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Charest et Marois dans l'arène

Jean Charest et Pauline Marois en débat à TVA
Jean Charest et Pauline Marois en débat à TVA Photo: TVA
Sophie-Hélène Lebeuf
Marc-Antoine Ménard
Le compte rendu de Josée Thibeault

Au lendemain d'un débat à quatre, les chefs du Parti libéral, Jean Charest, et du Parti québécois, Pauline Marois, ont croisé le fer au cours d'un duel diffusé sur les ondes du réseau TVA, lundi soir. Dans le cadre d'une nouvelle formule, les deux adversaires ont abordé les mêmes thèmes que la veille, avançant peu de nouveaux arguments, mais sur un ton nettement plus agressif.

Sur les thèmes de la gouvernance, des politiques sociales, de l'économie et de l'identité nationale, les deux chefs ont souvent davantage attaqué leur rival que mis en avant ce qu'ils ont à offrir, les charges les plus virulentes venant de Jean Charest.

La gouvernance

Jean Charest a notamment accusé Pauline Marois d'avoir lancé plusieurs accusations non fondées au cours des dernières années.

« La campagne de salissage que vous avez menée a fait mal à toute la classe politique. »

Jean Charest

Mme Marois ne s'est pas gênée pour rappeler les dossiers en matière d'éthique que dénonce son parti depuis des années, par exemple le « scandale des garderies » et les démissions de deux ministres (Tony Tomassi, ex-ministre de la Famille, et David Whissell, ex-ministre du Travail) « sur des questions d'éthique ».

« M. Whissell a démissionné pour des raisons personnelles », a argué M. Charest.

Pauline Marois a en outre demandé à M. Charest pourquoi il avait attendu deux ans et demi avant de déclencher une commission d'enquête sur l'industrie de la construction, rappelant que près de 80 % des Québécois en avaient réclamé une.

« Si vous aviez décidé de tenir une commission d'enquête, vous auriez évité ces allégations, a rétorqué Mme Marois. Vous devez vous en prendre à vous-même. » « Vous auriez rassuré les Québécois », a-t-elle dit, demandant au passage pourquoi il avait déclenché l'élection avant la reprise des audiences.

Comme il l'avait fait la veille, Jean Charest a évoqué le rapport Moisan, datant de 2006, qui mettait en lumière « un cas prouvé » de financement illégal. « Et c'était lorsque vous étiez aux affaires », a-t-il lancé à l'ancienne ministre péquiste.

Comme la veille également, il a rappelé qu'une adolescente lui avait versé un don à l'époque de la course à la direction du PQ, en 2005, ce qui est interdit par la loi, qui n'autorise que les dons des personnes majeures.

« Ce n'est pas vous qui allez me donner des leçons d'intégrité! C'est indécent, M. Charest! Moi, jamais je n'accepterais qu'une ministre aille déjeuner avec quelqu'un de la mafia. Je n'accepterais jamais qu'un ministre de la Famille donne des permis de garderies en retour d'argent versé au Parti libéral. »

Pauline Marois

« Pour moi, c'est tolérance zéro », a dit Mme Marois.

« Vous venez de faire la démonstration de ce que j'affirme », a rétorqué Jean Charest, répétant que sa rivale lançait des allégations non fondées. « Je n'accepterai jamais, comme premier ministre du Québec, que vous mettiez en doute mon intégrité et celle de mon gouvernement », a tonné le chef libéral.

« Notre responsabilité, c'est d'agir et c'est ce que nous avons fait », avait d'entrée de jeu déclaré Jean Charest, qui a répété que son gouvernement avait resserré les lois sur le financement politique, créé l'Unité permanente anticorruption (UPAC) et lancé la commission Charbonneau.

S'il y a eu un lapin, il est sorti du chapeau de Jean Charest, qui s'est interrogé sur l'octroi, sans appel d'offres, d'un contrat de 110 millions de dollars pour la construction de 12 CHSLD, à un consortium auquel participaient Tony Accurso et un proche du PQ, en 1997, alors que le Parti québécois de Lucien Bouchard était au pouvoir.

Vérification faite, un contrat a bel et bien été accordé à un consortium auquel participaient notamment Tony Accurso et Marcel Melançon. Mais les reproches du vérificateur général ne portaient pas sur l'ensemble du contrat. Le vérificateur a plutôt critiqué certains contrats de gérance et de gestion d'une valeur d'environ 16 millions de dollars qui, eux, avaient été octroyés sans appel d'offres. Malgré ce constat, il n'y a pas eu de suites devant les tribunaux.

L'épreuve des faits de Vincent Maisonneuve

Politiques sociales

Le thème des politiques sociales a d'abord été une occasion de ramener les débats du printemps dernier au sujet de la hausse des droits de scolarité et des secousses sociales qui en ont découlé.

Pauline Marois a présenté les trois axes de sa politique sur cet enjeu : l'annulation de la hausse décrétée par le gouvernement Charest, l'annulation de la loi 12 (ancien projet de loi 78) et un sommet où un éventuel gouvernement péquiste défendrait la proposition d'indexer les droits de scolarité.

« Vous avez 12 positions différentes sur les droits de scolarité », a lancé le chef libéral, reprochant de nouveau à Mme Marois d'avoir porté le carré rouge, symbole du mouvement d'opposition à la hausse. M. Charest a accusé la chef péquiste d'avoir accepté l'intimidation et la violence pour barrer l'accès d'étudiants à leurs cours, un « droit fondamental », a-t-il répété.

« Vous avez démontré que vous n'étiez pas à la hauteur de ce qu'on attend d'un premier ministre. »

Jean Charest

Pauline Marois a reproché à Jean Charest de ne pas avoir écouté les étudiants et ceux qui « manifestaient une opposition raisonnable », a-t-elle jugé. « Je pense que M. Rozon [fondateur du Festival Juste pour rire] a passé plus de temps avec eux que vous ne l'avez fait », a-t-elle ajouté.

Le chef libéral a rappelé les gestes posés par son gouvernement dans ce débat : étalement de la hausse des droits de scolarité sur sept ans au lieu de cinq, bonification du programme de prêts et bourses, remboursement proportionnel au revenu pour les diplômés. « L'un de vos propres candidats [NDLR : l'ex-président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), Léo Bureau-Blouin, candidat péquiste dans Laval-des-Rapides] admet que les représentants de certaines associations étaient intransigeants », a lancé Jean Charest.

Au sujet de la santé, Pauline Marois a insisté sur les priorités péquistes en la matière, soit les soins à domicile, surtout pour les aînés qui occupent en ce moment des lits en soins de courte durée. « Ce n'est pas demain matin que [les temps d'attente dans] les urgences vont se réduire, a-t-elle nuancé, mais je crois que sur une période de quatre ans, on va arriver à un résultat qui a du bon sens, en plus de s'occuper des groupes de médecine familiale. »

Jean Charest a répété, comme dimanche, qu'il manquait des médecins et des ressources humaines au Québec pour répondre aux besoins, estimant que son gouvernement avait grandement augmenté les investissements en soins à domicile. Il a affirmé qu'il proposait un crédit d'impôt plus généreux pour les aidants naturels et qu'il encouragerait les maisons intergénérationnelles.

Jean Charest a répété que les libéraux avaient augmenté de 73 % le budget de la santé depuis 2003. Selon les données du Conseil du Trésor, les crédits octroyés au ministère de la Santé et des Services sociaux ont augmenté de 57 % entre les exercices 2003-2004 et 2012-2013.

Jean Charest a de nouveau rappelé des propos tenus en novembre 2008 par Pauline Marois, qui affirmait que si c'était nécessaire, elle reprendrait la décision de 1997 de mettre 1500 médecins et 4000 infirmières à la retraite. Le chef libéral a parlé de politiques « cruelles » dont les Québécois subissent encore les contrecoups.

« M. Charest, vous devez bien être responsable de quelque chose, ça fait neuf ans que vous êtes là! »

Pauline Marois

Économie

Vantant le bilan de son gouvernement en matière d'économie, Jean Charest a notamment affirmé que les Québécois avaient maintenant « 12 % plus d'argent dans leurs poches » qu'à son arrivée au pouvoir, en 2003.

Il s'est par ailleurs engagé à maintenir les impôts et les taxes à leur niveau actuel.

Pauline Marois a rétorqué que le gouvernement libéral les avait déjà haussés de 6 milliards de dollars et qu'il comptait les augmenter davantage.

Elle a rappelé que le budget Bachand de 2010 prévoyait une hausse des tarifs patrimoniaux d'électricité totalisant 1,6 milliard de dollars. La chef péquiste a rappelé que sa formation comptait annuler la hausse prévue, tout comme la taxe santé de 200 $, qu'elle a qualifiée d'« injuste » et de « régressive ». À ce sujet, Mme Marois a marqué un point, rappelant que tout ménage au revenu de 30 000 $ ou plus devait la payer, ce que contestait M. Charest.

« L'argent [qu'il faut mettre en santé] viendra d'où? », a rétorqué Jean Charest, qui a fait valoir que « 25 % des ménages ne paieront pas » de taxe santé.

Il a également accusé son adversaire péquiste de vouloir augmenter les impôts des contribuables québécois afin de faire contrepoids à l'annulation de la hausse prévue des droits de scolarité.

Pauline Marois a répliqué que sous un gouvernement péquiste, le fardeau fiscal supplémentaire incomberait aux ménages gagnant 130 000 $ et plus.

Le chef libéral a en outre fait la promotion de son Plan Nord, affirmant qu'il créerait des emplois dans toute la province. « Les jobs dans le Nord sont des jobs dans le Sud », a-t-il lancé.

La chef péquiste a critiqué le système actuel de redevances, qu'elle juge favorable aux minières. « On ne laisserait pas quelques minières s'enrichir sur le dos des Québécois », a-t-elle promis, promettant de modifier le régime en vigueur, notamment en taxant les surprofits ainsi que la production.

« Vous mettez en péril les emplois », a lancé Jean Charest.

La chef péquiste a également blâmé le premier ministre pour l'endettement du Québec. « Un tiers de toute la dette, c'est vous qui l'avez faite! »

Promettant des politiques « très audacieuses », elle a en outre assuré qu'elle ferait en sorte que « les fleurons québécois restent au Québec » et ne soient pas achetés par des compagnies étrangères comme cela a été le cas pour Alcan, acheté par Rio Tinto.

La Caisse de dépôt et placement du Québec doit protéger les sièges sociaux, a-t-elle argué.

À cela, Jean Charest a rétorqué que la Caisse n'était pas un « bras politique » du gouvernement et qu'il fallait préserver son indépendance.

Identité et question nationale

Pauline Marois a d'abord dû défendre son projet de charte de la laïcité, affirmant qu'elle énoncerait trois grands principes : l'égalité entre les hommes et les femmes, la neutralité de l'État et le respect du patrimoine et de l'histoire du Québec.

« Ce n'est pas parce qu'il y a une accalmie maintenant qu'on n'aura pas des tensions qui vont revenir », s'est défendu la chef péquiste, accusant son adversaire libéral d'avoir « laissé traîner les choses » et de ne pas avoir de vision d'ensemble. « Moi, je veux que ça soit clair », a-t-elle dit.

Jean Charest a rétorqué qu'il avait appliqué plus de 80 % des recommandations du rapport de la commission Bouchard-Taylor sur les accommodements culturels, un chiffre par ailleurs contesté, et que le projet de loi 94, qui n'a toujours pas été adopté, stipule que les services publics doivent être donnés à visage découvert.

Selon une étude du politologue François Rocher, de l'Université d'Ottawa, recommandée par Gérard Bouchard, ce sont plutôt 50 % des recommandations de la commission Bouchard-Taylor qui ont été appliquées.

Le chef libéral a reproché à Mme Marois d'avoir déposé, en 2007, le projet de loi 195 sur la citoyenneté, prévoyant notamment que les nouveaux arrivants qui seraient incapables de bien parler français après une période d'apprentissage payée par l'État perdraient leur droit d'éligibilité, soit le droit de se présenter aux élections scolaires, municipales ou provinciales.

M. Charest a affirmé qu'il se fierait plutôt au bon jugement des Québécois dans le choix de leurs élus. « Les citoyens du Québec n'ont pas besoin de vous pour leur dire quoi faire », a-t-il dit.

La situation du français

Mme Marois a décrit la situation du français à Montréal comme un « vrai drame ».

L'Office québécois de la langue française (OQLF) rapportait, en juin dernier, que les commerçants du centre-ville de Montréal ont accueilli ses observateurs en français dans une proportion de 74 % (contre 89 % en 2010). La présidente de l'OQLF, Louise Marchand, avait précisé que les clients pouvaient toutefois se faire servir en français dans 95 % des cas, l'accueil bilingue ayant grimpé de 1 % à 13 % en deux ans.

En ce qui concerne l'affichage du nom d'entreprise, il était conforme en 2012 à la Charte de la langue française dans 82 % des commerces. Il s'agit d'un léger progrès comparativement aux 77 % observés en 2010.

Le chef du PLQ a accusé son adversaire de vouloir diviser les Québécois, « comme vous voulez le faire avec votre référendum dont vous ne voulez pas parler ».

Au sujet d'un éventuel référendum sur la souveraineté du Québec, Mme Marois n'a pas précisé s'il pourrait avoir lieu dans un premier mandat.

« Je tiendrai un référendum au moment où j'aurai l'assurance qu'une majorité de Québécois seront d'accord pour que l'on devienne un pays. Je souhaiterais qu'il y en ait un, mais je veux me garder la possibilité de prendre cette décision. On ne fera pas cela en cachette. »

Pauline Marois

« C'est exactement le contraire de la franchise », a martelé Jean Charest, accusant la chef péquiste de « placer une épée de Démoclès [sic] sur l'économie ».

« Vous jouez au casino avec l'avenir du Québec. »

Jean Charest

Le réseau TVA diffusera deux autres débats : Jean Charest affrontera le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, mardi, tandis que ce dernier croisera le fer avec Pauline Marois le lendemain.

Animé par Pierre Bruneau, ce premier duel faisait suite à un débat à quatre, auquel avaient aussi participé, dimanche soir, le chef caquiste ainsi que la présidente et porte-parole de Québec solidaire, Françoise David.

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