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Deux visions des conséquences des sables bitumineux sur l'économie canadienne

La mine de sables bitumineux Albian Sands, près de Fort McMurray, en Alberta
La mine de sables bitumineux Albian Sands, près de Fort McMurray, en Alberta Photo: La Presse canadienne / Jeff McIntosh

Une étude donne des munitions au chef du Nouveau Parti démocratique (NPD) à la veille de sa visite au pays des sables bitumineux en concluant, comme le soutient Thomas Mulcair, que l'économie canadienne souffre d'une forme du « syndrome hollandais ». Une autre étude infirme toutefois ces conclusions.

M. Mulcair a récemment affirmé que les exportations de pétrole gonflent la valeur du dollar canadien, ce qui nuit à l'économie d'autres régions du pays. Ce phénomène est appelé « syndrome hollandais », en référence au déclin manufacturier qui s'est produit aux Pays-Bas après l'explosion des exportations de gaz naturel dans les années 1970.

L'étude de l'Institut Pembina, dévoilée mercredi, conclut que les sables bitumineux génèrent au Canada des retombées économiques à court terme, mais dont l'importance est souvent exagérée. L'étude ajoute que ces retombées sont réparties inégalement à travers le pays, et qu'elles pourraient éventuellement réserver de mauvaises surprises.

Répartition des revenus des sables bitumineux sur le PIB des provinces (2010-2035)Source : Institut Pembina

« Le résultat semble être une variante typiquement canadienne du syndrome hollandais qu'on pourrait appeler "fièvre des sables bitumineux", une variante qui est en voie de donner naissance à des gagnants et des perdants évidents au sein de l'économie canadienne, et qui pourrait présenter un risque important pour la compétitivité du Canada dans l'économie émergente de l'énergie propre », peut-on lire dans le document.

« Il semble évident que le Canada traverse des changements, positifs et négatifs, qui découlent directement de la nature de l'économie nationale canadienne et du rôle du Canada dans une économie internationale en pleine mutation », continue le rapport.

Pour contrer les effets négatifs de la « fièvre des sables bitumineux », l'institut demande au gouvernement fédéral de créer un « bas de laine » avec les revenus des hydrocarbures, d'éliminer les allègements fiscaux consentis aux pétrolières et gazières, de convoquer un comité d'experts sur les sables bitumineux et l'économie, d'étudier la compétitivité régionale dans un contexte de robustesse du huard et de développer une stratégie nationale de l'énergie.

Autre étude, autres conclusions

L'autre étude, réalisée par l'Institut Macdonald-Laurier et dévoilée également mercredi, conclut que l'industrie canadienne des hydrocarbures profite à l'ensemble du pays, puisque les dollars générés par les exportations de pétrole et de gaz naturel servent ensuite à acheter des biens et services au Canada.

Le rapport estime que toutes les provinces profiteront des retombées des hydrocarbures des provinces de l'Ouest, et que ces bénéfices seront nettement plus importants que l'impact négatif d'un dollar canadien fort.

« Si le « syndrome hollandais » est réel, il est partiellement (et possiblement complètement) contrebalancé par les gains réalisés par l'économie canadienne », indique le document.

Visite de Thomas Mulcair en Alberta

Le chef du NPD, Thomas MulcairLe chef du NPD, Thomas Mulcair

Thomas Mulcair a donc de la matière à réflexion, lui qui doit visiter jeudi un site d'exploitation de sables bitumineux à Suncor, près de Fort McMurray, en Alberta.

La première ministre albertaine, Alison Redford, a déjà indiqué qu'elle ne rencontrera pas le nouveau chef néo-démocrate tant qu'il n'aura pas visité la région de Fort McMurray pour se renseigner sur les sables bitumineux. Le premier ministre saskatchewanais, Brad Wall, y est lui aussi allé de commentaires outrés sur l'opinion de M. Mulcair au sujet des sables bitumineux.

M. Mulcair insiste toutefois pour dire qu'il n'est pas opposé au développement s'il est durable. Il précise que cela s'applique à tous les projets impliquant les ressources naturelles à travers le pays et non seulement aux sables bitumineux.

Un des auteurs du rapport Pembina est d'avis que les déclarations de M. Mulcair ont attiré l'attention sur une question importante. « C'est productif parce que ça donne à cette question une visibilité politique et populaire qui est nécessaire. Cela a déclenché, selon moi, un débat qui porte surtout sur la rhétorique des deux camps, plutôt que sur une analyse de ce qui se passe vraiment et qui pourrait être fait », a déclaré Dan Woynillowicz.

Avec les informations de La Presse canadienne

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