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villeneuveaccident

L'accident de Gilles Villeneuve à Zolder le 8 mai 1982

Photo : AFP

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2012 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Gilles Villeneuve est mort le 8 mai 1982 à la fin des qualifications du Grand Prix de Belgique. Plusieurs acteurs de l'époque ont accepté de parler à Radio-Canada Sports pour expliquer les circonstances de sa mort.

Un texte de Philippe Crépeau (Nouvelle fenêtre)

Gilles avait une grande qualité, la loyauté. Il connaissait et comprenait ce mot. Alors quand dans les deux derniers tours du Grand Prix de Saint-Marin à Imola le 18 avril 1982, son coéquipier Didier Pironi l'a attaqué, l'a dépassé malgré les consignes de l'équipe (par panneautage) et a gagné, Gilles Villeneuve a été une première fois trahi.

Et quand Ferrari n'a pas voulu appuyer son pilote numéro un dans la controverse, Gilles s'est senti doublement trahi. Didier Pironi avait réussi à rallier à sa cause le directeur sportif de Ferrari, Marco Piccinini. Il avait créé son propre clan au sein de l'équipe.

« La consommation était limite, se rappelle Patrick Tambay, ancien pilote de F1 (McLaren, Ferrari, Renault). Il avait été décidé avec un panneau OK que les positions devaient être figées de façon à être certain de marquer des points très très précieux. Gilles était en tête, mais le panneau n'a pas été présenté par Marco Piccinini, et Didier l'a attaqué. Ils se sont fait la course, Gilles a repris la tête, et le panneau est sorti.

« Mais Didier ne l'a pas respecté. Et de là est partie cette polémique, cette trahison que Gilles a ressentie comme tel. Car lui, en 1979, il avait respecté les consignes de l'écurie au profit de Jody Scheckter qui a été champion du monde. Et ce jour-là, il a eu le sentiment, alors qu'ils étaient très amis, qu'il avait été trahi. »

Gilles a décidé qu'il ne parlerait plus jamais à Didier Pironi, qu'il croyait être son ami.

« Il m'a dit qu'il était dans une colère noire, qu'il n'adresserait plus la parole à Didier, se souvient René Arnoux, ancien pilote de F1 (Renault et Ferrari). Ce qu'il a fait, car quand il disait une chose, il l'appliquait à la seconde qui suivait. Et une animosité est née ce jour-là qui ne pouvait que créer de la discorde au sein de l'équipe. »

C'est dans ces circonstances qu'il est arrivé à Zolder pour le Grand Prix de Belgique. Gilles Villeneuve était déterminé à rester le pilote numéro un de Ferrari, et la seule façon était de devancer sur la piste son coéquipier et désormais adversaire.

Ce qu'il a voulu faire le 8 mai quand il s'est élancé pour un dernier tour de qualification. Pour aller encore plus vite. Pour être devant Pironi sur la grille de départ. Mais il ne pouvait aller plus vite.

« Il a été trahi, c'est incontestable, car Pironi me l'a avoué ouvertement quelques années plus tard, avant qu'il ne meure (en 1986), se rappelle Christian Tortora, un des deux journalistes sur place mandatés par le Québec. Mais Gilles voulait battre son temps, comme pour lui dire : tu m'en as fait une, je t'en fais une!

« Mais là, il y a une ambiguïté, et Mauro Forghieri (ancien directeur technique) me l'avait bien dit. Il est parti avec des pneus usés. Donc, en clair, il ne pouvait pas améliorer le temps qu'il avait fait, ce n'était pas possible. »

Il a fallu dans ce tour qu'il croise la route de l'Allemand Jochen Mass, dans la March, qui s'est écarté sur sa droite pour le laisser passer dans la trajectoire. Mais ils ne se sont pas compris, Gilles a voulu passer aussi à droite, hors trajectoire, et la Ferrari a été catapultée dans les airs.

La caméra n'a pas suivi la Ferrari, mais la March. Il faut dire que la télévision belge n'était pas en direct sur la séance de qualification. Elle effectuait avec ses techniciens des tests de caméra. Seule la présence d'esprit de ce caméraman belge nous permet de savoir ce qui s'est passé.

Gilles Villeneuve a été arraché à sa voiture, et est retombé lourdement dans le filet de sécurité. Certains disent que Gilles est mort avant même d'avoir touché le sol. Les vertèbres cervicales ont cédé.

Plusieurs pilotes, dont René Arnoux, alors chez Renault, se sont arrêtés non loin du corps de Gilles. Ils ont constaté ce que tout le monde redoutait depuis longtemps. L'équilibriste venait de tomber de son fil.

arnouxvilleneuveAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

René Arnoux et Gilles Villeneuve

Photo : AFP

« Peut-être que l'animosité voulait le pousser à faire mieux que son coéquipier, affirme René Arnoux, peut-être qu'il aurait dû lever le pied, car en passant à droite c'est sûr que le chrono allait lui coûter une seconde dans ce virage.

« Mais après, on peut refaire plein de choses. L'équilibriste est tombé, mais d'une façon dont je ne m'attendais pas », laisse tomber le pilote français, la voix triste.

Dans le paddock, il y a eu un grand silence parce que plusieurs s'attendaient à cette issue compte tenu du personnage. Un silence que n'hésite pas à décrire le journaliste italien Pino Allievi.

« Dans le paddock flottait un sentiment de résignation, presque une froide indifférence. Comme si le paddock était soulagé de pouvoir se libérer de cette angoisse difficile à vivre », a écrit M. Allievi, dans un cahier spécial du quotidien italien la Gazzetta dello Sport, publié mardi.

Le lendemain, le Grand Prix de Belgique a été disputé, mais sans aucune passion de la part des pilotes qui avaient connu et aimé Gilles Villeneuve.

« Les gars n'ont pas été au bout du Grand Prix, se souvient Christian Tortora. Ils ont abandonné pour des histoires bidon complet. Il n'y avait personne qui avait le coeur à l'ouvrage. Bernie, qu'est-ce qu'il a dit? J'ai perdu mon showman. »

La F1 a tourné la page, car le « spectacle doit continuer », comme le dit souvent M. Ecclestone. Et Ayrton Senna est arrivé en F1 deux ans plus tard...

Mais la mort de Gilles Villeneuve a rendu cette année 1982 difficile à vivre. Même si Ferrari a terminé la saison avec le titre des constructeurs.

« On était tous orphelins. Perdus. Je n'osais pas aller voir Ferrari, car tout le monde chialait. J'étais très mal. Ça m'a pris 3, 4 courses à me remettre dans mon boulot », a conclu le journaliste québécois d'adoption.

Didier Pironi aurait pu être champion du monde en 1982, mais il s'est cassé les deux jambes durant le week-end du Grand Prix d'Allemagne, ce qui a mis fin à sa carrière en F1. Il est mort en 1986 en participant à une course de bateaux hors-bord.

Gilles Villeneuve, l'équilibriste, a parcouru la planète de la F1 sur son fil à la vitesse de ses bolides, de 1977 à 1982.

Sa victoire à Montréal le 8 octobre 1978 a fait du Québec une terre de F1 et a donné raison à Enzo Ferrari, qui avait vu en lui tout ce qu'il aimait chez un pilote.

Son duel avec René Arnoux au Grand Prix de France le 1er juillet 1979 a prouvé son respect des règles et de ses adversaires, sa dernière victoire à Jarama en Espagne le 15 juillet 1981 l'a rendu plus grand que nature.

Il avait résisté à quatre adversaires (Jacques Laffite, John Watson, Carlos Reutemann, Elio de Angelis) collés à lui dans les 18 derniers tours. Imaginez... 18 tours à contrer les attaques de la Ligier de Jacques Laffite.

« Personne ne peut faire de miracle, mais avec Gilles, on se demande », avait dit Jacques Laffite ce jour-là.

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