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D'Arcy-McGee : le PLQ tatoué sur le coeur

Une affiche libérale dans D'Arcy Mc Gee.
Une affiche libérale dans D'Arcy Mc Gee.
Lili Boisvert

D'Arcy-McGee, à Montréal, est probablement la circonscription la plus libérale du Québec, de l'avis même du PLQ. Les sommets des majorités qu'y récoltent les candidats libéraux depuis des décennies sont vertigineux. Si ce scénario risque de se perpétuer le 4 septembre, certains électeurs remettent toutefois en question leur parti chouchou.

Lawrence S. Bergman est le candidat libéral et député sortant de la circonscription, en plus d'être le président du caucus du PLQ. Il ne s'inquiète pas pour sa réélection. En 2008, 89 % des voix lui revenait. Derrière lui, sa plus forte compétition était le Parti vert, avec 7 % des voix.

M. Bergman assure, comme son parti, qu'il ne tient personne pour acquis. Mais il affirme aussi que sur le terrain, tous ceux à qui il s'adresse l'appuient.

La candidate de la CAQ, Sophie Leroux, ne se fait pas trop d'illusion. Croit-elle seulement avoir une chance? « Je préférerais dire qu'il y a des chances, dit-elle, mais c'est sûr que je regarde l'Histoire ». Son travail consiste surtout, pour l'instant, à contrer la campagne de « désinformation » des libéraux à l'endroit de la CAQ, expose la candidate.

L'indécision des électeurs dont font état les derniers sondages est néanmoins palpable, même dans D'Arcy-McGee. Danny Goldman, un retraité du quartier, a voté libéral en 2008. Or, cette fois, il hésite. Il se demande même si cela vaut la peine d'aller voter. « Bergman va rentrer de toute façon, que j'aille voter ou non ».

Lorsqu'on leur demande pour qui ils iront voter, Dereck et Sonia haussent eux aussi les épaules. « Je ne sais pas... Je n'ai pas encore ouvert le journal », dit Sonia.

Des minorités majoritaires

De par son profil socio-économique, D'Arcy-McGee est composé de l'électorat historiquement libéral typique. Sa population est à 44 % anglophones, et à 39 % allophones. Les francophones représentent 17 % de sa population. Selon les données du dernier recensement, il s'agit de la circonscription multiculturelle avec les plus fortes communautés juive et anglophone du Québec. Sa superficie couvre Côte-Saint-Luc et Hampstead, ainsi qu'une partie de Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce.

Une seule fois, un autre parti que le PLQ a remporté cette circonscription. C'était en 1989 et le Parti Égalité, formation pro-anglophones, avait fait élire quatre candidats, dont un dans D'Arcy-McGee. Mais aujourd'hui, le Parti Égalité a jeté l'éponge. Devant l'enthousiasme déclinant de la population à son endroit, il s'est dissous quelque temps avant le scrutin.

L'ex-chef du parti, Keith Henderson, croit que beaucoup d'anglophones sont « en colère » contre les libéraux à cause des allégations de corruption et parce qu'ils « ne font rien pour eux », concrètement.

« Tout ce que les libéraux disent, c'est qu'avec eux, il n'y aura pas de référendum. Mais ça commence à devenir lassant. »

Keith Henderson

M. Henderson n'est pas prêt, pour sa part, à encourager le vote pour la CAQ, comme l'a fait au début de la campagne un autre ex-chef du Parti Égalité, Robert Libman.

Il fait valoir que le chef de la CAQ, François Legault, s'est d'abord fait connaître comme l'homme qui voulait abolir les commissions scolaires, si chères aux anglophones. Un détail que Jean Charest n'oublie d'ailleurs pas de rappeler stratégiquement auprès d'eux.

John, un anglophone juif résident de D'Arcy-McGee, a entendu parler de la CAQ, mais il n'est pas convaincu par leurs propositions. Il est tout de même certain qu'il ne votera pas pour le Parti libéral, dont l'attitude l'a dégoûté pendant le conflit étudiant. « Ça, c'est certain, je ne voterais pas pour lui! » clame-t-il.

Se désintéresser ou saisir l'occasion?

Le désamour envers le Parti libéral pourrait se traduire aux élections par une absence marquée des anglophones aux urnes le jour du scrutin plutôt que par un vote important pour la CAQ, croit Keith Henderson.

D'Arcy-McGee est déjà la 3e circonscription avec le plus fort taux d'abstention dans le Grand Montréal.

En 2008, le taux de participation y était de seulement 39 %, « et ça va continuer de chuter » dans l'ensemble de la province, soutient l'ex-chef du Parti Égalité.

Les libéraux sont conscients que le désintérêt des anglophones et des allophones à leur égard pourrait faire la différence dans certaines circonscriptions.

La presse anglophone s'interroge d'ailleurs sur la fenêtre d'opportunité dont semblent disposer les minorités linguistiques dans la présente campagne pour obtenir des gains politiques. « Est-ce que les anglophones vont soudainement être pris en considération? » titrait il y a quelques jours le journal montréalais anglophone The Gazette.

On a longtemps cru le tatouage « PLQ » des anglophones indélébile. C'est le 4 septembre que l'on saura, en définitive, combien d'entre eux sont passé sous le laser pour en supprimer les traces d'encre.

Pour me joindre :
Lili.boisvert@radio-canada.ca

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