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Japon : une dette digne de Godzilla

Le Japon a une dette gigantesque, la plus imposante du monde. Le pays réussit malgré tout à payer ses comptes grâce à une forte tradition d'épargne. Mais les turbulences économiques pourraient rompre ce fragile équilibre et réveiller le monstre de la dette.

La grande récession de 2008 n'est pas responsable du boulet financier japonais, contrairement à ce qui s'est produit dans la plupart des pays aux prises avec une crise de la dette. C'est plutôt une autre récession, survenue il y a 20 ans, qui a entraîné le Japon dans l'engrenage de la dette.

La dette nipponne représente 212 % du PIB du Japon. Aux États-Unis, c'est près de 100 %.

Le miracle économique japonais d'après-guerre avait pourtant propulsé l'archipel au deuxième rang des puissances économiques mondiales, derrière les États-Unis.

La capitale du Japon, TokyoAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La capitale du Japon, Tokyo.

Photo : AFP / Kazuhiro Nogi

Mais en 1990, le Japon subit l'éclatement de deux bulles spéculatives : l'une boursière et l'autre immobilière. Le surendettement des entreprises, des banques et des citoyens a eu raison d'un modèle de développement qui faisait pourtant pâlir d'envie le monde entier.

Comme des gouvernements occidentaux en 2008, Tokyo se lance alors dans une série de plans de relance pour freiner la hausse du chômage et réduire l'impact de la cascade de faillites.

Mais les milliards de dollars injectés dans l'économie ne portent pas leurs fruits, note Kenneth S. Courtis, ancien vice-président de la branche asiatique de la banque d'affaires Goldman Sachs.

« Le Japon est dans une crise extrêmement profonde. »

Kenneth S. Courtis

Résultat : le pays s'endette année après année. Et en l'espace de 20 ans, la dette explose, passant de 60 à 210 % du PIB.

Au cours de cette période, les gouvernements tentent, sans succès, de redresser les finances publiques. L'économie du pays fait du surplace et la crise économique se transforme en crise politique.

Après quatre décennies de règne ininterrompu, le Parti libéral démocrate est battu aux élections de 1993. Depuis, la durée de vie de la plupart des gouvernements dépasse rarement un an.

Kesennuma dans le nord du Japon (mars 2011)Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des résidents de Kesennuma dans le nord du Japon constatent les dégâts causés par le tsunami, en mars 2011

Photo : AFP / Yomiri Shimbun

En 2008, le pays est frappé par la récession mondiale, plombant ses exportations. C'est ensuite au tour du tsunami de littéralement balayer l'île de Honshu, provoquant une catastrophe nucléaire et la destruction d'une partie de l'industrie manufacturière.

« La crise qui résulte du tsunami et du tremblement de terre va prolonger cette crise peut-être encore pour 7 ou 8 ans. »

Kenneth S. Courtis

L'exception japonaise

Après deux décennies de stagnation économique et d'instabilité politique, le gouvernement japonais a appris à vivre avec une dette monstrueuse qui ne lui cause pas trop d'ennui.

Son secret : la force de ses exportations qui permet à ses citoyens de financer la dette du pays.

Plus de 90 % de la dette japonaise est entre les mains de ses citoyens.

« Le Japon pourra maintenir cette situation aussi longtemps qu'il aura un surplus sur le compte externe. Comme cela, ils ne sont pas obligés d'emprunter l'argent des autres. Ils se financent eux même », explique M. Courtis.

Ainsi, même si sa note de crédit a été affaiblie au cours des années par les agences de notation, Tokyo peut éviter les attaques spéculatives des investisseurs étrangers, comme en a été victime la Grèce, et emprunter à des taux très bas (moins de 1 % d'intérêt sur 10 ans).

En Europe, une bonne partie des dettes de l'Italie et de la Belgique sont aussi détenues par leurs citoyens.

Mais cette situation pourrait changer. Si le pays doit un jour se tourner vers l'étranger pour se financer, le système pourrait s'écrouler, car les investisseurs ne voudront pas financer la dette au taux d'intérêt actuel. Et une hausse des taux d'intérêt japonais serait catastrophique, selon l'ex-vice-président de Goldman Sachs.

« Si les épargnants perdent confiance dans les banques, ils vont sortir leurs liquidités, ce qui conduirait à un effondrement du système financier japonais. Et le gouvernement est tellement pris dans l'engrenage de l'endettement qu'il n'aurait pas les moyens d'intervenir pour empêcher cela. »

Kenneth S. Courtis

Est-ce un scénario possible? « Dans la crise où nous sommes, tout est possible. Nous sommes dans la crise la plus importante depuis les années 30 », croit-il.

Des Japonais devant un tableau électronique de la Bourse de Tokyo.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des Japonais devant un tableau électronique de la Bourse de Tokyo.

Photo : AFP / Kazuhiro Hogi

Avec la crise qui secoue la planète depuis 2008 et la timide reprise économique, certains observateurs craignent une « japonisation » de l'économie mondiale. Une stagnation qui pourrait durer des années, accompagnée d'un important endettement des gouvernements.

Les querelles politiques aux États-Unis et dans la zone euro à propos de la dette font craindre une répétition des erreurs commises par Tokyo.

Jusqu'ici, le Japon a réussi à dompter le monstre de la dette et à éviter qu'elle ne ruine le pays. Mais les soubresauts de l'économie mondiale des dernières années pourraient réveiller la bête.

Qui détient la dette du Japon?

Plus de 90 % de la dette japonaise est entre les mains de ses citoyens par le biais de caisses d'assurances, de caisses de retraite, de fonds d'investissement et de la banque centrale japonaise. Cela assure au pays une stabilité de son financement et le met à l'abri des attaques spéculatives.

Total : 10 000 milliards de dollars (2011)

Pour me joindre :  gaetan.pouliot@radio-canada.ca


Texte publié en août 2011
Revu en septembre 2012

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