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Un contingent féminin prendra d'assaut l'Assemblée nationale

Pauline Marois, célébrant sa victoire électorale avec ses partisans

Pauline Marois, célébrant sa victoire électorale avec ses partisans

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Prenez note que cet article publié en 2012 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Pour la première fois de son histoire, le Québec a élu une femme au poste de première ministre. Mais le plafond de verre qu'a brisé la chef péquiste, Pauline Marois, n'est pas l'unique précédent établi lors de l'élection de mardi. Avec l'élection de Françoise David, de Québec solidaire, l'Assemblée nationale aura désormais deux femmes à la tête d'autant de partis. Les deux dirigeantes seront bien accompagnées, puisque, selon les résultats provisoires, les femmes représenteront le tiers de l'ensemble des députés, un record.

Élue à la tête d'un gouvernement minoritaire, Pauline Marois n'en a pas moins réalisé ce qu'aucune autre Québécoise n'avait réussi avant elle. Un précédent, qu'elle n'a pas manqué de souligner dans son discours de la victoire.

« Une autre page d'histoire s'ouvre sur l'histoire de notre peuple. Pour la première fois, le gouvernement du Québec sera dirigé par une femme! Je suis très émue d'être la première à qui incombe cette fonction. Je veux rendre hommage à ma mère et à toutes ces femmes d'aujourd'hui et d'hier qui portent la moitié du monde sur leurs épaules. »

Une citation de :Pauline Marois, 4 septembre 2012

Le Canada compte cinq premières ministres

La table des premiers ministres provinciaux et territoriaux comptera dorénavant cinq femmes - la quasi-parité. Outre le Québec, l'Alberta, la Colombie-Britannique, le Nunavut ainsi que Terre-Neuve-et-Labrador sont aussi dirigés par des femmes. Avant elles, quatre autres femmes ont été à la tête de provinces et de territoires, même si certaines n'ont pas été élues. L'Île-du-Prince-Édouard a été la première province à élire une première ministre, en 1993. Le Canada a lui aussi été dirigé par une femme, Kim Campbell, mais brièvement, et elle n'avait pas accédé au poste de chef de gouvernement par la voie des urnes.

Tout en soulignant le côté non partisan du Conseil du statut de la femme, sa présidente, Julie Miville-Dechêne, salue la victoire de Pauline Marois, évoquant son caractère historique. « Ça envoie aux jeunes filles le message que tout est possible », s'est-elle réjouie en entrevue à Radio-Canada.ca. « Les études ont démontré que lorsqu'une femme arrive à occuper les plus hauts échelons au gouvernement, cela incite d'autres femmes à entrer en politique », indique-t-elle en outre.

« L'élection de Pauline Marois fait figure de symbole. C'est un exemple pour les fillettes qui verront dans leurs livres d'histoire qu'il n'y a pas de limites à leurs ambitions. »

Une citation de :Julie Miville-Dechêne, présidente du Conseil du statut de la femme du Québec

Peut-on s'attendre à ce que la prochaine chef du gouvernement du Québec le dirige différemment de ses prédécesseurs? « Il est beaucoup trop tôt pour le dire. Il va falloir la voir à l'oeuvre », estime-t-elle, précisant au passage que sa marge de manoeuvre sera réduite.

« Ce qu'on sait, ajoute-t-elle toutefois, c'est qu'elle a par le passé exprimé une sensibilité pour les femmes, par les programmes de garderies, ou par l'intérêt qu'elle portait aux femmes qui vivent des difficultés économiques. »

Julie Miville-DechêneAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Julie Miville-Dechêne

Photo : Luc Lavigne

Se gardant de vouloir projeter une image stéréotypée de la femme, elle fait observer que Pauline Marois a des qualités jugées plus typiquement féminines. « C'est une femme qui aime le consensus, qui arrive à parler de ses erreurs », explique-t-elle.

Mme Miville-Dechêne souligne en outre la détermination de Pauline Marois, qui convoitait le poste de premier ministre depuis 1985. « Ça prend souvent beaucoup plus d'efforts à une femme pour arriver à des postes historiquement réservés aux hommes », note-t-elle, évoquant la course à la direction qui avait opposé Pauline Marois à André Boisclair, en 2005.

Julie Miville-Dechêne, qui couvrait alors la campagne en tant que journaliste, se souvient de la « fixation que de nombreuses personnes faisaient alors sur son apparence ». « On se demandait si elle portait trop de bijoux ou trop peu, ou encore si elle était trop agressive ou pas assez », rappelle-t-elle. « On est dans un monde d'images pour tout le monde, mais c'est encore plus vrai pour les femmes », déplore-t-elle.

Si elle avoue espérer une « très bonne représentation des femmes » au Conseil des ministres, la présidente du Conseil du statut de la femme estime que cela ne doit pas se faire « à tout prix ». « On ne peut que souhaiter la parité, mais je ne voudrais pas que l'avancée des femmes se résume à une question mathématique. Ce qu'il faudra voir, c'est si elles occupent des postes stratégiques », fait-elle valoir.

Pauline Marois n'a d'ailleurs pas indiqué si elle comptait nommer un Cabinet paritaire, comme l'avait fait son prédécesseur, Jean Charest. La réponse viendra donc d'ici quelques semaines. Au-delà des chiffres, ajoute cependant Mme Miville-Dechêne, l'important, « c'est que les intérêts des femmes soient pris en compte dans les politiques publiques ».

Lise Payette, qui a notamment été ministre d'État à la Condition féminine dans un gouvernement péquiste, dans les années 1970, se réjouit de l'élection d'une femme à la tête du Québec, mais souligne que la politique reste « un monde très dur, particulièrement pour les femmes ». « Il y a une forme de tolérance envers les hommes politiques qu'on n'a pas du tout envers les femmes », a-t-elle soutenu, en entrevue à l'émission 24 heures en 60 minutes.

Les gestes des femmes sont davantage scrutés, estime-t-elle, et on les juge davantage sur leur apparence. « Je me souviens d'avoir dit, il y a très, très longtemps, que l'égalité des femmes en politique à Québec serait atteinte le jour où une femme pourra prendre un coup dans un bar, rouler sous la table et que ce ne soit pas dans les journaux du lendemain. Les hommes le font [...], mais si on est témoin, on se tait », dit celle qui a été la première femme à se faire appeler « la » plutôt que « le » ministre.

Pauline Marois, première femme à la tête du Québec

Lisez le portrait de la nouvelle première ministre du Québec.

Deux femmes chefs de parti

Dès la rentrée parlementaire, en octobre prochain, l'Assemblée nationale comptera plus d'une femme à la tête d'un parti. Du jamais-vu en 150 ans d'histoire politique.

Élue dans la circonscription montréalaise de Gouin, Françoise David (qui dans les faits n'est pas chef de parti, mais partage le mandat de coporte-parole avec Amir Khadir), fera son entrée au Parlement.

Julie Miville-Duchêne s'en réjouit, voyant, là encore, un exemple inspirant.

« Ce sera fort intéressant de suivre les échanges à l'Assemblée nationale entre Pauline Marois, qui a une sensibilité très importante pour les questions touchant les femmes, et Françoise David, qui se qualifie ouvertement de féministe. »

Une citation de :Julie Miville-Dechêne, présidente du Conseil du statut de la femme du Québec

« Elle aussi est une battante », souligne-t-elle « au-delà de toute partisanerie ». « C'était la troisième fois qu'elle se présentait dans la même circonscription, et elle y a cru », explique-t-elle, évoquant « une performance au débat des chefs que tous ont dit remarquable ».

« Cette femme, qui était depuis longtemps présente dans le paysage politique, a tout à coup été perçue comme quelqu'un de très structuré, qui pouvait amener quelque chose à la vie publique », analyse-t-elle.

La politique au féminin vue par cinq candidates

Au cours de la campagne électorale, Radio-Canada.ca a interviewé cinq femmes, d'autant de formations, parties à l'assaut de la politique. Les nouvelles députées Nathalie Roy (Coalition avenir Québec) et Rita de Santis (Parti libéral), ainsi que les candidates Rosette Côté (Parti québécois), Manon Massé (Québec solidaire) et Catherine Dorion (Option nationale) disent ce qu'elles pensent de la présence des femmes en politique, mais également de la place que celles-ci occupent dans la société. Et, au passage, elles révèlent aussi un peu d'elles-mêmes.

Un député sur trois sera une femme

Si la politique québécoise reste une arène très majoritairement masculine, il reste que la présence des femmes progresse. Selon un calcul du Conseil du statut de la femme, qui a comptabilisé les résultats de mardi, 42 des 125 députés seront des femmes, soit 33,6 %, une proportion jamais atteinte auparavant.

« On n'a pas encore la parité, mais on a légèrement augmenté le nombre de femmes alors qu'on stagnait », fait remarquer sa présidente.

Répartition provisoire des députées par parti

Parti québécois: 18
Parti libéral : 18
Coalition avenir Québec : 5
Québec solidaire : 1
Source : Conseil du statut de la femme

Le record précédent avait été atteint en 2003, alors qu'elles formaient 30,4 % de l'ensemble de la députation. À la dissolution de la Chambre, en août dernier, les femmes ne formaient que 28 % de l'ensemble de la députation.

Les femmes qui briguaient les suffrages à l'élection de mardi représentaient la même proportion.

Le Directeur général des élections n'a de son côté pas publié de compilation officielle, préférant attendre le résultat des dépouillements judiciaires.

Même si la parité mathématique n'est pas encore au rendez-vous, Julie Miville-Dechêne insiste sur les avancées réalisées par les femmes au cours des dernières décennies, rappelant les positions prises dans la première partie du siècle dernier par le clergé et des hommes comme Henri-Bourassa, politicien et fondateur du Devoir.

« La principale fonction de la femme est et restera - quoi qu'en disent et quoi que fassent, ou ne fassent pas, les suffragettes - la maternité, la sainte et féconde maternité, qui fait véritablement de la femme, l'égale de l'homme et, à maints égards, sa supérieure. Or, la maternité exclut forcément les charges trop lourdes - le service militaire, par exemple - et les fonctions publiques. »

Une citation de :Henri Bourassa, 1918

« Si [le droit de vote] leur est accordé, il s'ensuit qu'elles pourront être députés, ministres, se lancer dans la politique. C'est pourquoi je refuse de participer à un geste aussi lourd de conséquences. »

Une citation de :Albiny Paquette, député de l'Union nationale, 1936

Nous ne sommes pas favorable au suffrage politique féminin parce qu'il va à l'encontre de l'unité et la hiérarchie familiale, parce que son exercice expose la femme à toutes les passions et à toutes les aventures de l'électoralisme, parce que, en fait, il nous apparaît que la très grande majorité des femmes de la province ne le désire pas, parce que les réformes sociales, économiques, hygiéniques, etc., que l'on avance pour préconiser le droit de suffrage chez les femmes peuvent être aussi bien obtenues grâce à l'influence des organisations féminines, en marge de la politique.

Une citation de :cardinal Jean-Marie-Rodrigue Villeneuve, 1940

Des propos qui rappellent le chemin parcouru...

Quelques jalons

1940 : les femmes obtiennent le droit de vote
1947 :une première femme, Mae O'Connor, est candidate à une élection
1961 : Marie-Claire Kirkland-Casgrain remporte l'élection dans la circonscription de Jacques-Cartier, devenant ainsi la première députée
1962 : Marie-Claire Kirkland-Casgrain devient la première ministre de sexe féminin

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