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Un cimetière du Dakota du Nord au coeur d'une lutte identitaire métisse depuis 11 ans

Des Métis du Manitoba entretiennent le cimetière de Pembina, au Dakota du Nord

Le cimetière de Pembina, au Dakota du Nord est au cœur d'une lutte identitaire entre les Manitobains, qui souhaitent en faire un lieu commémoratif métis, et les Métis américains, peu intéressés à le faire.

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2012 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Onze ans après avoir été confié par l'État du Dakota à la réserve autochtone américaine Turtle Moutain, le cimetière métis de Pembina fait toujours l'objet de dissensions entre les Métis de la réserve et ceux du Manitoba.

Le cimetière en question se trouve dans la ville américaine de Pembina, située dans le comté du même nom. Il s'agit du premier lieu d'inhumation catholique de la ville, et les premiers colons du Dakota du Nord, des Métis, y sont enterrés.

Chaque année, des Métis du Manitoba se rendent au cimetière de Pembina pour tondre la pelouse et réparer les croix.

Alors que, d'un côté, les Métis manitobains veulent que le cimetière américain soit reconnu comme lieu historique nommément métis, de l'autre, les Métis américains ne voient pas l'importance du projet.

Le paradoxe de la revendication

Contrairement à leurs congénères canadiens, les Métis américains ne bénéficient pas d'un statut différent de celui d'Indien inscrit.

Selon l'historienne canadienne Ruth Swan, les résidents de la réserve Turtle Moutain « ne souhaitent pas reconnaître le côté métis [de leur communauté], car ils craignent de perdre leur statut d'Indien. »

Un Métis de la petite communauté de Belcourt, située sur le territoire de la réserve Turtle Mountain, affiche son intérêt pour le métchif, la langue métisse francophone, mais pas pour le cimetière.

Une pierre tombale au cimetière catholique de Belcourt, dans le Dakota du NordAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des noms de famille comme Poitra, Delorme et Marion sont gravés sur les pierres tombales du cimetière américain de Belcourt et témoignent de l'histoire francophone et métisse de cette ville.

« Ça ne m'intéresse pas autant aujourd'hui », dit Dan Jerome, qui s'est déjà impliqué plus activement pour la protection du lieu. Selon lui, la moitié de la communauté ignore l'existence du cimetière.

« Je crois que quelqu'un devrait en prendre soin, mais je ne vais pas en prendre soin, disons-le ainsi », affirme-t-il.

En outre, l'historien et archéologue tribal de la réserve, Kade Ferris, ne s'offusque pas du comportement de ses concitoyens.

« Un des problèmes majeurs que j'ai eus ces dernières années a été le désir de créer un lieu de commémoration. Par tradition, les morts sont en paix. On n'en fait pas une célébration, à moins de devoir le faire », affirme-t-il.

Un lieu sacré réclamé par les Métis des deux côtés de la frontière

Durant les années 1990, un groupe de militants métis du Manitoba et de descendants des Métis des États-Unis ont fait pression auprès du Dakota du Nord pour que le cimetière, qui servait alors de champ agricole, soit restauré.

Afin d'appuyer ses revendications, le groupe prouve à l'État qu'au moins 135 dépouilles de francophones catholiques reposent sur la terre qu'ils veulent voir désigner comme sacrée.

En 2001, les demandeurs ont obtenu gain de cause, et la gestion du lieu est confiée aux arrière-arrière-petits-enfants américains des premiers colons, des Autochtones Ojibwa vivant sur la réserve Turtle Mountain.

La réserve américaine est située à environ 300 km de Pembina.

« Le gouvernement américain les reconnaît comme le groupe autochtone le plus rapproché [des Métis enterrés]. Alors, je crois que c'est pour cela qu'on leur a confié le cimetière », indique l'historienne Ruth Swan.

« Mais, il est un peu loin pour qu'ils puissent y venir et ils ne semblent pas si désireux de s'en occuper », ajoute-t-elle.

D'après un reportage d'André Dalencour

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