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Martine Dugrenier

Martine Dugrenier

Photo : AFP / CLAUS FISKER

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2012 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

À Londres, Martine Dugrenier participera à ses deuxièmes et derniers Jeux olympiques. Pourtant, rien ne prédestinait cette ancienne gymnaste, qui a déjà pris part aux Championnats nationaux, à un changement de discipline.

Un texte de Manon Gilbert (Nouvelle fenêtre)

C'est par un concours de circonstances que la lutte est entrée dans sa vie. Un conflit d'horaire au cégep l'a obligée à choisir la lutte comme cours d'éducation physique. Ses qualités physiques de gymnaste, soit sa force, sa puissance et sa flexibilité, ont attiré l'oeil de son entraîneur.

« J'étais plus forte que les gens de mon âge dans mon cours de lutte. L'entraîneur essayait de me convaincre que j'irais plus loin en lutte qu'en gymnastique. Ça m'a pris deux ans avant de m'en convaincre », raconte la Canadienne, sacrée championne du monde des 67 kg de 2008 à 2010.

Les blessures à répétition l'ont aidée à prendre sa décision en 1999. Cinq ans plus tard et 13 kg en plus, elle triomphait aux mondiaux universitaires... Force est d'admettre que son entraîneur avait raison. S'amorçait alors une superbe carrière internationale dans un sport inhabituel pour une femme et plutôt associé à Hulk Hogan, à The Rock ou aux autres fausses brutes de ce monde.

Dugrenier ne compte plus les fois où elle a dû expliquer qu'elle ne rebondissait pas dans les câbles pour neutraliser son adversaire et qu'elle ne pratiquait pas la lutte gréco-romaine, réservée exclusivement aux hommes. Sans oublier toutes les offres de combat déclinées contre des gars à l'ego gonflé.

« Si j'avais noté tous leurs noms, j'aurais une grande liste », raconte-t-elle en riant.

À sa première sélection olympique en 2004, la Québécoise de 33 ans avait mordu la poussière. Sauf qu'il y a de ces défaites qui nourrissent quand même les ambitions.

« Pour Athènes, j'avais perdu dans la qualification canadienne. Mais j'avais battu cette année-là celle qui était qualifiée pour les Jeux. C'est là que j'ai remarqué que j'avais le potentiel d'y aller. Quand je l'ai vu lutter et qu'elle a terminé 5e aux Jeux, je me suis dit : "Moi, je veux y aller pour la médaille!" »

C'est ce qu'elle a fait en 2008, même si les choses ne se sont pas conclues comme prévu. Un point cédé à trois secondes dans le combat pour le bronze l'a reléguée au pied du podium, en 5e place. Mais c'est surtout l'histoire démesurée sur sa bousculade avec son entraîneur Victor Zilberman pendant une pause du combat final qui lui a laissé un goût amer.

Un long chemin jusqu'à Londres

Martine Dugrenier (à gauche)Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Martine Dugrenier (à gauche)

Photo : La Presse canadienne / AP Photo / POLFOTO, Jesper Nørgaard Sørensen

Considérée encore comme un bel espoir de médaille dans la capitale britannique, la lutteuse a déjà parcouru plus de la moitié du chemin pour atteindre son objectif.

« Je ne pense pas qu'on peut dire que ça va être facile, mais je peux dire que je suis à quatre victoires d'une médaille olympique », ironise l'athlète au calme désarmant.

Dugrenier a dû remporter six combats pour gagner son billet pour les Jeux olympiques, deux aux Championnats panaméricains, où elle a assuré sa qualification à la fin mars en Floride, et quatre aux Championnats canadiens en décembre. Tout ça en poursuivant son travail de professeur d'éducation physique au Cégep Vanier à l'automne, et la rédaction de son mémoire de maîtrise en sciences de l'éducation qu'elle prévoit achever d'ici la fin de l'année.

En plus, dans ces compétitions, le niveau de stress atteint son paroxysme. Parce qu'en plus de toute la fébrilité entourant les épreuves de sélection, la Québécoise doit se battre dans une catégorie de poids inférieure en raison du nombre contingenté d'athlètes aux Jeux. Seul avantage : ses rivales sont de plus petites tailles. Mais tout est une question de technique, et non seulement de force.

« Je pense que les qualifications sont plus difficiles et plus stressantes à réussir que juste d'aller aux Jeux. Les qualifications canadiennes sont encore plus stressantes que les qualifications panaméricaines, soutient la native de Laval. J'avais six combats en deux jours. Toutes celles que j'affrontais étaient fraîches, elles n'avaient pas fait de match. C'était un plus grand défi pour moi. C'est un gros soulagement. Et maintenant, on peut se concentrer sur les Jeux. »

Dugrenier doit passer des 67 kg, deuxième catégorie, au 63 kg pour les Jeux. Comme elle s'est battue dans sa catégorie naturelle aux Championnats canadiens, elle a hérité de la position quatre chez les 63 kg, derrière les trois médaillées des nationaux.

Elle a donc dû d'abord affronter la championne d'un tournoi réservé à toutes celles qui ne figuraient pas parmi les quatre premières chez les 63 kg. Une fois la première victoire assurée, elle a dû vaincre tour à tour la 3e, la 2e et la 1re, dans un deux de trois celle-là, des Championnats canadiens.

Donc, ce sont six duels si on compte le combat contre la championne nationale des 63 kg qui s'est rendu à la limite des trois manches.

« Ce stress-là de ne pas perdre me servira de belle expérience pour les Jeux. »

Apprendre de ses défaites

Martine DugrenierAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Martine Dugrenier

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Les défaites, Dugrenier ne connaît pas beaucoup. Depuis les Jeux olympiques de Pékin, la Montréalaise n'a perdu qu'un duel. C'était aux Championnats du monde, en septembre 2011. Elle avait été éliminée dans les quarts de finale. Une attaque audacieuse à 10 secondes de la fin avait plutôt donné le point à sa rivale (la victoire va à la dernière qui marque le point), ce qui mettait fin à son règne de triple championne mondiale.

« C'est quelque chose qui reste, c'est quelque chose qui m'a aidé à aller gagner les essais et les qualifications panaméricaines. C'est beaucoup d'apprentissage. Je préfère que ça soit arrivé aux Championnats du monde de 2011 qu'aux Jeux de 2012 », affirme celle qui souhaite ne pas piger le numéro de la Japonaise Kaori Icho, double championne olympique en titre. Icho l'avait battue en demi-finale en Chine.

Dugrenier avait également utilisé ses défaites à Pékin pour enlever son premier titre mondial un mois plus tard. Médaille ou pas à Londres, elle souhaite cette fois garder un meilleur souvenir de son aventure olympique.

« Ça a été difficile parce qu'on était si près. J'avais la possibilité de gagner cette médaille-là et je l'ai échappée. Si je peux revenir avec une médaille olympique, ce sera quelque chose du passé. »

Et un bel héritage pour l'avenir et pour une certaine jeunesse à laquelle elle veut enseigner l'importance de persévérer et de croire en ses rêves.

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