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CAQ : Nathalie Roy, prête à s'investir dans le «sport extrême» qu'est la politique

Sophie-Hélène Lebeuf

Signe des temps, pour la première fois, un débat des chefs lié à une campagne électorale québécoise a opposé deux hommes... et autant de femmes. La politique québécoise n'en reste pas moins une arène très majoritairement masculine. À la dissolution de la Chambre, les femmes ne formaient que 28 % de l'ensemble de la députation. L'élection du 4 septembre ne devrait pas bouleverser la donne, puisque 254 femmes sur 894 candidats - une proportion de 28,4 % - briguent les suffrages. Radio-Canada.ca a interviewé cinq des candidates à l'assaut de cet univers aux luttes souvent féroces. Le thème? La politique au féminin.

Après être retournée sur les bancs d'école à 43 ans pour refaire son Barreau, Nathalie Roy plaide maintenant sa cause pour faire partie de ceux qui amèneront le « sang neuf » dont l'Assemblée nationale a, selon elle, bien besoin. Après avoir gardé ses opinions pour elle pendant la vingtaine d'années qu'elle a passées dans le monde des médias, l'ancienne journaliste les défend aujourd'hui avec fougue. Elle s'anime particulièrement lorsqu'elle parle de la lutte contre la corruption et de la situation des aidants naturels, qui « aident à soutenir le système de santé à bout de bras ».

« Un enjeu [...] que je considère très, très important, c'est tout ce qui a trait aux aidants naturels, en particulier ces femmes qui doivent rester à la maison pour s'occuper d'un enfant malade, d'un mari malade, d'une mère malade, d'un père malade. Ce sont des gens qui doivent se sacrifier, qui vont dans certains cas sacrifier leur propre santé, hypothéquer leur maison, puisqu'ils ont peu de soutien. »

Nathalie Roy

Si avec ses débats parfois houleux, voire agressifs, la politique rebute certaines femmes, la candidate caquiste croit que son expérience professionnelle lui servira pour pratiquer ce « sport extrême ». L'ancienne chef d'antenne du réseau TQS fait valoir que la « carapace » qu'elle s'est forgée lorsqu'elle était journaliste lui serait utile dans ce monde, dit-elle, plus sévère pour l'image des femmes que pour celle des hommes.

Trois mots ou expressions qui résument selon vous ce que les femmes apportent à la politique :

« J'ai reçu de tout : de la lettre de bêtises, des propos disgracieux sur mon physique, des menaces jusqu'à la demande en mariage. Ça forme la carapace. »

Nathalie Roy

Récemment, Pauline Marois a affirmé qu'il y avait moins de femmes en politique parce que plusieurs d'entre elles souffraient d'un manque de confiance en soi. Partagez-vous son opinion?
Ce n'est pas fou! Ça ne fait pas longtemps que les femmes ont accès au pouvoir. Il ne fait pas oublier qu'elles ont eu le droit de vote dans les années 1940 et que la première députée [Claire Kirkland-Casgrain] a été élue en 1961. À l'époque de nos mères, elles n'étaient pas encouragées à aller à l'université. Elles n'avaient accès qu'à certains métiers. Maintenant, l'université est ouverte aux femmes, leur égalité est reconnue, on peut faire la même chose que les hommes. La confiance en soi a été bâtie au fil des ans avec la scolarité, la diplomation. Je crois qu'en 2012, elle est bien établie. Il faut prendre notre place, il y a des pionnières qui l'ont fait avant nous. Ça prend une bonne dose de confiance en soi pour aller en politique parce qu'il y a beaucoup de monde qui est là pour nous la faire perdre.

Les femmes font-elles de la politique autrement?

De toute évidence, les analystes diront que la politique est un sport extrême et que ça prend de la combativité, puisqu'il y a un débat d'idées. Je pense que les femmes apportent quelque chose de différent parce qu'elles ont une expérience différente, elles ont un regard différent. C'est l'amalgame des deux - les députés masculins et les députées féminines - qui apporte au débat, puisque les expériences purement féminines, les hommes ne les vivront pas et vice-versa. On a besoin des deux pour que tout le monde dans la société soit représenté.

Le traitement réservé aux politiciennes est-il pire que celui réservé aux hommes?
Il y a une chose qui est certaine et qu'on ne pourra pas changer : tout ce qui passe en politique passe par la lentille de l'image. Dans tous les milieux - on n'a qu'à penser au monde de la télévision - la société est beaucoup plus exigeante à l'égard de l'image d'une femme qu'elle ne l'est pour celle d'un homme. On va regarder une politicienne et on va dire : « As-tu vu comment elle est habillée, comment elle est coiffée? » On ne dira pas ça d'un politicien, même s'il fait de l'embonpoint ou qu'il n'a plus de cheveux. C'est bête, c'est complètement superficiel, mais c'est une réalité.

« Encore aujourd'hui, les femmes, pour un travail similaire, vont gagner 70 % du salaire des hommes. C'est une réalité qui est inadmissible. »

Nathalie Roy

Quelle est la réalisation personnelle dont vous êtes la plus fière, particulièrement parce que vous êtes une femme?
Ah! C'est une bonne question parce que je n'ai jamais considéré mes réalisations en fonction de mon sexe. Je me considère comme une citoyenne et comme une égale aux hommes, alors je vous répondrai en tant que citoyenne. Je suis retournée sur les bancs d'école à 43 ans pour faire mon Barreau avec des jeunes qui sortaient de l'université. C'est une expérience dont je ne suis pas peu fière!

Quel est le défi le plus important que vous avez dû relever en tant que femme?
Dans le milieu des médias, que j'ai connu pendant plus de 20 ans, il y a une différence lorsqu'on négocie des contrats. Certains hommes sont beaucoup mieux payés que certaines femmes. Un des défis que j'ai dû relever, c'est de m'asseoir avec mes patrons et de dire : « C'est assez! Il n'est pas question qu'on me paie moins! » Ça peut sembler mercantile, cependant il faut avoir le courage de se lever et de dire qu'on vaut autant qu'un homme et qu'il n'y a pas de raison d'être moins payée. Et lorsqu'on le fait, on réussit!

« Les femmes ont maintenant accès à la diplomation universitaire. [...] C'est important parce que le savoir, c'est la richesse d'une société. »

Nathalie Roy

Qu'est-ce que la femme que vous êtes peut apporter à la femme québécoise?

Mon énergie, j'en ai beaucoup à revendre! Mais aussi mon intégrité. Je ne suis pas une politicienne, je n'ai jamais fait de politique de ma vie. En tant que journaliste, j'ai toujours gardé mes opinions pour moi et c'était normal et nécessaire pour être la plus objective possible devant un intervenant. Cependant, j'ai des opinions, et j'ai décidé de les manifester. Tout ce que les médias ont révélé sur le financement illicite des partis, sur ce qui se passe dans le monde de la construction, sur ces contrats que nous payons comme contribuables 30 % trop cher, m'a réveillée, m'a interpellée.

Je pense apporter ma petite contribution, mon énergie, mon expertise et, surtout, ma voix. En étant communicatrice, je vais pouvoir - je crois - défendre davantage les intérêts de mes concitoyens montarvillois. Je suis également avocate de formation, et le travail d'une avocate, c'est nécessairement de défendre les intérêts de ses clients, mais aussi de régler des problèmes, et c'est ce que fait un député.

Y a-t-il une députée d'un autre parti que le vôtre que vous admirez?
On a eu de grandes pionnières, de grandes politiciennes que j'adore toujours écouter, même quand je ne suis pas du tout d'accord avec leur programme. Entendre parler Louise Beaudoin, avec cette assurance, cette conviction, la façon dont elle s'exprime - elle est articulée - je trouve que c'est une inspiration, même si je ne suis pas du tout d'accord avec le programme du Parti québécois.

Y a-t-il une personnalité féminine qui est pour vous un modèle?
Tout au long de ma vie, je me suis inspirée de différentes femmes et aussi de différents hommes pour forger ma personnalité, mais s'il y a une personne qui m'a impressionnée plus que toute autre, c'est ma grand-maman maternelle, une femme du Nouveau-Brunswick qui a eu 11 enfants et qui a élevé sa famille dans une très, très grande pauvreté. Elle a toujours gardé son sourire, sa bonne humeur, sa sympathie. C'est inspirant de voir des gens qui vivent dans une grande pauvreté arriver à être heureux et à se débrouiller. La personne la plus inspirante de ma vie, c'est ma grand-maman.

Pour me joindre :
sophie-helene.lebeuf@radio-canada.ca (Nouvelle fenêtre)

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