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Zambito met en cause Robert Abdallah et Frank Zampino

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Lino Zambito devant la commission Charbonneau

Lino Zambito devant la commission Charbonneau

Prenez note que cet article publié en 2012 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Deux anciens membres influents de l'administration Tremblay sont intervenus dans des contrats octroyés par la Ville de Montréal, a affirmé Lino Zambito, mardi, devant la commission d'enquête sur l'octroi et la gestion des contrats publics dans l'industrie de la construction.

Selon l'ex-vice-président de la firme Infrabec, l'ex-directeur général de la Ville, Robert Abdallah, est intervenu dans un contrat obtenu par Infrabec en 2005 dans l'est de Montréal, ce qui lui aurait permis d'obtenir 300 000 $.

Lino Zambito allègue en outre que l'ancien président du comité exécutif de la Ville de Montréal Frank Zampino a donné une commande politique pour qu'un autre projet soit exécuté par Simard-Beaudry, ce qui s'est bel et bien produit.

MM. Abdallah et Zampino ont tous deux nié ces allégations, qui n'ont pas été prouvées devant les tribunaux.

L'intervention de Robert Abdallah

Selon l'ex-vice-président d'Infrabec, Robert Abdallah est intervenu dans un contrat de 10 millions de dollars que sa firme a obtenu pour installer un collecteur sous la rue Sherbrooke Est aux alentours de 2005.

Infrabec, a expliqué Lino Zambito, avait réussi à obtenir le contrat par le jeu de la libre concurrence, en optant pour une technique précise : elle entendait couler sur place un tuyau en béton sur place, afin d'économiser de l'argent.

L'affaire ne s'est finalement pas déroulée comme prévu. Selon M. Zambito, l'ingénieur Michel Lalonde, du groupe Séguin, qui s'occupait souvent de dossiers d'ingénierie dans ce secteur, l'a convoqué à une rencontre à laquelle étaient aussi présents Éric et Michel Caron, de la firme Tremca.

Cette entreprise, a-t-il dit, fabriquait des tuyaux en béton armé comme celui qu'Infrabec entendait couler sur place, et Éric et Michel Caron ont proposé de fournir le tuyau en question. M. Zambito dit avoir refusé, parce que cela lui aurait coûté 300 000 $ de plus que prévu.

Les choses se sont alors gâtées. « M. Lalonde avait été très clair avec moi : "Si tu veux que le projet se fasse, les tuyaux doivent être achetés chez Tremca au prix qui a été déterminé. On va te compenser. Et la différence de 300 000 $ de tuyaux, c'est le montant que les gens de TREMCA, M. Caron, doit remettre à M. Abdallah, pour que le projet soit octroyé par la Ville de Montréal" », a relaté M. Zambito.

« Moi, dans ma tête à moi, c'était clair qu'il y avait une entente entre Tremca et M. Abdallah « , a poursuivi Lino Zambito. « Si je voulais exécuter le contrat, je n'avais pas le choix d'acheter mes tuyaux chez TREMCA. C'est : "T'embarques, ou le contrat va retourner en appel d'offres." J'avais deux options. »

« J'ai décidé d'aller de l'avant « , a conclu l'ex-vice-président d'Infrabec. « C'était un contrat de 10 millions de dollars. J'avais une marge de profit de 7 % à 8 % dessus. Et on m'a garanti que les coûts supplémentaires que ça m'a occasionnés allaient être couverts par différents extras. Mon risque était quasiment nul. »

Une « commande politique » signée Frank Zampino

M. Zambito a aussi parlé d'un contrat obtenu par Simard-Beaudry en 2005 pour des travaux de démolition du viaduc Notre-Dame/Sherbrooke et la construction d'un carrefour giratoire dans l'arrondissement Rivière-des-Prairies/Pointe-aux-Trembles/Montréal-Est. Ce contrat avait aussi été « arrangé », a-t-il dit.

Selon le témoin, les entrepreneurs n'étaient cependant « pas contents » de laisser aller ce projet. Une information « véhiculée » par d'autres entrepreneurs, a-t-il ajouté, alléguait « qu'il y avait eu une commande politique, que le projet devait aller à Simard-Beaudry ».

Le procureur de la commission qui mène l'interrogatoire de M. Zambito est revenu sur cette histoire en début d'après-midi. Il a demandé à M. Zambito d'où venait cette « commande politique ».

Le témoin a répondu : « L'information qui véhiculait [sic] chez les entrepreneurs c'est que la commande politique venait directement de M. (Frank) Zampino », l'ancien président du comité exécutif de la Ville de Montréal.

Les contrats d'Infrabec au peigne fin

Les allégations de M. Zambito concernant Robert Abdallah et Frank Zampino ont sans contredit été les temps forts du témoignage qu'il a livré mardi.

L'essentiel de la journée a été consacré à l'étude de plus d'une quarantaine d'appels d'offres auxquels Infrabec a participé avant d'être mis en faillite. Des dizaines d'entre eux ont été truqués, a confirmé M. Zambito.

Ces conclusions s'appuient parfois sur sa mémoire, mais souvent aussi sur la base de deux indices: le nom des entreprises qui ont présenté une soumission et le rapport entre le montant du cautionnement demandé et les prix présentés par les soumissionnaires.

Une firme liée à Tony Accurso en situation de monopole

M. Zambito s'est aussi attardé à un contrat qu'Infrabec a remporté en mai 2004 pour une conduite d'eau dans l'arrondissement de Montréal-Nord, grâce à une soumission à peine plus basse que celles présentées par d'autres entrepreneurs. Ce contrat, a-t-il dit, avait été « organisé ».

Lino Zambito a expliqué que dans ce cas, la Ville avait exigé la pose d'un tuyau particulier, même si d'autres produits auraient été à son avis « aussi bons ». Or le seul fournisseur de ce produit était Hyprescon, une firme qui appartenait à l'époque à Tony Accurso.

M. Zambito n'a pu expliquer pourquoi la Ville exigeait ce produit. Il a invité la commission à poser ses questions à des fonctionnaires de la Ville. Il a cependant dit que dans des cas pareils, les entrepreneurs étaient à la merci du fournisseur unique.

Quand on dit à un entrepreneur : "t'es le seul qui peut fournir un produit", on lui donne un chèque en blanc.

Lino Zambito

Des élus qui se substituent au crime organisé?

À la demande des commissaires, M. Zambito est aussi brièvement revenu sur les contrats accordés par le ministère des Transports du Québec (MTQ). Il a réitéré que ces contrats, beaucoup plus lucratifs que ceux des municipalités, étaient sous l'emprise d'un autre groupe d'entrepreneurs.

M. Zambito, qui dit en avoir obtenu peut-être 15 ou 20, a expliqué que ces contrats étaient différents parce qu'ils impliquaient généralement des firmes privées d'ingénierie. Ce sont elles qui faisaient le lien avec le ministère, a-t-il dit.

Selon lui, « l'industrie des firmes d'ingénieurs privées en menait large auprès du ministère des Transports ». « C'est là qu'on rentre dans la dynamique du financement des partis politiques provinciaux », a-t-il laissé tomber.

« À certains endroits, le rôle du crime organisé était joué par des élus. »

Lino Zambito

En juin, l'ex-patron de l'Unité anticollusion au MTQ, Jacques Duchesneau, avait expliqué comment la perte d'expertise au sein du ministère avait entraîné une dérive dangereuse, le ministère se retrouvant ainsi à la merci des firmes d'ingénierie privées, tant pour la conception des travaux que la surveillance des chantiers.

Une série de révélations-chocs

M. Zambito a révélé jeudi dernier qu'il faisait partie d'un cartel des égouts se répartissant les contrats publics dans le domaine des égouts à Montréal.

Les détails qu'il a donnés hier n'ont pas manqué de soulever une onde de choc à l'Hôtel de Ville de Montréal. Les chefs des deux partis d'opposition, Richard Bergeron et Louise Harel, ont réclamé la démission immédiate du maire Gérald Tremblay.

Après avoir dit qu'il versait 2,5 % de la valeur des contrats obtenus au clan mafieux Rizzuto, M. Zambito a dit qu'une deuxième tranche de 3 % était destinée au parti du maire Gérald Tremblay, Union Montréal, et qu'une troisième, de 1 %, était versée à un ingénieur de la Ville, Gilles Surprenant.

Selon Lino Zambito, les deux premières tranches étaient versées par l'entremise de Nicolo Milioto, ex-dirigeant de Mivela Construction, qu'un précédent témoin a décrit comme l'intermédiaire privilégié entre les entrepreneurs en construction et le clan Rizzuto. M. Surprenant, surnommé M. TPS (taxe pour Surprenant) recevait directement sa part.

M. Zambito a aussi déclaré lundi après-midi que le parrain de la mafia montréalaise, Vito Rizzuto, avait joué au médiateur dans un conflit qui l'opposait à Tony Accurso au sujet d'un contrat de Transport Québec.

Selon Lino Zambito, ex-vice-président de la firme Infrabec, le contrat en litige concernait le rond-point L'Acadie, à Montréal. Il s'agissait d'un contrat de plus de 25 millions de dollars accordé en 2003-2004, a-t-il dit. M. Zambito s'est finalement effacé au profit de M. Accurso.

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