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Première nuit au Canada en plus de 10 ans pour Omar Khadr

Radio-Canada

Omar Khadr a passé la nuit dans une prison canadienne à sécurité maximale, après 10 ans à dormir dans les geôles de Guantanamo. Le jeune homme a été rapatrié au Canada samedi matin.

Son rapatriement a été confirmé par le ministre fédéral de la Sécurité publique, Vic Toews. « Cela a été fait en vertu d'une décision que j'ai prise plus tôt cette semaine », a-t-il déclaré.

Le ministre a précisé qu'Omar Khadr a été transporté de Guantanamo Bay, à Cuba, jusqu'à la base canadienne à bord d'un avion du gouvernement américain. L'appareil a atterri au Canada à 7 h 40 du matin.

Le transfert d'Omar Khadr suscite de nombreuse réactions politiques au pays.

Arrivé samedi matin à la base militaire de Trenton, en Ontario, Omar Khadr a été transféré à la prison à sécurité maximale de Millhaven, à Bath, non loin de Kingston, a précisé Vic Toews. Il y purgera le reste de sa peine d'emprisonnement pour crimes de guerre.

L'homme de 26 ans aurait appris la nouvelle de son rapatriement mercredi. Dernier ressortissant d'un pays occidental à être emprisonné à Guantamo, Omar Khadr (Nouvelle fenêtre) pouvait être transféré au Canada depuis un an.

« Il a de la difficulté à croire que cela s'est réellement produit. Son moral est bon », a affirmé John Norris, un des avocats d'Omar Khadr. « Il est très, très content d'être de retour chez lui », a-t-il ajouté.

Le ministre Toews a indiqué dans une brève déclaration que le reste de la sentence d'Omar Khadr sera géré par les services correctionnels canadiens. Ils devront déterminer le nombre d'années que le détenu devra encore passer derrière les barreaux, Khadr devant toujours purger six des huit années d'emprisonnement auxquelles il a été condamné.

Omar Khadr est admissible à une demande de libération conditionnelle à partir de l'année prochaine.

« Je suis certain qu'ils [les services correctionnels] sauront gérer le cas d'Omar Khadr en tenant compte de la gravité de ses crimes, tout en assurant la sécurité des Canadiens », a ajouté Vic Toews, soulignant que Omar Khadr est « un partisan connu du réseau terroriste al-Qaïda et un terroriste condamné ».

La déclaration du ministre a surpris l'avocat du détenu John Norris. « Nous ne comprenons pas pourquoi le gouvernement continue de diaboliser Omar et de monter l'opinion publique contre lui », a-t-il observé, estimant que « la justice a enfin triomphé de la politique ».

Le Canada critiqué pour avoir retardé le transfert de Khadr

Les États-Unis avaient fait une demande formelle au Canada pour le rapatriement d'Omar Khadr en avril dernier. Le gouvernement canadien a été montré du doigt pour avoir retardé le dossier, ce que le ministère des Affaires étrangères a toutefois nié.

Dans un document officiel (voir ci-dessous), Vic Toews explique qu'il n'avait pas tous les éléments en main pour l'aider à « délibérer ». Il lui aurait ainsi manqué une cassette vidéo d'un entretien entre le détenu et un médecin, qui aurait dû être comprise dans la demande de transfèrement des États-Unis.

Brydie Bethell, l'une des avocats d'Omar Khad, affirme pour sa part que son client est rentré au Canada notamment grâce à l'offensive judiciaire savamment orchestrée par ses avocats.

« Nous pensons que le ministère savait qu'il serait en mauvaise posture devant un tribunal et que nous gagnerions [...]. Le ministre a sans doute finalement reçu de bons conseils juridiques et voilà le résultat », explique-t-elle à l'AFP.

En juillet 2002, Omar Khadr a été capturé par les forces spéciales américaines, à la suite d'une bataille qui a mené à la mort du sergent Christopher Speer. Il avait alors 15 ans.

En octobre 2010, il plaidait coupable à cinq accusations de crimes de guerre devant un tribunal militaire et était condamné à huit ans de prison. Khadr devait purger une année de sa peine à Guantanamo, et les autres, au Canada.

Dans un communiqué, le Pentagone a fait savoir que le transfert au Canada d'Omar Khadr portait à 166 le nombre de personnes détenues à Guantanamo. Lors de la campagne présidentielle de 2008, le candidat Barack Obama s'était engagé à fermer la prison de Guantanamo durant son premier mandat, une promesse qu'il n'a pas été en mesure de tenir.

Le document officiel du gouvernement concernant le rapatriement d'Omar Khadr

280912 Decision OK FR (Nouvelle fenêtre)

La déclaration du ministre Vic Toews (la version française suit la version anglaise)

Toews Statement - Bilingual_FINAL (Nouvelle fenêtre)

[[encadre entete="Le parcours d'Omar Khadr" ]]

  • Né à Toronto le 19 septembre 1986;
  • Grandit entre le Canada et le Pakistan. Son père, Ahmed Saïd Khadr, dirige des orphelinats au Pakistan et en Afghanistan. C'est là qu'il rencontre Oussama ben Laden et se joint au réseau Al-Qaïda;
  • À 11 ans, son père l'envoie s'entraîner dans les camps de Ben Laden, en Afghanistan;
  • Le père d'Omar Khadr lui ordonne de rester avec un groupe de combattants pour servir d'interprète, puisqu'il parle trois langues;
  • Capturé en Afghanistan le 27 juillet 2002, et emprisonné à Guantanamo le 28 octobre de la même année;
  • Le 8 septembre 2004, un tribunal conclut qu'il est un « ennemi combattant »;
  • En mai 2008, ses avocats canadiens affirment qu'il a besoin de soins médicaux et psychologiques;
  • Le 21 janvier 2009, son procès est reporté à la suite de la décision du président Barack Obama de suspendre temporairement les procédures;
  • Le 29 janvier 2010, la Cour suprême du Canada reconnaît que les droits d'Omar Khadr sont violés, mais n'exige pas du gouvernement son rapatriement;
  • Le 25 octobre 2010, Omar Khadr plaide coupable aux cinq accusations portées contre lui dans le cadre d'une entente conclue entre ses avocats et ceux du gouvernement américain. L'accord stipule qu'il passera huit années en prison et qu'il pourra faire une demande de transfert au Canada après une première année purgée aux États-Unis. Il est également prévu qu'il purgera la sentence la moins sévère entre l'entente et la sentence du jury, prévue quelques jours plus tard;
  • Le 31 octobre 2010, le tribunal américain d'exception condamne le jeune canadien à une peine de 40 ans de prison. Le lendemain, Ottawa indique qu'il respectera l'accord conclu entre Omar Khadr et le gouvernement américain;
  • Après son procès, les défenseurs d'Omar Khadr argent que sa reconnaissance de culpabilité était peut-être sa seule issue devant un procès qui ne remplissait pas les critères de justice.
Avec les informations de La Presse canadienne

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