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Terrorisme : l'espionnage des musulmans à New York n'a rien donné

Des musulmans réunis lors d'une rencontre sur l'espionnage dont ils font l'objet de la part de la police de New York.

Des musulmans réunis lors d'une rencontre sur l'espionnage dont ils font l'objet de la part de la police de New York.

Photo : AP/Mel Evans

Radio-Canada

En plus de six ans de surveillance des quartiers musulmans de New York, d'écoutes et de fichage des mosquées, l'unité secrète de données démographiques de la Police de New York (NYPD) n'a obtenu aucune piste ni de quoi déclencher une enquête terroriste.

L'unité de données démographiques (Demographics Unit) se trouvait au coeur d'un programme d'espionnage policier mis en place avec l'aide de la CIA à la suite des attentats du 11 septembre 2001 pour collecter des données sur les musulmans : domicile, lieu de travail, magasins et mosquée fréquentés. La police a ainsi infiltré des groupes étudiants musulmans, placé des informateurs dans des mosquées, surveillé les prêches et fiché tous les musulmans de New York qui adoptaient des noms américanisés.

La Demographics Unit était censée faire office de système d'alerte précoce antiterrorisme. Si par exemple la police avait vent de la présence d'un terroriste afghan dans la ville, elle saurait où il aurait le plus de chances de louer une chambre, de faire ses courses ou de suivre un match. Mais une déposition déclassifiée lundi soir révèle que cela n'a servi à rien.

Le 28 juin, entendu dans le cadre d'une enquête fédérale de très longue haleine sur des allégations de violations des droits civiques, le chef adjoint Thomas Galati, qui dirige la division du renseignement du NYPD, a reconnu qu' « à (sa) connaissance » aucune des conversations écoutées par les policiers n'avait servi de « point de départ à une enquête », même s'il continue de considérer que le dispositif est important.

Le NYPD est le plus grand département de police des États-Unis et le maire de la ville, Michael Bloomberg, présente ses stratégies antiterrorisme comme un modèle pour le reste du pays.

Après la publication d'articles de l'agence Associated Press sur cette stratégie d'espionnage et de fichage en fonction de l'ethnie, de la religion ou de la langue l'an dernier, le NYPD a d'abord nié l'existence de la Demographics Unit, puis ses partisans ont défendu ce dispositif comme crucial pour la sécurité de New York.

Thomas Galati témoignait dans le cadre de l'affaire Handschu, une plainte déposée en 1971 contre le NYPD, accusé d'espionnage d'étudiants, d'organisations de défense des droits civiques et de sympathisants communistes présumés dans les années 1950 et 1960.

À la suite de cela, le NYPD s'est vu interdire de collecter des informations sur les discours politiques à moins d'un risque terroriste. Les avocats des droits civiques estiment que l'Unité de données démographiques a violé ces règles fédérales. Les documents obtenus par l'AP montrent qu'elle a mené des opérations hors de sa juridiction, notamment dans le New Jersey. Le FBI a déclaré que cela avait nui à ses partenariats avec des musulmans et mis en danger la sécurité nationale des États-Unis.

Me Jethro Eisenstein, à l'origine de l'affaire Handschu il y a plus de 40 ans et qui a interrogé M. Galati pendant sa déposition, a déclaré qu'il demanderait bientôt la fermeture de l'unité de données démographiques. Cette dernière opère désormais sous le nom d'Unité d'évaluation par zone (Zone Assessment Unit), mais a récemment cessé ses activités hors de l'État, selon M. Galati.

Des dizaines de membres du Parlement ont demandé au ministère de la Justice d'enquêter sur les pratiques du NYPD, mais le principal conseiller du président Barack Obama pour le contre-terrorisme, John Brennan, a déclaré qu'il croyait en la légalité des activités du NYPD et que celles-ci avaient protégé New York.

Associated Press

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