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Barclays : le scandale des taux manipulés expliqué

Des employés de Barclays au siège social de la banque à Londres

Des employés de Barclays au siège social de la banque à Londres (archives)

Photo : AFP / Carl Court

Lili Boisvert
Prenez note que cet article publié en 2012 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

L'affaire des taux Libor et Euribor manipulés par le personnel de la Banque Barclays, l'une des plus importantes banques du monde, remet brutalement en question la crédibilité de ces taux cruciaux pour les marchés, à un moment où la confiance dans le système financier est toujours éprouvée par la crise des prêts à risque de 2008.

Les autorités boursières britannique et américaine ont ouvert des enquêtes sur les agissements de l'institution, de 2005 à 2009, et des accusations criminelles pourraient être déposées.

Une douzaine d'autres banques sont également visées.

Le scandale a déjà coûté leur emploi à des dirigeants de la Barclays, dont le chef de la direction, l'Américain Bob Diamond et le président du conseil d'administration de l'institution, Marcus Agius.

Que reproche-t-on exactement à la banque? Et pourquoi l'affaire a-t-elle des conséquences importantes dans le monde entier?

Libor et Euribor : définition

Le Libor (London interbanking offered rate) est un taux moyen de référence qui indique ce que les banques doivent payer lorsqu'elles empruntent de l'argent entre elles. Une banque peut avoir besoin d'emprunter des fonds à une autre banque si, par exemple, elle a reçu moins de dépôts dans une journée que de retraits.

Si une banque doit emprunter à un taux élevé, cela signale que la banque qui lui accorde un prêt a peu confiance en elle.

Produit par l'organisation British Banker's Association, le Libor est calculé ainsi : chaque jour, un échantillon de 16 banques indiquent quel taux elles doivent payer pour emprunter; on élimine les 4 taux les plus élevés et les 4 taux les plus bas, puis on établit une moyenne à partir des 8 taux restants.

Le Libor est publié tous les jours ouvrables, à 11 h.

On évalue le coût de transactions financières dans le monde entier en fonction de ce taux. L'indice influe par exemple sur de nombreux prêts commerciaux et individuels ainsi que sur des prêts hypothécaires. Les coûts de certaines transactions sont carrément indexés au Libor.

« Il y a une sensibilité à toute variabilité de ce taux », explique l'économiste Georges Ugeux, PDG de la banque d'affaires internationale Galileo Global Advisors et ancien vice-président de la Bourse de New York, en entrevue avec Radio-Canada.

L'Euribor, l'autre indice manipulé par la Barclays, est le pendant européen du Libor.

La fraude

Pendant cinq ans, le personnel de la Barclays a soumis des taux d'emprunts trompeurs pour le calcul du Libor, dans un premier temps, de 2005 à 2008, de manière à faire gonfler ses profits. Puis, pendant la crise financière, le personnel a soumis des taux faussement bas pour faire croire que les prêteurs avaient confiance en la Barclays, afin de protéger la réputation de la banque.

Quotidiennement, des courtiers de la banque ont demandé au personnel soumettant les chiffres qui contribuent à établir le Libor de les modifier. Un communiqué de l'agence américaine U.S. Commodity Futures Trading Commission révèle l'extrait d'une correspondance dans laquelle un courtier dit : « Nous avons une autre grosse cotation de prix demain et avec l'évolution du marché, j'espérais que nous pourrions monter certains [chiffres] du Libor aussi haut que possible ».

Les courtiers qui faisaient ce type de demande recevaient des réponses telles que « toujours heureux de pouvoir aider » ou « c'est fait... Juste pour toi, mon homme ».

Des courtiers de la Barclays sont également soupçonnés d'avoir demandé l'assistance d'autres banques pour manipuler l'Euribor.

Rétablir l'intégrité des taux

Georges Ugeux prédit que les fraudes d'autres banques seront dévoilées dans le sillon des enquêtes sur la Barclays et estime que cela sera « particulièrement difficile à supporter à un moment où nous sortons à peine des abus de Wall Street des années 2007 et 2008 ».

L'économiste dit que l'enjeu est maintenant de trouver une manière de rétablir l'intégrité du Libor. « Sans cette intégrité, les marchés ne peuvent plus fonctionner parce que la référence à ce taux existe dans des millions de contrats », dit-il.

Selon M. Ugeux, le problème est essentiellement moral. « Je crois que nous devons être réalistes. On doit faire tout ce qui est nécessaire pour éviter ce genre de situation. Mais il n'y a rien qui remplacera l'honnêteté des personnes qui dirigent ces établissements. »

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