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Émeute de Victoriaville : la Sûreté du Québec défend son intervention

Jean Finet, de la SQ

Radio-Canada

La Sûreté du Québec (SQ) soutient que les éléments d'enquête recueillis dans la foulée de l'émeute survenue à Victoriaville vendredi ne permettent pas de conclure que les trois manifestants les plus grièvement blessés ont été atteints par des projectiles de plastique, que la police appelle des bâtons cinétiques (Nouvelle fenêtre).

Selon le porte-parole de la SQ, Jean Finet, l'émeute survenue vendredi lors du Conseil général du Parti libéral du Québec, tenu au Centre des congrès de Victoriaville, est sans doute la plus violente depuis celle du Sommet des Amériques tenu à Québec en 2001.

« Nous avons fait face à des casseurs, des professionnels, qui ont tenté d'inciter d'autres gens à commettre des actes criminels », a expliqué un porte-parole de la SQ, Jean Finet, lors d'un point de presse donnée à Montréal jeudi avant-midi.

M. Finet a expliqué que la manifestation a dégénéré après que des gens ont fait tomber le périmètre de sécurité, à 18 h 26. Des manifestants ont commencé à lancer des pierres vers les policiers peu après, ce qui constitue un acte criminel.

La manifestation a été déclarée illégale à 18 h 38, et a été considérée comme une émeute à 18 h 42. Cela a été communiqué aux manifestants à plusieurs reprises dans les minutes qui ont suivi.

M. Finet a expliqué que les deux premières victimes gravement blessées - l'une à la mâchoire, l'autre à l'oreille et au crâne - ont été secourues par des ambulanciers peu avant 19 h, soit tout juste avant que l'ordre d'utiliser les armes à létalité réduite ne soit donné. La troisième victime, qui a finalement perdu un oeil, a été blessée vers 20 h 10, et a aussi été transportée au CHRTR.

La première victime a été transportée au Centre hospitalier Arthabaska. M. Finet a confirmé qu'elle a auparavant déclaré aux policiers qu'elle se trouvait à 200 ou 300 mètres des policiers lorsque l'impact s'est produit.

« Sur cette base-là - la distance, mais aussi l'heure et le moment où on a commencé à utiliser les armes d'impact - on est en mesure de dire qu'il est très peu probable, voire... je ne dirais pas impossible, mais très peu probable qu'elle ait été blessée par un projectile de la Sûreté », dit M. Finet, qui souligne par ailleurs que les armes de la SQ ont une portée maximale de 100 mètres.

« Pour ce qui est de l'autre personne, celle qui a été blessée à la tête et à l'oreille, elle aussi c'est avant 19 h ». Or, affirme-t-il, « l'autorisation d'utiliser les armes d'impact est arrivée à 19 h ».

Le porte-parole de la Sûreté du Québec a ensuite expliqué qu'un pathologiste judiciaire a eu accès au dossier médical de la deuxième et de la troisième victime.

Dans le premier cas, a expliqué M. Finet, le pathologiste n'est pas en mesure « d'exclure la possibilité que la blessure ait été causée par un projectile utilisé par la Sûreté, mais n'exclut pas tout autre projectile ». L'enquête à ce sujet se poursuit, a dit M. Finet.

Dans le second cas, « la conclusion du pathologiste est que l'ensemble de ses blessures n'aurait pas pu être causé par un seul impact d'un bâton cinétique ». Autrement dit, affirme M. Finet, « il aurait fallu quelque chose de plus gros [qu'un bâton cinétique] pour causer le dommage que cette personne-là a subi ».

« Nous travaillons avec des faits et nous allons continuer à le faire », a affirmé Jean Finet. « Nous devons avoir des faits qui sont corroborés pour pouvoir venir vous dire : "Oui, certaines personnes ont été blessées par des projectiles autres que ceux de la Sûreté". Non, nous ne le savons pas encore, parce que nous ne sommes pas en mesure de le confirmer. Nous allons continuer à travailler pour savoir. »

Cinq tireurs, 33 projectiles

M. Finet a expliqué que seuls 20 des 5500 policiers de la SQ sont formés pour utiliser des armes à létalité réduite, et que six d'entre eux étaient présents à Victoriaville. Cinq d'entre eux l'ont utilisée pour un total de 33 projectiles. L'un de ces cinq policiers a tiré plus de projectiles que les autres, soit au moment où un policier de la SQ a été battu par plusieurs manifestants.

Le porte-parole de la SQ a réitéré que les armes en question sont utilisées « exclusivement à l'égard de gens dangereux, qui représentent une menace à l'égard de policiers ou de citoyens ». Un individu qui a lancé 20 roches, a-t-il dit, ne sera pas ciblé s'il n'en a pas une dans les mains au moment où le tireur le prend en joue.

Les policiers, a-t-il dit, ne tirent pas « s'ils ne sont pas en mesure d'identifier le sujet dangereux, et encore moins si sa vision est dérangée par les gaz ».

« En aucun temps, nos policiers n'ont visé ou n'ont tiré en direction de parties vitales ou à la tête de quelque individu que ce soit », affirme Jean Finet. « Les policiers ne tirent pas à l'aveuglette, tout simplement ».

M. Finet soutient que les policiers qui étaient présents sur place « ont bien fait leur travail » et qu'ils ont fait preuve de « professionnalisme, de rigueur et de discipline ».

L'enquête se poursuit

Le porte-parole de la SQ soutient que 110 arrestations ont été effectuées jusqu'ici, mais que ce nombre pourrait augmenter. Elle demande à quiconque a été témoin d'actes criminels de communiquer avec elle.

La SQ a d'ailleurs diffusé certaines photographies prises sur les lieux en espérant obtenir des renseignements supplémentaires. Elle n'exclut pas par ailleurs de diffuser d'autres images ou vidéos, dont celles que tournait l'hélicoptère de la SQ survolant les lieux.

Jean Finet souligne également que les policiers analysent la vidéo présentée mercredi par la Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics, qui organisait la manifestation de vendredi, et dans laquelle on peut voir un jeune homme gravement blessé. La SQ, dit-il, n'est parvenue à aucune conclusion pour l'instant.

La SQ dément par ailleurs qu'elle ait retardé l'arrivée d'ambulanciers sur les lieux. Le seul moment où les ambulanciers ont été retardés, a-t-il fait valoir, s'est produit lorsque les policiers ont dû protéger les ambulanciers.

M. Finet conteste aussi l'idée que le périmètre de sécurité était mal installé. Il souligne qu'un mur de béton aurait été perçu comme un affront à la liberté d'expression. Il rappelle également que même la très haute clôture érigée lors du Sommet des Amériques n'avait pas résisté aux assauts.

Le président de la Ligue des droits et libertés, Dominique Peschard, conteste cette version des faits. « Les témoignages qu'on a reçus de personnes qui étaient sur place contredisent en plusieurs points ce que la Sûreté affirme. Je comprends que la Sûreté va légitimer son action, mais on a besoin d'une enquête indépendante », a-t-il affirmé après le point de presse de la SQ.

Mercredi, Québec solidaire, la Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics et la Ligue des droits et libertés ont réclamé la tenue d'une enquête publique indépendante sur l'émeute de Victoriaville. Le gouvernement Charest n'a pas donné suite à cette demande.

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