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Emprisonnée au Mexique, Cynthia Vanier interpelle Ottawa

Cynthya Vanier (archives)

Photo : CBC

Radio-Canada

Depuis sa prison mexicaine, la Canadienne Cynthia Vanier réclame l'intervention du gouvernement fédéral. Accusée d'avoir comploté pour faire entrer des membres de la famille de l'ex-dictateur libyen, Mouammar Kadhafi, au Mexique, Mme Vanier accuse Mexico de contrevenir aux droits de la personne et de l'incarcérer injustement.

« Je n'ai jamais commis un acte illégal de ma vie, pas plus que je n'aurais imaginé quelque chose du genre », a-t-elle déclaré au réseau anglais de Radio-Canada au cours d'une entrevue exclusive. Le réseau CBC a réalisé cette entrevue téléphonique sous l'oeil attentif des autorités carcérales de la prison de Chetumal, au Mexique.

Mme Vanier est accusée d'être la tête dirigeante d'une organisation criminelle incluant trois coaccusés. Selon les autorités mexicaines, ils auraient conspiré pour faire entrer l'un des fils du dictateur libyen, Saadi Kadhafi, à l'aide de faux passeports malgré une interdiction de voyager de l'ONU et un mandat d'arrêt international émis contre lui.

Abus de pouvoir et inaction canadienne

Cynthia Vanier déplore l'inaction du gouvernement canadien dans son dossier tout en dénonçant le fait d'avoir été traitée comme une criminelle depuis son arrestation. « Ils ont pris notre photo, donné une conférence de presse en nous décrivant comme des criminels impliqués dans cet important complot Kadhafi », déplore-t-elle.

Mme Vanier soutient avoir été coupée du monde extérieur pendant plus de quatre jours après son arrestation. Elle avance avoir été blessée par un enquêteur qui lui aurait asséné un coup dans le bas du dos. De plus, elle reproche au gouvernement mexicain d'avoir omis de signaler au consulat canadien qu'elle était détenue. La Canadienne affirme avoir rempli des formulaires de plainte officielle mexicain et canadien pour dénoncer les atteintes à ses droits légaux de même qu'aux droits de la personne prévus par la Convention de Vienne.

Une rencontre, à Washington, entre les présidents mexicain et américain, Felipe Calderon et Barack Obama, et le premier ministre canadien, Stephen Harper, l'a rendue particulièrement furieuse la semaine dernière. Le président Calderon y a affirmé que Mme Vanier était, sans l'ombre d'un doute, à la tête du complot international.« Je crois que notre gouvernement doit intervenir », soutient-elle. « Mes droits ont été de nouveau violés à la face du monde sur des chaînes de télévision internationales. J'ai été qualifiée de criminelle par le président d'un pays, duquel je n'ai même pas eu le loisir de franchir tous les méandres du système judiciaire. »

Nous sommes censés bénéficier de la présomption d'innocence avant d'avoir été reconnus coupables. Nous n'avons même pas comparu devant un juge.

Cynthia Vanier
Cynthia Vanier est détenue à la prison de Chetumal, au Mexique

Cynthia Vanier est détenue à la prison de Chetumal au Mexique

Photo : CBC News

Larguée par SNC-Lavalin

Cynthia Vanier soutient que son seul lien avec la Libye est la firme d'ingénierie SNC-Lavalin. Cette dernière possédait des milliards de dollars en projets de construction en cours en Libye avant que la dictature ne s'effondre. Mme Vanier a fourni à CBC News des copies de deux contrats signés. Le premier, en juillet, pour enquêter sur la sécurité et l'état des installations de l'entreprise en Libye, et le second, signé le 27 août, pour coordonner « un programme de réintégration des employés ». Mme Vanier explique que ce programme visait à aider des milliers d'employés de la firme d'ingénierie à revenir en Libye une fois le conflit réglé.

CBC News a également obtenu des copies de contrats de Mme Vanier lui permettant de noliser des avions privés dans l'éventualité où SNC-Lavalin en aurait eu besoin. Mme Vanier croit que les autorités mexicaines ont tiré des conclusions hâtives sur la nature de son travail. Elles auraient ainsi confondu un plan d'évacuation d'urgence, afin d'extirper des travailleurs en cas de force majeure, avec un complot au profit de la famille Kadhafi.

Malheureusement pour elle, les dirigeants de SNC-Lavalin qui l'ont embauchée - le vice-président de la division construction, Riadh Ben Aïssa, et le vice-président aux finances, Stéphane Roy - ont été forcés de démissionner. Ces derniers, qui avaient des liens étroits avec le régime libyen et particulièrement avec Saadi Kadhafi, ont été forcés de démissionner en raison d'allégations internes de manquement au code de déontologie et de conduite dans les affaires de la firme. Mme Vanier estime qu'il s'agit d'une autre pièce du puzzle qu'elle ne comprend pas.

SNC-Lavalin a refusé de rembourser une facture de 395 000 $ soumise par Mme Roy. La firme soutient ne rien lui devoir. SNC-Lavalin estime que le travail qu'elle a fait sous la direction de MM. Roy et Ben Aïssa n'avait pas été dûment autorisé par l'entreprise. « Je vais m'occuper de cette situation lorsque je serai de retour en sol canadien », avertit Mme Vanier en montrant le contrat signé. Elle soutient avoir des relevés bancaires démontrant que SNC-Lavalin a déposé plus de 1 million de dollars pour couvrir les frais d'avions privés.

Mme Vanier affirme avoir reçu la visite de deux agents de la division des crimes économiques de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) au mois de mars. Ils l'ont interrogée sur ses liens avec l'entreprise. Elle avance que les agents de la GRC l'ont informée qu'elle était considérée comme un témoin dans leur enquête. Mais ils l'ont menacée de l'accuser d'entrave à la justice si elle refusait de collaborer ou si elle parlait aux médias de leur visite. Elle a enregistré une plainte auprès de la GRC.

Je suis en colère à propos de cette histoire, mais je ne suis pas vraiment dans une position pour faire quoi que ce soit en ce sens.

Cynthia Vanier

Accusée par un ancien employé

Saadi Kadhafi

Saadi Kadhafi, l'un des fils du l'ex-dictateur libyen Mouammar Kadhafi

Photo : AFP / Mahmud Turkia

Mme Vanier blâme un ancien gardien de sécurité, Gary Peters, qu'elle a embauché en prévision de son voyage en Libye. « Gary Peters a ouvertement parlé de son rôle dans un scénario avorté pour amener Saadi Kadhafi au Mexique », explique-t-elle. « Pourquoi est-il toujours en liberté? »

M. Peters a fait la manchette l'automne dernier quand il a ouvertement avoué avoir aidé Saadi Kadhafi à fuir la Libye pour le Niger en septembre. Il a également admis avoir ébauché des plans, plus tôt au cours de l'année, pour évacuer le fils du dictateur libyen vers les Bahamas, le Mexique ou le Venezuela.

M. Peters soutient que Mme Vanier était impliquée dans le complot, son rôle consistant à explorer les possibilités d'évacuer Saadi Kadhafi légalement en dépit de l'interdiction de vol émise par l'ONU contre le fils du dictateur. « Nous tentions tous de trouver un moyen de le faire légalement, explique M. Peters. L'idée a été abandonnée en juin. »

Mme Vanier nie les allégations de M. Peters. « Je sais qu'il a fait bien des choses, mais il déforme la réalité, explique Mme Vanier. Il s'est contredit à de nombreuses reprises. Il a ruiné ma vie, celle de trois autres personnes, de notre famille. »

CBC News a également parlé avec deux autres membres de la mission de Mme Vanier en Libye. Barrie Rice et Rick Bartlett ont tous deux déclaré avoir entendu M. Peters évoquer des pourparlers qui pourraient conduire à de lucratifs emplois de gardiens de sécurité privés au Mexique.

S'il disait tout ça à ce moment, je suis en droit de me poser la question : pourquoi suis-je ici? Et pourquoi se balade-t-il toujours en homme libre?

Cynthia Vanier

Gary Peters est aujourd'hui introuvable. Ses lignes téléphoniques ont été débranchées et d'anciens collègues s'inquiètent pour sa sécurité. Ils affirment ne pas avoir entendu parler de lui depuis plus d'un mois.

Mme Vanier rejette les preuves soumises contre elle par les autorités mexicaines. Elle estime être elle-même victime d'un complot. Elle affirme qu'elle se trouvait à Mexico le 10 novembre dernier pour préparer une rencontre entre le vice-président Stéphane Roy et un haut responsable du réseau d'aqueduc de la ville. Les autorités confirment qu'une telle réunion se préparait à l'époque, mais qu'elle n'avait jamais eu lieu.

En s'effondrant en larmes à la fin de l'entrevue, Mme Vanier soutient n'avoir qu'un seul regret. Celui d'avoir répondu au téléphone le jour où SNC-Lavalin lui a proposé un contrat en Libye.

Économie