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Option nationale : Catherine Dorion, une femme qui aborde la politique avec sensibilité et sincérité

Sophie-Hélène Lebeuf

Signe des temps, pour la première fois, un débat des chefs lié à une campagne électorale québécoise a opposé deux hommes... et autant de femmes. La politique québécoise n'en reste pas moins une arène très majoritairement masculine. À la dissolution de la Chambre, les femmes ne formaient que 28 % de l'ensemble de la députation. L'élection du 4 septembre ne devrait pas bouleverser la donne, puisque 254 femmes sur 894 candidats - une proportion de 28,4 % - briguent les suffrages. Radio-Canada.ca a interviewé cinq des candidates à l'assaut de cet univers aux luttes souvent féroces. Le thème? La politique au féminin.

Sur YouTube, son naturel et sa vision ironique des politiciens et des « vieux partis » lui ont permis de séduire de nombreux internautes - et sans doute de nombreux électeurs. Ce qu'elle veut insuffler à la politique québécoise? « De la vérité et de la sincérité! » répond d'ailleurs la comédienne, allergique au « concours d'image de marque » qui définit selon elle la politique. Dans ce monde souvent combatif qui a « peur des émotions collectives », elle arrive armée de sa « grande sensibilité » et d'une « intelligence qui tient en compte des émotions ».

« Si on est capable de regarder le peuple québécois avec tendresse et avec sollicitude, il y a plein de choses qu'on ressent. Il y a des belles choses qu'on a envie d'exprimer collectivement. »

Catherine Dorion

Si les femmes de sa génération n'ont pas à livrer les mêmes batailles que leurs aînées et qu'elles ont peut-être davantage confiance en elles, elles ne doivent pas pour autant baisser les bras, souligne Mme Dorion, désolée par l'image de la femme qui est maintenant véhiculée. Et pourtant, se réjouit la voyageuse qui a mis le pied dans une trentaine de pays, ici, le rapport entre les hommes et les femmes « n'est pas sexué tout le temps » comme il peut l'être ailleurs. Autre motif pour se montrer optimiste? Le nombre de jeunes femmes qui se lancent en politique, particulièrement « dans les nouveaux partis ». « Elles sont peut-être moins impressionnées par une grosse institution qui est là, avec une famille de politiciens plus âgés et masculine », dit-elle.

Trois mots qui résument selon vous ce que les femmes apportent à la politique :

Récemment, Pauline Marois a affirmé qu'il y avait moins de femmes en politique parce que plusieurs d'entre elles souffraient d'un manque de confiance en soi. Partagez-vous son opinion?
Dans mon cas, ce n'est pas vrai. Je ne manque pas de confiance en moi, en tout cas pas pour ce dont on a besoin pour faire de la politique. Des filles qui sont comme moi, j'en connais beaucoup, mais je vois aussi d'autres filles qui n'ont pas confiance en elles - et c'est la même chose pour les gars. Je crois que c'est une question de génération. Les jeunes ont grandi dans un Québec où il n'y a pas grand-chose qui était refusé aux filles. Il y a des courants qui mettent les filles dans des cases, mais si on veut s'impliquer en politique, je ne crois pas qu'il y ait quelque chose qui nous arrête.

Les femmes font-elles de la politique autrement?
La game politique qu'on connaît a été fabriquée par des hommes majoritairement. On s'est fait à l'idée que ça devait être combatif. Les femmes peuvent apporter quelque chose de différent si elles - et les hommes aussi dans le fond -restent elles-mêmes et ne pensent pas que tout doit être une compétition, mais qu'il peut y avoir une coopération et même une ouverture entre partis.

« Moi, je n'ai pas envie de me battre. J'ai envie qu'on travaille ensemble. »

Catherine Dorion

Le traitement réservé aux politiciennes est-il pire que celui réservé aux hommes?
Ça dépend de l'âge de ceux qui jugent : je trouve qu'il reste un peu de misogynie aux plus vieux.

« Des milliers de fois par jour, notre cerveau - autant celui des femmes que des hommes - reçoit toujours la même image de la femme : le même corps, le même type de peau. La seule chose qui change - un peu comme les barbies - c'est la couleur des cheveux et la couleur des yeux. »

Catherine Dorion

Quel enjeu, peut-être moins médiatisé, qui concerne les femmes vous touche particulièrement?
L'hypersexualisation des jeunes filles.

« Au Québec, il y a une égalité tellement grande que même dans les rapports sociaux, on est de plus en plus libéré du poids que le genre peut avoir. C'est magique, vraiment. »

Catherine Dorion

Quelle est la réalisation personnelle dont vous êtes la plus fière, particulièrement parce que vous êtes une femme?
Est-ce que ce serait quétaine de dire « Mon bébé! » (Rires)

Quel est le plus grand défi que vous avez dû relever en tant que femme?
M'assumer en tant que femme.

Y a-t-il une députée d'un autre parti que le vôtre que vous admirez?
Louise Beaudoin. C'est elle qui a influencé mon choix d'étudier en relations internationales. Elle était venue parler dans un cours à l'UQAM.

Y a-t-il une personnalité féminine qui est pour vous un modèle?
Hannah Arendt, pour son intelligence, son indépendance d'esprit et sa droiture. C'est une philosophe juive d'origine allemande du début du 20e siècle.

Pour me joindre :

sophie-helene.lebeuf@radio-canada.ca

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