•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Émeute de Victoriaville : Québec solidaire veut une enquête indépendante

Le député de Mercier et porte-parole de QUébec solidaire, Amir Khadir

Radio-Canada

Québec solidaire a déposé mercredi matin à l'Assemblée nationale une motion demandant au gouvernement Charest d'instituer une « enquête publique indépendante de tout lien avec les corps policiers » sur les émeutes survenues vendredi dernier à Victoriaville.

Six civils et trois policiers ont été blessés vendredi dans des affrontements devant le Centre des congrès de Victoriaville, où se déroulait le Conseil général du Parti libéral du Québec. Deux manifestants ont subi un traumatisme crânien, et l'un d'eux a perdu l'usage d'un oeil.

Selon Québec solidaire, une enquête indépendante est nécessaire pour « faire la lumière sur les causes des blessures graves subies par des citoyens lors de la manifestation » et sur l'utilisation de munitions « à létalité réduite » contre les manifestants.

L'enquête pourrait aussi « revoir les protocoles d'intervention des policiers, et l'usage des différentes munitions, pour empêcher qu'elle n'aggrave des situations que les forces de l'ordre doivent contrôler et apaiser », précise le parti de gauche.

« Au moins trois personnes ont été vraisemblablement atteintes à la tête ou au visage par des balles de plastique dur », soutient le député Amir Khadir, qui refuse d'y voir un hasard.

« Il faut identifier la part des responsabilités des personnes en cause : manifestants, policiers sur le terrain et ceux qui ont donné les ordres », argue-t-il.

« Il a fallu trois jours d'émeutes à Londres pour que [David] Cameron, le premier ministre, autorise avec réserve l'utilisation et dans un cadre particulier » de balles de plastique.

La Sûreté du Québec était plongée dans une situation difficile à Victoriaville, c'est indéniable. Le rôle des forces de l'ordre est d'assurer la protection du public. Comment se fait-il que leur intervention a résulté en des blessures aussi graves sur de jeunes citoyens?

Amir Khadir

Le député de Mercier rappelle que la Protectrice du citoyen a récemment jugé que la méthode qui consiste à confier des enquêtes sur les agissements de policiers à d'autres policiers n'assure pas leur indépendance, leur impartialité, ni leur crédibilité.

Québec solidaire, conclut-il, condamne toutes les formes de violence, mais souligne que « les actes d'une minorité n'autorisent pas pour autant les forces policières à attaquer de manière indiscriminée des manifestants et manifestantes pacifiques qui ont des droits dans toute société démocratique ».

La Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics a aussi réclamé une enquête publique et indépendante sur les événements de Victoriaville.

Le ministre Dutil défend les policiers

Lors d'un point de presse dans les corridors de l'Assemblée nationale, le ministre de la Sécurité publique, Robert Dutil, a rétorqué que des enquêtes du genre relèvent du Comité de déontologie policière.

Il a néanmoins défendu les actions policières. « Les balles de plastique qui ont été tirées, une trentaine à ce qu'on me dit, l'ont été sur des gens qui étaient extrêmement violents, donc qu'il fallait empêcher de causer davantage de grabuge », a-t-il commenté.

Malgré les affirmations de Québec solidaire, on ne peut établir avec certitude les causes des blessures subies vendredi dernier.

Des émeutiers ont lancé des morceaux de pavé fracassés et des boules de billard en direction des policiers, tandis que la Sûreté du Québec (SQ) a confirmé à Radio-Canada (Nouvelle fenêtre)avoir tiré 206 « irritants » (des gaz lacrymogènes) et 30 « projectiles d'armes d'impact » (des balles) pendant la fin de semaine.

Nos journalistes sur place ont eux-mêmes constaté que plusieurs balles en plastique de type AR-1 avaient été tirées, les cartouches étant clairement identifiées comme telles. Celles-ci peuvent atteindre 75 mètres par seconde.

Les manifestations ont tourné à l'émeute, le 4 mai, à Victoriaville.

Les manifestations ont tourné en émeutes le 4 mai, à Victoriaville.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Des « meurtrissures » qui font quitter les manifestations

En entrevue au Réseau de l'information, un porte-parole de la Sûreté du Québec, le lieutenant Michel Brunet, a vivement nié que les policiers ont mal agi lors de la manifestation de vendredi. Il conteste même le terme « balle de plastique » utilisé par plusieurs.

« Nous à la SQ, on utilise des bâtons cinétiques. Les gens appellent ça des balles de plastique. Ça n'a rien à voir avec des balles de plastique. Ce sont deux bâtons de couleurs différentes, un vert et un noir. Le noir donne l'impression qu'il est caoutchouté, mais pour les deux, je vous le confirme, les composantes sont les mêmes. C'est un composite de plastique », affirme-t-il.

Les policiers qui utilisent ces bâtons cinétiques, dit-il, « ne visent en aucun moment la tête ou les organes vitaux » des manifestants ciblés. « Le but n'est pas de blesser. Le but, lorsqu'on cible un individu qui a commis un acte criminel ou qui est sur le point d'en commettre un, c'est de le faire sortir de la manifestation ».

« Lorsqu'il y a impact, la douleur est intense, c'est un fait », poursuit le lieutenant Brunet. « Ça va causer une meurtrissure, et il est pratiquement clair que l'individu va devoir quitter les lieux. »

Le lieutenant Brunet conteste par ailleurs les dires d'une étudiante qui a subi de multiples fractures à la mâchoire après avoir reçu, selon elle, une balle de caoutchouc, alors qu'elle se trouvait à plus de 200 mètres du lieu de l'émeute, selon le témoignage d'un ami.

« Rien, rien, rien à ce moment-ci, au niveau de l'enquête, qui permet de conclure que cette dame-là où les deux individus, les deux hommes [gravement blessés] ont été atteints par un projectile tel qu'il est mentionné », dit-il. « Si vous me confirmez que cette personne était à 200 ou 300 mètres, elle était hors de portée de notre projectile. »

Selon le lieutenant Brunet, rien ne permet en fait d'affirmer que des manifestants ont été blessés par des policiers. « Il y a toutes sortes de projectiles qui ont été lancés là-bas, y compris des boules de billard et des billes de plomb de tout près d'un pouce de diamètre. [...] La personne qui lance la boule n'a aucune espèce d'idée à quel endroit elle va se rendre. Elle ne se rend pas nécessairement aux policiers.[...] Il y a des balles de golf qui ont été utilisées; ça rebondit sans cesse ces objets-là. »

Le lieutenant Brunet refuse de commenter la demande d'enquête publique indépendante de Québec solidaire. « Nous on a déjà des enquêteurs suffisamment expertisés [sic] pour faire cette enquête-là. [...] On a des enquêtes criminelles en cours. On devrait être en mesure de déterminer ce qui s'est passé exactement », affirme-t-il.

La Sûreté du Québec doit revenir sur les événements qui ont marqué le conseil général du Parti libéral jeudi en conférence de presse.

Estrie

Politique provinciale