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Radio-Canada

La ministre de l'Éducation du Québec, Line Beauchamp, et des représentants de quatre grandes associations étudiantes ont discuté toute la soirée lundi de la question de l'accessibilité aux études. Les discussions, qui ont commencé en fin d'après-midi, se sont terminées vers minuit. Elles vont reprendre mardi matin.

La ministre Beauchamp a demandé aux étudiants de respecter une trêve de 48 heures des gestes de perturbation de nature économique et sociale comme condition à la participation à la rencontre, trêve acceptée d'emblée par les fédérations étudiantes collégiale (FECQ) et universitaire (FEUQ) du Québec. La Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) a de son côté critiqué la demande de la ministre, mais respectera la trêve puisqu'aucune action de cette nature n'est à son programme pour les prochaines 48 heures.

La ministre Beauchamp s'est quant à elle engagée à ne pas demander aux établissements d'enseignement qui ont fermé leurs portes pour des raisons de sécurité de donner des cours, le temps d'entamer des discussions avec les étudiants.

Une quatrième association prend part à la discussion

Au total, 11 délégués étudiants participaient à la rencontre de lundi avec les représentants du ministère de l'Éducation.

  • 4 sont de la CLASSE
  • 3 sont de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ)
  • 2 sont de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ)
  • 2 sont de la Table de concertation étudiante du Québec (TaCEQ)

La TaCEQ, dont on a moins entendu parler dans les médias au cours du conflit étudiant, est une association nationale indépendante qui représente 65 000 étudiants et étudiantes universitaires provenant de l'Université McGill, de l'Université Laval et de l'Université de Sherbrooke.

« Il est temps de choisir, le camp de la solution ou le camp de la perturbation », a déclaré la ministre de l'Éducation en point de presse, lundi en début d'après-midi.

Line Beauchamp a dit qu'elle n'empêcherait pas les étudiants d'aborder la question des droits de scolarité lors des discussions, mais elle a réaffirmé que le gouvernement demeurerait ferme sur cet enjeu. Selon elle, la véritable question est de savoir si cette hausse empêchera des étudiants d'accéder aux études supérieures.

Impérativement, nous devons être dans un mode solutions. Or, la recherche de solutions exige que chaque partie autour d'une table soit de bonne foi.

La ministre Line Beauchamp
Léo Bureau-Blouin, président de la FECQ, et Martine Desjardins, présidente de la FEUQ.

Léo Bureau-Blouin, président de la FECQ, et Martine Desjardins, présidente de la FEUQ.

La FECQ et la FEUQ veulent parler de droits de scolarité

Les dirigeants de la FECQ et de la FEUQ ont rapidement accepté de respecter la trêve demandée par le gouvernement afin de participer aux discussions.

« On va poursuivre en grève, mais on ne mettra pas en branle d'actions de perturbations économiques, comme le demande la ministre. Je pense qu'on peut apaiser les tensions et je pense que c'est un premier pas dans la bonne direction. Maintenant, on souhaite aussi que le gouvernement soit de bonne foi dans l'exercice et accepte de parler du fond du problème, c'est-à-dire les droits de scolarité à l'université », a déclaré Léo Bureau-Blouin, président de la FECQ. Ce dernier a ajouté sentir « un adoucissement » de la position du gouvernement.

La présidente de la FEUQ, Martine Desjardins, affirme qu'il s'agit d'une « trêve qui est tout à fait légitime dans les circonstances ». « De notre côté, il est clair que si on va s'asseoir à une table, on continue de mettre [de l'avant] nos moyens de pression, soit la grève. Mais on comprend que dans le cadre d'autres moyens de pression, effectivement, pour être bon joueur, nous on accepte cette trêve-là », a affirmé Mme Desjardins.

En point de presse, les deux dirigeants ont avoué qu'il était possible que le délai de 48 heures ne soit pas suffisant pour trouver une solution à la crise actuelle. Ils ont affirmé se présenter à ces négociations « de bonne foi » et dans une démarche « d'ouverture ». Réaffirmant ne pas vouloir tenir des négociations sur la place publique, M. Bureau-Blouin a affirmé que si les étudiants obtiennent des « offres sérieuses » sur les droits de scolarité, elles seront présentées à leurs associations.

Entrevue avec les représentants de trois associations étudiantes

La CLASSE critique la demande de la ministre

Dans un point de presse donné en fin d'après-midi, l'un des deux porte-parole de la CLASSE, Gabriel Nadeau-Dubois, a déploré que la ministre leur demande encore de prendre position dans un délai « extrêmement serré », ce qu'il a vu comme une deuxième tentative de diviser le mouvement étudiant. Il a réitéré qu'en tant que porte-parole de la CLASSE, il n'avait pas le pouvoir de prendre une telle décision, la structure de la coalition voulant que les décisions soient prises de façon démocratique.

M. Nadeau-Dubois a dit que par chance, aucune action de perturbation sociale n'était au programme de la CLASSE au cours des prochaines 48 heures et qu'en conséquence, la trêve allait d'elle-même. La CLASSE a précisé que les votes de grève et la mobilisation allaient se poursuivre en parallèle aux discussions avec Québec.

Par ailleurs, la CLASSE a souligné que toute proposition ferme de la ministre ne pourra être acceptée de facto par le comité de négociation présent à la table, puisqu'elle devra être soumise au vote dans ses associations membres, ce qui entraînera forcément des délais.

En outre, Gabriel Nadeau-Dubois est revenu sur la réaction de la ministre Beauchamp à la résolution adoptée dimanche par la CLASSE. Cette dernière l'a qualifiée d'« ambiguë, complexe, soufflant le chaud et le froid ». Elle a déploré que cette résolution accepte le principe de désobéissance civile « donc, du non-respect de nos lois ». « Je ne crois pas que cela soit responsable », a-t-elle ajouté.

M. Nadeau-Dubois a rétorqué que la position de la CLASSE n'était pas ambiguë, mais plutôt « nuancée, claire et intelligente ». Rappelons que la CLASSE a choisi de condamner toute violence physique délibérée commise lors de manifestations, mais qu'elle continue de cautionner des actions de désobéissance civile, comme des blocages, des occupations ou des piquets de grève.

Selon Gabriel Nadeau-Dubois, le recours à la désobéissance civile est parfaitement légitime dans le contexte actuel. Cette façon de faire, a-t-il argué, a été utilisée avec succès dans l'histoire par des syndicats, des groupes féministes et des mouvements de défense des droits civiques pour faire progresser la société.

Selon la CLASSE, 178 930 étudiants sont toujours en grève lundi au Québec. Certains entreprennent une 11e semaine de grève.

La judiciarisation du conflit étudiant se poursuit

À Gatineau, le juge Pierre Isabelle de la Cour supérieure du Québec a ordonné à l'Université du Québec en Outaouais (UQO) de prendre tous les moyens nécessaires pour assurer la reprise des cours en dehors de ses deux campus. Les classes à distance pourraient ainsi être données par Internet.

À Sherbrooke, le juge Gaëtan Dumas de la Cour supérieure du Québec a rappelé que l'Université de Sherbrooke devait offrir des cours et qu'il n'y avait pas place à interprétation dans son jugement rendu la semaine dernière. Un groupe d'une vingtaine d'étudiants du Cégep de Sherbrooke demande de son côté une injonction ordonnant la reprise des cours. Une décision sera rendue dans ce dossier mardi matin.

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