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Ottawa rompt ses relations diplomatiques avec Téhéran

Le ministre des Affaires étrangères John Baird à la période des questions, à la Chambre des communes, le 19 juin 2012.
Le ministre des Affaires étrangères John Baird à la période des questions, à la Chambre des communes, le 19 juin 2012. Photo: La Presse canadienne / Sean Kilpatrick
Radio-Canada

Le ministre canadien des Affaires étrangères, John Baird, annonce la fermeture immédiate de l'ambassade canadienne en Iran et l'expulsion du pays de tous les diplomates iraniens encore en poste au Canada.

Dans un communiqué publié sur le site Internet du ministère des Affaires étrangères, le ministre Baird explique que les relations diplomatiques entre les deux pays sont suspendues.

Le ministre ajoute que tout le personnel diplomatique canadien a été rappelé et que tous les diplomates iraniens au Canada ont reçu l'ordre de quitter le pays dans un délai de cinq jours.

Les raisons de cette levée de boucliers d'Ottawa à l'égard de Téhéran sont multiples.

« Le régime iranien fournit une aide militaire croissante au régime Al-Assad (Syrie); il refuse de se conformer aux résolutions des Nations unies concernant son programme nucléaire; il menace régulièrement l'existence d'Israël et tient des propos antisémites racistes en plus d'inciter au génocide; il compte parmi les pires violateurs des droits de la personne dans le monde; et il abrite des groupes terroristes auxquels il fournit une aide matérielle » peut-on lire dans le communiqué publié par le bureau du ministre Baird.

Interrogé par le journaliste de CBC James Fitz-Morris sur l'imminence d'une attaque contre des installations nucléaires en Iran qui justifierait une telle décision, le bureau du premier ministre Stephen Harper a déclaré ne détenir aucune information sur une quelconque intervention militaire contre l'Iran.

« La position du Canada à l'égard du régime iranien est bien connue. Le Canada considère le gouvernement de l'Iran comme étant la menace la plus importante à la paix et à la sécurité mondiales à l'heure actuelle », écrit cependant le ministre des Affaires étrangères sur son site Internet.

Le NPD critique la décision des conservateurs

Hélène LaverdièreHélène Laverdière

Hélène Laverdière, porte-parole du Nouveau Parti démocratique pour les Amériques et affaires consulaires, a réagi vivement à la décision du gouvernement conservateur.

En entrevue au RDI, Mme Laverdière s'est dite très surprise, car, pour elle, la décision ressemble à « un lapin sorti du chapeau ».

« Pourquoi soudainement aujourd'hui ? », s'est interrogée Mme Laverdière, « apparemment sans consultation avec les partenaires », a-t-elle ajouté.

« On ne comprend pas la logique à moins qu'il y ait une chose qu'on ne nous a pas dite », a-t-elle indiqué.

Mme Laverdière estime que cette décision est contre-productive, car selon elle, même si le Canada n'est pas d'accord avec le régime iranien, elle se doit de maintenir le dialogue et de continuer de mettre la pression sur Téhéran.

« Là, on vient de fermer les portes », a-t-elle déploré.

Elle a toutefois indiqué que cette décision ne la surprend pas, car la politique étrangère du gouvernement Harper est marquée, selon elle, par « le manque de concertation ».

Elle a indiqué que le gouvernement Harper se distingue par le fait de couper le dialogue au lieu de la maintenir quand « il n'est pas d'accord » avec l'interlocuteur.

« C'est sûr que ce n'est pas facile, c'est sûr que c'est du travail à long terme, mais c'est du travail essentiel », a souligné Mme Laverdière en parlant de l'action diplomatique.

Pour la représentante du NPD, le Canada avait acquis « une crédibilité » sur le plan international en agissant comme « médiateur », mais le Canada est « en train de perdre » cette réputation, en raison « des politiques de ce gouvernement », a précisé Mme Laverdière.

Elle a estimé que la politique canadienne au Moyen-Orient « manque d'équilibre ». Selon elle, le ministre Baird mène « une politique étrangère de cow-boy ».

Les États-Unis prévenus et Israël applaudit

Un porte-parole du département d'État américain, Patrick Ventrell, a déclaré que Washington avait été prévenu de la décision canadienne.

« Nous voulons que tous les pays se joignent à nous pour isoler l'Iran [...], il existe différentes façons de le faire et les Canadiens nous ont contactés au sujet de leur décision ».

Par ailleurs, le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou a félicité le gouvernement canadien, qualifiant sa décision de « courageuse » et de « morale ».

« La décision morale du premier ministre canadien est très importante et constitue un exemple pour la communauté internationale », a-t-il déclaré.

Avertissement aux Canadiens qui se trouvent en Iran

Les Canadiens qui se trouvent actuellement en sol iranien et qui ont besoin de services consulaires, de services de passeport ou d'assistance doivent contacter l'ambassade canadienne de Turquie, à Ankara, ou n'importe quelle autre mission du Canada dans la région, précise le ministère des Affaires étrangères du Canada.

Les personnes qui ont besoin d'une aide consulaire d'urgence doivent communiquer avec le Centre de surveillance et d'intervention d'urgence à Ottawa, en appelant à frais virés le 613 996-8885 ou en envoyant un courriel à sos@international.gc.ca.

Ottawa prévient du même coup les Canadiens qui possèdent aussi la nationalité iranienne que Téhéran ne reconnaît pas le principe de la double nationalité.

Le gouvernement iranien rend pratiquement impossible toute aide consulaire que les représentants du gouvernement du Canada pourraient fournir aux Irano-Canadiens en difficulté.

Outre le Canada, la Grande-Bretagne a elle aussi rompue toute relation diplomatique avec l'Iran en novembre 2011 dans le cadre de sanctions contre Téhéran, dont le programme nucléaire suscite les inquiétudes de la communauté internationale.

L'ambassade britannique à Téhéran avait ensuite été saccagée par une foule de manifestants en colère.

Plus de 400 000 Iraniens vivent au Canada, selon le gouvernement iranien.

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