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Disparition graduelle du français des célébrations religieuses en Saskatchewan

Croix à Ponteix

Croix à Ponteix

Radio-Canada

En 2012, les églises catholiques de la Saskatchewan se vident, les vocations se font plus rares et la disparition du français dans les cérémonies religieuses fait craindre le pire aux paroissiens.

Pendant près de 100 ans, la religion catholique et l'Église ont permis aux Fransaskois d'assurer la survie de leur langue en continuant de célébrer et de se rassembler.

« Je pense que c'est notre identité. On est des Fransaskois et c'est important de garder la langue, la culture, c'est qui nous sommes », explique Brigitte Thibault, une paroissienne de Ponteix.

Prier en anglais, je suis pas capable [...], c'est pareil comme si c'était pas dans mes gènes.

Michel Couture, un paroissien de Ponteix

La religion catholique fait partie de l'identité fransaskoise depuis le début. Au début du 20e siècle, c'est à l'invitation de l'Église catholique que des milliers de familles francophones sont venues s'établir dans la province. L'église était alors l'un des seuls refuges de la langue française au sein de la majorité anglophone.

Pendant des décennies, les églises ont servi à la fois d'école, de centre communautaire et de lieu de débat pour les Canadiens français en Saskatchewan.

Communion, mariage, baptême : tous les moments marquants de la vie de Raymond Chabot, né en 1925 à Ferland, ont été célébrés à l'église. La religion est alors partie intégrante du quotidien et elle se vit en français.

« Tous les matins, avant de partir pour l'école, tout le monde disait la prière à genoux tandis que maman préparait le déjeuner [...] Le soir, c'était le chapelet en famille avec les litanies », rappelle Raymond Chabot, aujourd'hui âgé de 87 ans.

Aujourd'hui, M. Chabot et son épouse habitent à Ponteix. La moitié des messes et des célébrations religieuses sont en anglais. Le changement est désolant, mais inévitable selon eux.

L'assimilation s'est faite tellement graduellement que c'est passé presque inaperçu... on le réalise nous autres, les aînés.

Raymond Chabot

La présence du français dans les églises catholiques saskatchewanaises a fondu comme neige au soleil depuis les années 1950.

Le nombre de paroisses francophones ou bilingues dans la province est passé de 75 à 20 dans la province, selon la Société historique de la Saskatchewan. Des dizaines de paroisses ont disparu ou ont été fusionnées à cause du manque de prêtres.

En région rurale, ceux-ci oeuvrent en moyenne dans quatre paroisses à la fois.

Paroisse Notre-Dame d'Auvergne à Ponteix

Père Guy-Amédée Ainemon

Père Guy-Amédée Ainemon

Le père Guy-Amédée Ainemon a pris la relève intérimaire de la paroisse de Notre-Dame d'Auvergne de Ponteix après la mort de l'abbé Raymond Carignan, le 26 décembre dernier.

Originaire de la Côte d'Ivoire,le père Amédée est l'un des sept prêtres qui chantent la messe en français dans une province qui ne compte aujourd'hui que 183 prêtres au total.

Le père Amédée travaille six jours sur sept et célèbre en moyenne 12 messes par semaine. Il passe de longues heures à diviser équitablement les chansons, les passages bibliques et l'homélie entre l'anglais et le français.

Une messe bilingue ici c'est un peu arriver à servir tout le monde, à satisfaire tout le monde.

père Guy-Amédée Ainemon

Lui-même francophone, le père Amédée comprend le désir des paroissiens de prier en français : « Nous avons ici des personnes âgées qui toute leur vie n'ont parlé que le français et toute leur vie se sont attachées à cette valeur qu'est le français, alors je crois il est important pour chacun de nous de garder cette flamme allumée ».

Selon le père Amédée, les prêtres sont moins nombreux et ceux qui restent n'ont tout simplement pas le temps ou les capacités d'apprendre le français et de travailler dans cette langue. « C'est un problème qui n'est pas seulement particulier à Ponteix, qui n'est pas seulement au diocèse de Regina, mais qui est un problème un peu général, un problème qui concerne un peu toute l'église. »

Le responsable du diocèse de Prince Albert, Mgr Albert Thévenot, admet que beaucoup de travail reste à faire dans la province, mais qu'il est difficile de trouver des prêtres, francophones ou non.

« Ils [les paroissiens] sont contents d'avoir un prêtre et puis la langue vient en deuxième place parce qu'avoir un prêtre c'est plus important que d'avoir la langue pour eux », soutient Mgr Thévenot.

Les paroissiens de Ponteix espèrent quant à eux que leur prêtre bilingue va rester pour de bon.

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