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L'incessante poursuite de Simon Whitfield

Simon Whitfield

Simon Whitfield

Photo : La Presse canadienne / John Ulan

Radio-Canada

Simon Whitfield s'est toujours donné à fond. La pratique du triathlon n'a donc pas échappé à son approche qu'il a plus tard qualifiée d'« incessante poursuite ».

Un texte de Manon Gilbert (Nouvelle fenêtre)

Dès sa première compétition, à l'âge de 12 ans, le natif de Kingston a lancé à un journaliste de son quotidien local qu'un jour, il gagnerait l'or aux Jeux olympiques. Sauf qu'à l'époque, en 1987, le triathlon ne figurait pas encore au programme des Jeux.

Qu'importe, le Canadien s'est investi corps et âme dans son sport. À 17 ans, il a pris ses chaussures de course et son maillot pour déménager à l'autre bout du monde, à Sydney. Il faut dire que comme le fils se montrait un brin nonchalant dans ses études, le père australien a donc décidé de l'envoyer dans un collège privé pour favoriser son développement scolaire et sportif.

Le jeune Whitfield, lui, voyait plutôt une occasion en or de poursuivre sa quête dans un pays où le sport est roi et où les plages et le relief vallonné s'avèrent un terrain de jeu idéal pour les triathloniens.

« J'aimerais te dire que c'était pour les études. Sur papier, c'était mon intention. Mais au fond de moi, c'était pour amorcer une vraie carrière de triathlonien à plein temps, confie-t-il. J'étais assis dans mes cours, je dessinais mon vélo de rêve, je gribouillais ce que serait un horaire d'entraînement parfait, je notais les courses que je voulais gagner, je n'étais pas l'élève le plus attentif à l'école. »

L'avenir lui a donné raison. Signe du destin, c'est à « 5 pieds » d'où a eu lieu sa remise de diplôme qu'il a connu la consécration aux Jeux de Sydney. Il est devenu le premier médaillé d'or olympique du triathlon avec un chrono de 1 h 48 min 24 s 2/10, record qui tient toujours. Dire qu'il aurait pu choisir de porter les couleurs de l'Australie, puisqu'il possède la double nationalité. Mais il a refusé.

Monsieur Simplicité

Simon WhitfieldAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Simon Whitfield

Photo : La Presse canadienne / David Guttenfelder

Malgré sa victoire historique et l'argent qu'il a ajouté huit ans plus tard à Pékin, Whitfield continue d'incarner la simplicité à la perfection. Et c'est avec cette même philosophie de vie qu'il pratique encore son sport.

Pas de gymnase à la fine pointe de la technologie ni d'hôtel cinq étoiles. C'est plutôt dans un obscur dortoir de l'Université McMaster à Hamilton ou dans un refuge de la station Snow Farm, une région isolée de la Nouvelle-Zélande où s'entraînent également les fondeurs Alex Harvey et Devon Kershaw en été, à 1540 mètres d'altitude, au bout d'une route de gravelle de 13 km, que Whitfield préfère se retrouver.

« À la maison, avec les deux enfants, c'est fabuleux, mais il y a toujours beaucoup d'action. Il y a toujours quelqu'un qui me demande de faire quelque chose, dit celui qui a élu domicile à Victoria. Alors, quand je pars à l'extérieur, il y a beaucoup moins de distractions. La simplicité, c'est bien. Ça me permet de me concentrer seulement sur le sport. »

Le père de Pippa, 5 ans, et d'Evelyn, 2 ans, a donc peaufiné sa préparation pour Londres avec les marathoniens canadiens à Hamilton. Mais s'il a mis le cap sur la Nouvelle-Zélande pendant trois semaines en janvier et cinq en mars, c'est pour se soumettre à un entraînement de Spartiates. Parce qu'à 37 ans, il a pris le risque d'augmenter son régime d'entraînement de 25 % pour rivaliser avec une jeune meute de loups qui avaient à peine 5-6 ans quand il a commencé la compétition.

Au menu par semaine : 20 à 30 km de natation, 400 à 500 km de vélo et 140 km de course à pied.

« J'adore l'entraînement. Je suis toujours aussi passionné par mon sport, même plus qu'avant. Avec l'âge, je suis capable de m'entraîner davantage. Par contre, la récupération est plus difficile. Je ne suis plus aussi affamé qu'à 21 ou 22 ans », soutient celui qui affiche comme meilleur chrono cette année 1:49:44, réalisé en mai à San Diego.

Les exigences de l'entraînement et les besoins de sa famille auront donc raison de ses ambitions olympiques après les Jeux de Londres, ses quatrièmes. D'où l'importance de trouver un meilleur équilibre.

« Je me suis entraîné avec tellement d'intensité cette année que je ne m'imagine pas le faire encore quatre ans, assure l'homme aux 14 victoires en Coupe du monde. Je n'ai pas congé les week-ends. J'ai hâte de pouvoir aller camper avec la famille ou de sortir avec les enfants pendant une journée sans avoir à revenir plus tôt à la maison pour un entraînement. »

Vers l'Ironman

Simon WhitfieldAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Simon Whitfield (devant)

Photo : La Presse canadienne / AP Photo/ITU, Delly Carr

La retraite ne figure cependant pas dans ses plans immédiats. Les Ironman, oui. Pour défier Lance Armstrong? L'Américain avait ouvertement critiqué la facilité des distances olympiques (1,5 km de natation, 40 km de vélo et 10 km de course) en avril dernier en les qualifiant de « shampoing, mise en plis et course à pied de 10 km ». S'en était suivi une guerre de mots, par l'entremise de Twitter, entre Whitfield et Armstrong.

« C'était plus drôle qu'autre chose. Lance est aussi un passionné. Je respecte le fait qu'il puisse botter des derrières et qu'ensuite, tout soit fini et qu'il passe à autre chose. On en a bien ri au téléphone et on s'est promis d'aller prendre une bière. »

Si l'athlète le plus décoré de l'histoire olympique du triathlon fait le grand saut, il ne pourra plus regarder en arrière. D'abord, parce que l'entraînement diffère complètement et le physique change. L'Ironman, c'est 3,8 km de natation, 180 km de vélo et 42 km de course. C'est moins en puissance et en vitesse qu'en endurance. C'est comme si un marathonien voulait revenir au 400 m. Puis, parce que les athlètes doivent accumuler un certain nombre de points pour se qualifier pour les courses de Coupes du monde et de Séries mondiales régies par l'Union internationale de triathlon.

« C'est probablement ce que je vais faire, mais je ne suis pas permis d'y penser encore », dit le 8e de la Série mondiale de triathlon.

Speedo et métro...

Pour l'instant, c'est Londres qui occupe toutes ses pensées. Le parcours, il le connaît déjà. Un parcours, très plat, très rapide et très spectaculaire dans Hyde Park. C'est tout le contraire de Sydney ou de Pékin. Whitfield ne s'en fait guère, même s'il reconnaît « être toujours nerveux au départ ».

« On s'entraîne pour chaque type de parcours. On a quatre ans pour bien s'entraîner. Si les gens s'entraînent bien, alors tous les parcours leur conviennent. »

Simon WhitfieldAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Simon Whitfield

Photo : Courtoisie Triathlon Canada

Par contre, sur la ligne de départ, il se retrouvera au sein d'une relève fougueuse, qui le taquine souvent sur son âge vénérable, mais qui ambitionne surtout de lui faire la barbe.

À Pékin, il n'y avait pas de favori. Cette fois, les frères britanniques Brownlee, Alistair (23 ans), double champion du monde, et Jonny (21 ans), médaillé de bronze aux derniers mondiaux, sont considérés comme les hommes à battre.

Redoutable coureur, Whitfield sait qu'il peut encore surprendre comme à Pékin, quand il avait rejoint le trio de tête dans le dernier kilomètre. S'il figure dans le peloton de tête en fin de course, les jeunes n'auront qu'à bien se tenir.

« Mon but est seulement de savoir que j'aurai tout fait ce que je pouvais quand je me tiendrai sur la ligne de départ, de savoir que je n'aurai aucun regret. C'est ce que ma course exprimera. »

Si Withfield quitte Londres sans médaille, il pourra toujours se targuer d'avoir une station de métro à son nom, tout comme Jesse Owens, Rafael Nadal ou Ian Thorpe, entre autres. La capitale britannique a renommé ses 361 stations au nom des plus grands athlètes de l'histoire.

« J'étais très honoré, mais en même temps je riais. Je m'imagine les gens qui prennent le métro et qui se demandent : c'est qui ce gars-là qui court en speedo? »

Les Londoniens devraient avoir la réponse bientôt parce que maman Whitfield tient mordicus à ce que toute la famille aille se faire photographier dans le métro. Tellement que Simon n'est même pas sûr d'avoir le temps d'aller déposer ses valises à l'hôtel!

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