occupée de lépreux à Hawaii et un jeune catéchiste philippin.

Société