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Zanardi et Tagliani liés pour la vie

Alessandro Zanardi

Alessandro Zanardi, double médaillé d'or à Londres

Photo : AFP / LEON NEAL

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2012 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Alessandro Zanardi a remporté vendredi sa deuxième médaille d'or des Jeux paralympiques. Le parcours exemplaire d'un homme courageux qu'a suivi de loin le pilote Alexandre Tagliani.

Un texte de François Foisy (Nouvelle fenêtre)

L'ancien pilote italien, converti au handisport après son accident au volant, a gagné d'extrême justesse la course sur route (H4) par un centième de seconde. Il a devancé le Sud-Africain Ernst Van Dyke et le Belge Wim Decleir.

De l'autre côté de la planète, au circuit de Laguna Seca en Californie, un homme suit avec une attention particulière les efforts de Zanardi. Il s'agit d'Alexandre Tagliani.

Le pilote canadien a ressenti un grand sentiment d'apaisement quand Zanardi a gagné sa première médaille d'or.

Dans une interview à Radio-Canada Sports, Tagliani a accepté de revenir sur cet accident du 15 septembre 2001 qui les a liés pour la vie.

« Pour moi, c'est un soulagement », lance en soupirant le pilote québécois au bout du fil.

Immédiatement après la première médaille d'or de Zanardi, Tagliani lui a envoyé un message texte. L'Italien lui a répondu en le remerciant chaleureusement pour ses bons mots.

Il y aura 11 ans dans quelques jours, la monoplace de l'équipe Ganassi du pilote italien s'est retrouvée en travers de la piste après une accélération trop franche à sa sortie des puits du circuit ovale de Lausitz, en Allemagne.

Tagliani, à plus de 300 km/h, n'a pu l'éviter. L'impact a été horriblement violent, et Zanardi a perdu 70 % de son sang. Durant plusieurs jours, on se demandera s'il pourra survivre. Finalement, il est sorti de son coma pour réaliser qu'on lui avait amputé les deux jambes, une au genou, l'autre en dessous du genou.

« Si je suis encore pilote de course aujourd'hui, c'est grâce à deux personnes : Alessandro et sa femme », raconte Tagliani, manifestement ému en repensant au drame.

« Quand je me suis ouvert les yeux à l'hôpital (j'avais subi une commotion cérébrale dans l'accident), sa femme était là, raconte-t-il. Elle est venue me voir pour savoir comment j'allais!

« Moi, je voulais savoir ce qui se passait [avec Zanardi], mais les gens ne me disaient pas grand-chose. Je savais que quelque chose se passait, mais on répondait toujours de manière vague. Finalement, des gens sont venus dans ma chambre et m'ont dit que ça n'augurait pas bien pour lui. Le problème n'était pas tant l'amputation que le fait qu'il avait perdu autant de sang. Les médecins ignoraient s'il serait en mesure de revenir à lui. »

Inévitablement, Tagliani a alors encaissé un choc énorme.

« Toutes sortes de choses me sont passées par la tête, admet-il. Je me suis demandé si je voulais continuer à courser. J'étais comme un légume. Comme quelqu'un à qui tu poses une question, qui regarde dans son assiette et ne sait plus quand il a commencé à manger, quand il a pris sa dernière bouchée. Je ne me souvenais pas de ce à quoi j'avais pensé la minute d'avant. C'était fou.

Alexandre Tagliani et Alessandro ZanardiAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Alexandre Tagliani et Alessandro Zanardi

Photo : SpeedTV

« Ces deux personnes-là [Zanardi et sa femme] ont une grosse responsabilité dans le fait que j'ai continué à courser. C'est aussi clair que ça. N'importe qui aurait pu me dire de tourner la page, que ce n'était pas ma faute, que tous les pilotes entrent en piste en étant conscients des dangers, on aurait pu me dire n'importe quoi. Les émotions que tu ressens sont plus fortes que toi.

« Si j'ai continué, c'est grâce à eux. La manière avec laquelle il a pris la situation, son désir de continuer. »

Blaguer pour réconforter

Tagliani l'a ressenti tout particulièrement à Toronto, l'été suivant l'accident.

« C'est ce qui a fait la grosse différence pour moi, raconte-t-il. Il est venu faire son tour dans les paddocks d'IndyCar. Avant cela, j'avais beaucoup de difficulté à tourner la page. On s'est donné une accolade. Et là, il m'a dit que ses prothèses le faisaient grandir d'un pouce.

« D'un seul coup, c'était clair. En blaguant, il voulait me mettre à l'aise, se souvient le pilote canadien. Et s'il faisait ça, c'était probablement parce qu'il avait pensé à ce que je devais ressentir de mon côté. C'est sa phrase qui a fait la différence pour moi. »

Depuis, Tagliani a toujours suivi Zanardi. Il s'est informé de ses résultats quand l'Italien a repris le volant d'une voiture dans la catégorie tourisme. Et maintenant, il suit ses exploits en paracyclisme.

Les deux hommes ont gardé contact même si Tagliani a pris bien soin de ne pas être envahissant et de laisser Zanardi tourner la page.

« Si je pouvais m'effacer totalement, je le ferais, explique-t-il. Je n'ai pas couru après les entrevues sur le sujet. Mais derrière le rideau, je suis content de voir ce qu'il accomplit. Ils [les Zanardi] savent ce que je pense d'eux. C'est ce qui m'importe. Le reste, il le démontre chaque jour. Je n'ai pas besoin d'en rajouter. »

Continuer sa route, comme le fait Zanardi

Devant cette attitude, Tagliani poursuit donc sa route, lui aussi, de son côté.

taglianiportraitAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Alexandre Tagliani

Photo : La Presse canadienne / AJ Mast

« Après toutes ces années, je sais que j'ai bien fait de continuer à courir, explique-t-il. Mais sur le moment? Ce n'était pas la peur qui me faisait douter, car je n'ai pas peur derrière un volant. C'était le reste, la culpabilité, le fait de ne penser qu'à ça, de me demander constamment si j'aurais pu l'éviter, tourner à gauche ou à droite...

« Ce qui m'a aidé, c'est le fait de voir que ce gars-là a vécu une vie normale. Par exemple, j'ai vu des photos de lui sur son bateau. Il s'est fait fabriquer des prothèses en fibre de carbone avec des palmes pour pouvoir nager dans la mer avec son fils. Il a fait faire des modifications pour pouvoir courser dans la catégorie tourisme, un championnat très relevé en Europe, et il faisait tout avec ses mains!

« Rien ne l'arrête. Quand tu vois ça, tu ne peux que continuer parce que lui, il continue. Tu ne peux faire autrement. »

Les médailles d'or d'Alessandro Zanardi à Londres ont donc pansé encore un peu la blessure d'Alexandre Tagliani.

« J'ai réalisé, au moment de l'accolade qu'il m'a donnée à Toronto, qu'il n'y avait rien à son épreuve, a conclu Tagliani. Rien ne va arrêter ce gars-là. »

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