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Quatre diplomates américains assassinés en Libye

L'ambassadeur américain Christopher Stevens (au centre) a été assassiné mardi. Cette photo d'avril 2011 le montre en discussion avec un membre du Conseil national de transition lybien dans un hôtel de Benghazi.

Photo : La Presse canadienne / AP/Ben Curtis

Radio-Canada

Quatre diplomates américains, dont l'ambassadeur Christopher Stevens, ont été assassinés mardi dans une attaque perpétrée par des hommes armés près du consulat américain de Benghazi, dans l'est du pays.

Le président américain Barack Obama a condamné cette « attaque scandaleuse » et a ordonné du même souffle un resserrement des mesures de sécurité dans les représentations diplomatiques américaines.

Il a assuré que l'affaire n'allait pas nuire aux relations entre les deux pays et que les États-Unis travailleront de concert avec les autorités libyennes pour traduire les auteurs de ces meurtres en justice.

Des navires américains sur les côtes libyennes

Selon un haut gradé américain, la marine américaine a ordonné à deux navires mercredi, au lendemain de l'attentat, de faire route vers les côtes libyennes, « simplement par mesure préventive », a-t-il précisé.

Selon trois sources de l'appareil de sécurité libyen consultées par Associated Press, l'ambassadeur Stevens aurait été tué alors qu'il était venu avec un groupe d'employés de l'ambassade pour tenter d'évacuer le personnel du consulat.

Un responsable libyen a assuré à Reuters sous couvert de l'anonymat que les quatre hommes ont été tués « lorsque des hommes armés ont tiré des roquettes sur eux ».

Le consulat américain à Benghazi avait été attaqué dans la journée par une foule de militants en colère contre un film américain jugé offensant pour l'islam et dont des extraits auraient pu être visionnés sur Internet.

La secrétaire d'État américaine Hillary Clinton avait confirmé mardi soir qu'un diplomate américain a été tué dans cet assaut. Elle ne faisait cependant aucunement mention d'une attaque contre une voiture.

« Bien que les États-Unis rejettent les tentatives pour dénigrer les croyances religieuses des autres, nous devons tous nous opposer de façon non équivoque à cette sorte de violence insensée qui a coûté la vie de ces serviteurs de l'État », a commenté Barack Obama.

La secrétaire d'État américaine a pour sa part affirmé que l'existence d'une Libye libre et stable était dans l'intérêt des États-Unis et que les liens bilatéraux ne devraient pas être « victime » de l'attaque de Benghazi.

Je me demande comment cela a-t-il pu arriver. Comment cela a-t-il pu se produire dans un pays à la libération duquel nous avons participé, dans une ville que nous avons sauvée de la destruction. Cette question témoigne de la complexité et de l'aspect parfois déconcertant de ce monde.

Hillary Clinton

« Nous devons rester clairvoyants malgré notre chagrin. Il s'est agi d'une attaque menée par un petit groupe de personnes insensées, et non par le peuple ou le gouvernement libyen », a dit la secrétaire d'État américaine.

Les Nations unies ont aussi condamné cette « attaque horrifiante et tragique », en soulignant qu'elle rappelle le défi sécuritaire auquel est confronté le gouvernement libyen.

« Les Nations unies rejettent la diffamation de la religion sous toutes ses formes, mais il n'y a aucune justification aux violences qui ont eu lieu à Benghazi », a déclaré devant le Conseil de sécurité le sous-secrétaire général de l'ONU aux Affaires politiques, Jeffrey Feltman.

Les quatre diplomates américains ont été tués le jour de l'anniversaire des attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis.

Une attaque planifiée?

De hauts fonctionnaires américains évoquent un complot. L'attaque « porte la marque d'une attaque organisée », a affirmé sans plus de précisions un membre de l'administration américaine sous couvert de l'anonymat.

La Fondation Quilliam, un cercle de réflexion londonien présidé par Noman Benotman, ex-chef de file d'un mouvement islamiste armé qui combattait le régime de Kadhafi, estime que l'opération était « bien planifiée » et pourrait avoir été organisée pour venger la mort du numéro deux d'Al Qaïda, Abou Yahya al Libi, tué par un drone américain au Pakistan.

Ottawa réagit

« Le Canada condamne fermement l'attaque insensée perpétrée hier contre le consulat des États-Unis à Benghazi, en Libye, et il en est profondément navré », a déclaré le ministre canadien des Affaires étrangères John Baird par voie de communiqué.

Ottawa demande au gouvernement libyen « de prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger les enceintes diplomatiques, conformément à ses obligations internationales » et de « veiller à ce que les extrémistes responsables soient rapidement traduits en justice. »

Le Canada a actuellement cinq diplomates en poste en Libye. La représentation est dirigée par un chargé d'affaires, depuis la démission de l'ambassadrice en poste, en mars dernier. Le ministre Baird a déclaré que le Canada « réévaluerait l'environnement » de son personnel diplomatique.

Condamnations aussi en Libye

Dans une conférence de presse tenue mercredi à Tripoli, Mohamed Al-Megaryef, président du Congrès général national (CGN), qui est la plus haute autorité politique du pays, a présenté les excuses du pays aux États-Unis.

« Nous présentons nos excuses aux États unis, au peuple américain et au monde entier pour ce qui s'est passé », a-t-il déclaré. « Nous nous tenons aux côtés du gouvernement américain face à ces [...] assassins ».

Le vice-premier ministre libyen Moustafa Abou Shagour avait précédemment condamné sur Twitter « une lâche attaque contre le consulat des États-Unis et le meurtre de M. Stevens et d'autres diplomates ».

Le porte-parole de la haute commission de sécurité du ministère de l'Intérieur, Abdelmonem Al-Horr, avait déclaré mardi que les forces de sécurité et du ministère de la Défense avaient tenté de contenir la situation au consulat américain, mais en vain.

Selon lui, des grenades autopropulsées ont notamment été tirées sur le consulat depuis une ferme toute proche.

Selon l'ambassadeur libyen à l'ONU, des membres des forces de sécurité libyennes ont d'ailleurs été tués lors de l'attaque de Benghazi.

L'ambassade américaine au Caire, en Égypte, a aussi été prise d'assaut mardi par plusieurs centaines de manifestants, également en colère contre un film jugé offensant pour l'islam. Ils ont remplacé le drapeau américain par un étendard noir sur lequel on pouvait lire la profession de foi musulmane: « Il n'y a de Dieu qu'Allah et Mohamed est son messager ».

Le drapeau noir, similaire à une bannière utilisée par Al-Qaïda, est utilisé fréquemment par des fondamentalistes dans la région.

Mystérieux film

En ce qui a trait à l'objet de la controverse, il n'est pas encore clair quel film est en cause.

La plupart des soupçons sont dirigés vers Innocence of Muslims (L'innocence des musulmans), un film écrit et réalisé l'an dernier par un promoteur immobilier israélo-américain vivant en Californie, Sam Bacile, avec l'aide d'une centaine de donateurs juifs.

Le film n'a été diffusé qu'une seule fois, en début d'année, dans un cinéma presque désert d'Hollywood. Il a reçu l'appui de Terry Jones, ce pasteur floridien qui avait soulevé la controverse en 2010 avec son projet de brûler le Coran, le livre saint de l'islam.

Le Wall Street Journal rapportait mardi que M. Bacile a décrit l'islam comme un « cancer », des propos qu'il a répétés par la suite dans une entrevue accordée à Associated Press.

M. Bacile a dit s'être réfugié dans un lieu tenu secret.

Le réalisateur du film est « bouleversé » et se cache selon Steve Klein, présenté comme un consultant qui a travaillé avec lui sur le long métrage.

M. Klein a précisé qu'il ne connaissait le réalisateur de « L'innocence des musulmans » que sous le nom qu'il lui avait donné lors de leur première rencontre: Sam Bacile.

Pour ABC News Sam Bacile n'existe pas, « ce n'est pas une vraie personne ».

Reuters souligne cependant que des extraits d'une autre production, Mohammad, Prophet of Muslims (Mahomet, prophète des musulmans), circulent depuis des semaines sur des sites de partage de vidéos.

Avec les informations de Associated Press, et Reuters

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