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Un chercheur déplore l'impact de C-38 sur les statistiques autochtones

Des enfants dans la communauté autochtone d'Attawapiskat, en décembre 2011
Photo: La Presse canadienne / Frank Gunn
Marc-Antoine Ménard

L'abolition de l'Institut de la statistique des Premières Nations, prévue dans le projet de loi « mammouth » C-38, qui sera adopté définitivement lundi à la Chambre des communes, à Ottawa, soulève des questions quant à l'avenir de la recherche sur les communautés autochtones au Canada.

Pour Gustave J. Goldmann, professionnel en résidence à l'Université d'Ottawa qui s'intéresse aux données démographiques des populations autochtones, les informations fournies par l'Institut avaient une grande importance. En entrevue à Radio-Canada.ca, M. Goldmann estime que le qualificatif d'« énorme » n'est pas suffisant pour décrire l'impact de son abolition.

Bien que la collecte de données en tant que telle ne soit pas affectée, comme le confirme Statistique Canada, M. Goldmann déplore la perte de données analytiques produites par l'Institut de la statistique des Premières Nations à partir de ces recensements.

« La partie la plus importante de leur travail, c'était de pouvoir jeter de la lumière sur la situation, la vie quotidienne des peuples autochtones, surtout les Premières Nations », explique-t-il.

Selon M. Goldmann, il s'agit d'un retour en arrière, à une situation qui était mal acceptée à l'époque par les communautés autochtones. « La création de l'Institut avait permis aux Premières Nations de prendre le contrôle de leur information. Cela leur a aussi donné une infrastructure qui leur permettait de continuer d'étendre l'éventail d'informations disponibles », ajoute-t-il.

On retourne à l'ancien système où on demande à quelqu'un qui ne fait pas partie de la communauté de prendre charge de ce travail et, en même temps, on coupe son budget.

Gustave J. Goldmann

Les analyses de recensements étaient une des sources les plus importantes de données sur les populations autochtones, notamment sur le logement, la santé et la scolarité. Certaines communautés, rappelle M. Goldmann, refusaient de répondre au recensement fédéral jusqu'à l'arrivée de l'Institut de la statistique des Premières Nations.

Selon M. Goldmann, l'Institut avait permis une « croissance de confiance » avec les communautés, qui risque maintenant d'être perdue. « C'est très important que la communauté accepte l'information parce que sans ça, elle ne sera jamais utilisée. C'est très important qu'eux acceptent la qualité, que l'information n'a aucun biais. »

Bien que certains leaders politiques autochtones continuaient malgré tout de se méfier de données qu'ils jugeaient biaisées, parce que provenant d'une agence fédérale, d'autres en prenaient le contrôle et « avaient mis sur pied un plan pour produire des données pour les communautés elles-mêmes », indique M. Goldmann.

Ce qu'on aura maintenant, c'est un bris d'une série, et un bris important.

Gustave J. Goldmann

Bien sûr, l'abolition de l'Institut de la statistique des Premières Nations aura un impact sur les travaux de recherche, mais selon M. Goldmann, l'enjeu dépasse ce seul domaine.

On vit à un moment où l'information est extrêmement importante. Sans information statistique, qui touche actuellement la vie des personnes, on vit dans le noir.

Gustave J. Goldmann

Avec les crises récentes, comme celles d'Attawapiskat ou de Kacheshewan, la perte d'information est d'autant plus cruciale. « Comment est-ce qu'on peut bien planifier quelque chose d'aussi simple que l'emplacement des écoles, ou encore quel programme devrait-on mettre en place dans les communautés pour les aider à progresser? C'est impossible sans ces données », estime M. Goldmann.

Pour sa part, le Centre de gouvernance de l'information des Premières Nations, une entité sous la gouverne des Premières Nations elles-mêmes et distincte des agences fédérales, estime qu'il n'y a aucune inquiétude à avoir quant à l'avenir des informations sur les communautés autochtones. Incorporé en 2010, le centre affirme qu'il fournit « les meilleures et les plus fiables données complètes sur les Premières Nations partout au Canada ». Le Centre est notamment responsable de l'Enquête sur la santé des Premières Nations, qu'il présente comme un modèle en matière de recherche autochtone.

L'Institut de la statistique des Premières Nations

Créé en tant que société d'État en vertu de la Loi sur la gestion financière et statistique des Premières Nations, entrée en vigueur le 1er avril 2006;

Doté d'un budget de 5 millions de dollars en subventions du ministère des Affaires autochtones et du Développement du Nord Canada. Budget total du ministère en 2012-2013 : 7,7 milliards de dollars, dont 6,5 milliards en paiements de transfert et 456 millions en subventions à des organismes;

Une lacune, cependant, selon Gustave J. Goldmann : il donnait peu d'informations sur les populations métisses et inuites;

Selon le site du ministère des Affaires autochtones et du Développement du Nord Canada, il avait aussi pour but d'« acquérir des compétences en matière de statistiques au sein des gouvernements des Premières Nations »;

Le statisticien en chef des Premières Nations en occupait la présidence et la direction générale. Encadré par un conseil de direction au sein duquel siégeait le statisticien en chef du Canada, l'Institut collaborait avec les ministères fédéral et provinciaux.

Un texte de Marc-Antoine Ménard

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