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Massacre en Norvège : Anders Behring Breivik défie le tribunal

Anders Behring Breivik fait son salut d'extrême droite à son arrivée du tribunal, au premier jour de son procès.
Anders Behring Breivik fait son salut d'extrême droite à son arrivée du tribunal, au premier jour de son procès. Photo: AFP / Hakon Mosvold Larsen
Radio-Canada

Anders Behring Breivik, l'auteur avoué du double attentat ayant fait 77 morts l'été dernier en Norvège, a plaidé non coupable lundi matin aux accusations d'acte de terrorisme et d'homicide volontaire déposées contre lui.

« Je reconnais les faits, mais je ne reconnais pas ma culpabilité » au sens pénal du terme, a-t-il déclaré à l'ouverture de son procès, affirmant avoir agi en état de « légitime défense ».

Dès son entrée dans le prétoire, Breivik a affiché sa défiance et sa volonté de provoquer. Libéré de ses menottes, Breivik est entré dans la salle d'audience du tribunal d'Oslo en faisant son salut d'extrême droite au public, composé des familles des victimes, des survivants et des journalistes.

Bras droit tendu, poing serré, celui qui se présente comme un « écrivain » travaillant en prison explique dans son manifeste que ce salut représente « la force, l'honneur et le défi aux tyrans marxistes en Europe ».

Ses premiers mots devant la cour ont été pour contester la compétence du tribunal. Il a également rejeté l'autorité de la juge Wenche Elisabeth Arntezn parce qu'elle est amie avec la soeur de l'ancien premier ministre et chef du Parti travailliste, Gro Harlem Brundtland.

Je ne reconnais pas les tribunaux norvégiens. Vous avez reçu votre mandat de partis politiques qui soutiennent le multiculturalisme. [...] Je ne reconnais pas l'autorité de cette cour.

Anders Behring Breivik

Anders Behring Breivik est resté impassible à la lecture de l'acte d'accusation pour terrorisme et meurtres avec préméditation qui décrivait comment chaque victime a perdu la vie, ainsi que ses préparatifs en vue des attaques. Il est resté de marbre à l'écoute des enregistrements vidéo et audio déchirants qui ont provoqué l'effroi des familles de victimes.

On a notamment pu entendre l'appel téléphonique de détresse à la police lancé par une jeune femme de 22 ans lors du massacre sur l'île d'Utoya, une vidéo de surveillance montrant l'explosion survenue à Oslo et les enregistrements des propres appels de Breivik à la police.

En revanche, l'accusé a soudain semblé submergé par l'émotion quand les procureurs ont diffusé une vidéo antimusulmane qu'il avait mise en ligne sur YouTube juste avant le massacre d'Utoya. Sur les images des caméras de télévision, il est apparu en larmes, essuyant ses yeux d'une main tremblante. Son avocat Geir Lippestad a plus tard expliqué que les larmes de son client étaient liées à ses sentiments sur « une guerre en cours en Europe ».

Journalistes, rescapés et familles des vitimes assistent au procès d'Anders Behring Breivik.Journalistes, rescapés et familles des vitimes assistent au procès d'Anders Behring Breivik. Photo : AFP / HEIKO JUNGE

La juge Wenche Elizabeth Arntzen a annoncé vers 15 h 20 (heure locale) la fin de la première journée d'audience après avoir entendu les explications préliminaires de l'accusation et les réactions de la défense et des parties civiles.

Vingt-neuf témoins, d'un prêcheur islamiste à des blogueurs d'extrême droite, seront convoqués par la défense au cours du procès pour éclairer la vision du monde de Breivik. L'accusé de 33 ans aura aussi l'occasion de s'exprimer sur sa culpabilité à compter de mardi. Il devrait témoigner pendant environ une semaine environ.

« Non seulement il s'expliquera, mais il dira aussi qu'il regrette de ne pas être allé plus loin », avait déclaré son avocat, Geir Lippestad, la semaine dernière, prévenant que les explications de son client seront « extrêmement difficiles » à écouter.

Procès fort médiatisé

Quelque 800 journalistes ont demandé à être accrédités pour suivre le procès, prévu pour durer dix semaines. Nombre de survivants présents au premier jour du procès arboraient un autocollant à l'attention de la multitude de journalistes disant : « Pas d'interviews s'il vous plaît ».

La chaîne publique norvégienne NRK retransmet une partie du procès en direct, mais elle n'est pas autorisée à diffuser le témoignage d'Anders Breivik. Beaucoup craignent que le procès n'offre à Breivik une tribune.

Une avocate des familles de victimes, Mette Yvonne Larsen, a reconnu que certains de ses clients avaient été gênés par les nombreux gros plans de la télévision sur l'accusé pendant cette première journée du procès. « Ils n'ont pas apprécié. Nous avons demandé aux producteurs s'ils pouvaient faire quelque chose », a ajouté Me Larsen.

Anders Behring Breivik revendique l'attentat à la bombe survenu le 21 juillet 2011 contre le siège du gouvernement à Oslo, qui a fait 8 morts, et le massacre par balle de 69 personnes sur l'île d'Utoya, où se tenait un camp d'été des jeunesses travaillistes.

Anders Behring Breivik au tribunal la semaine dernièreAnders Behring Breivik au tribunal Photo : AFP / DANIEL SANNUM LAUTEN

Breivik reconnaît être l'auteur des meurtres commis le 22 juillet 2011, mais il nie être un criminel, car il se considère en guerre contre l'immigration musulmane et le multiculturalisme en Europe. Il qualifie son geste de « cruel », mais nécessaire.

Il dit avoir conçu ces attaques comme une action punitive contre les « traîtres » qui favorisent l'immigration. Il insiste d'ailleurs lui-même pour que ces attentats soient jugés comme des actes politiques et non l'oeuvre d'un esprit dérangé.

Une première expertise psychiatrique l'avait jugé psychotique et donc pénalement non responsable de ses actes, ce qui avait rapidement soulevé un tollé. Mais la semaine dernière, une nouvelle équipe d'experts est venue contredire le précédent rapport en statuant qu'Anders Behring Breivik était sain d'esprit au moment des faits.

S'il était déclaré coupable, mais psychotique, il serait contraint à des soins psychiatriques au lieu d'être emprisonné. Il risque toutefois de se voir imposer une peine de 21 ans de prison s'il est reconnu pénalement responsable de ses actes. En droit norvégien, cette peine peut être prolongée indéfiniment si un risque de récidive est avéré.

La décision sur l'état de santé mentale du militant d'extrême droite sera prise par un panel de cinq juges peu avant la fin du procès. Le verdict est attendu pour juillet prochain.

Avec les informations de Agence France-Presse

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