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  • Exclusif
  • Un médicament controversé administré aux soldats canadiens en mission

    Médicament-choc

    L'armée canadienne continue d'administrer un médicament destiné à prévenir la malaria, bien qu'on le soupçonne de causer des effets secondaires importants.

    Donald Hookey, rentré d'Afghanistan il y a maintenant six ans, en conserve des séquelles. Flashbacks, troubles d'anxiété, agressivité, autant de symptômes qu'il croyait jusqu'à tout récemment liés à un syndrome de stress post-traumatique.

    Mais il se demande aujourd'hui s'il ne s'agit pas plutôt des effets secondaires d'un médicament controversé donné aux soldats en Afghanistan, la méfloquine.

    La méfloquine est un antipaludéen schizontocide sanguin, administré par voie orale pour prévenir le paludisme, autre nom de la malaria.

    Des données récentes indiquent que, chez certaines personnes, la méfloquine peut entraîner des problèmes psychiatriques.

    À un point tel qu'il y a trois ans, l'armée américaine a recommandé que la méfloquine ne soit plus prescrite de façon systématique.

    Je panique en lisant les effets de ce médicament.

    Donald Hookey

    Au Canada, Santé Canada n'a pas modifié les règles autour de ce médicament.

    Le Dr Remington Nevin étudie depuis plusieurs années les effets secondaires de la méfloquine. Il précise : « La drogue est neurotoxique, c'est une toxine... » Une toxine, qui, chez certains, laisse des traces.

    En conséquence, aux États-Unis, les Centres de contrôle et de prévention des maladies (Centres for Disease Control and Prevention) ont émis une alerte cette année, et déconseillé la méfloquine pour les militaires en mission. Santé Canada n'a pas suivi l'exemple.

    Des documents obtenus grâce à la loi d'accès à l'information démontrent clairement que les Forces canadiennes continuent de donner de la méfloquine à leurs soldats.

    Dans les dizaines de documents qu'a reçus Radio-Canada, il n'y a aucune évaluation sérieuse des effets secondaires et on ne fait pas mention des plus récentes recherches scientifiques.

    Témoignage

    La méfloquine a pourtant une bien mauvaise réputation chez les soldats canadiens.

    Kevin Berry avait à peine 19 ans à son arrivée en Afghanistan en 2003 et on lui avait prescrit de la méfloquine. Son sergent avait lancé cet avertissement. « Préparez-vous à perdre la boule » a-t-il déclaré.

    Rapidement, Kevin Berry a souffert de symptômes et a choisi de renoncer à la méfloquine, sans toutefois en aviser ses supérieurs.

    Les Forces canadiennes ont refusé nos demandes d'entrevue au sujet de la méfloquine.

    Un reportage de Nancy Wood

    Société