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Myanmar : Triomphe historique pour Aung San Suu Kyi

Aung San Suu Kyi triomphe au Myanmar

Aung San Suu Kyi triomphe au Myanmar

Photo : AFP / CHRISTOPHE ARCHAMBAULT

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2012 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

L'opposante birmane Aung San Suu Kyi triomphe au Myanmar après plus de 20 ans de lutte politique. Mme Suu Kyi accède ainsi à la chambre basse du Parlement pour la première fois et son parti la Ligue nationale pour la démocratie (LND) a fait élire 43 de ses 44 candidats à l'élection partielle de dimanche.

Mme Suu Kyi intègre ainsi la vie politique officielle après quelque 25 ans de lutte non violente contre la junte militaire au pouvoir. Elle a prononcé un discours bref et solennel à l'issue de l'annonce des résultats du scrutin : « Nous espérons que cela va être le début d'une nouvelle ère, dans laquelle le rôle du peuple dans la politique au quotidien sera accentué. »

Ce n'est pas tant notre triomphe que le triomphe de ceux qui ont décidé qu'ils devaient participer au processus politique de ce pays.

Aung San Suu Kyi

« Ce qui importe n'est pas le nombre de sièges remportés, bien que nous soyons bien sûr extrêmement satisfaits d'en avoir gagné autant, a-t-elle précisé, [mais] le fait que les gens montrent autant d'enthousiasme dans leur participation au processus démocratique. »

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Aung San Suu Kyi

Photo : AFP / CHRISTOPHE ARCHAMBAULT

Un total de 45 sièges étaient en jeu : 37 à la chambre basse du Parlement (sur un total de 440), six à la chambre haute et deux dans des chambres régionales. Les résultats dans les cinq autres circonscriptions seront annoncés plus tard.

Aung San Suu Kyi, qui a passé quinze ans en détention depuis 1989, se présentait pour la première fois devant les électeurs après la décision de son parti de participer à ce scrutin partiel.

Un peu d'histoire

La « Dame » de Rangoon avait triomphé aux élections de 1990, mais les militaires au pouvoir n'ont jamais reconnu ces résultats, préférant assigner à résidence la lauréate du prix Nobel de la paix (1991). Elle était encore en résidence surveillée vingt ans plus tard, en novembre 2010, lors des élections législatives boycottées par la LND qui furent qualifiées de mascarade par l'Occident.

L'opposante a plusieurs fois dénoncé une campagne pleine d'irrégularités dans des bureaux de vote, notamment sur les bulletins eux-mêmes. Mais elle a aussi revendiqué le besoin de participer au scrutin, pour changer les choses de l'intérieur, légitimant ainsi le processus en cours. « Une fois au parlement, nous pourrons travailler pour une véritable démocratisation », a expliqué vendredi Aung San Suu Kyi.

Si la LND fera son entrée au Parlement, le pouvoir n'en sera pas pour autant déstabilisé. Le Parti de la solidarité et du développement de l'Union (USDP), créé de toutes pièces par la junte, avait revendiqué environ 80 % des sièges en 2010. En vertu de la Constitution, un quart des parlementaires sont également des militaires désignés en marge du processus électoral.

Malgré des plaintes d'irrégularités et d'intimidation, le scrutin s'est déroulé dans l'ordre, selon la présidence cambodgienne de l'Association des nations d'Asie du Sud-Est (Asean). Ces élections historiques « ont été conduites de manière libre, juste et transparente avec la participation de 17 partis politiques, y compris la Ligue nationale pour la démocratie (LND) », a estimé lundi l'Asean, qui a envoyé des observateurs sur place.

Selon tous les analystes, le gouvernement a lui-même intérêt à voir Suu Kyi triompher devant la communauté internationale. La junte militaire au pouvoir tente en effet de prouver que ses réformes politiques justifient la levée des sanctions occidentales. Une option que les États-Unis et l'Union européenne pourraient reconsidérer s'ils jugent que le scrutin de dimanche a été libre et honnête.

Opération charme réussie?

Le Myanmar semble en voie de réussir son test démocratique. La porte-parole de la diplomate en chef de l'Union européenne (UE) Catherine Ashton appelle la communauté internationale à observer le déroulement du « processus postélectoral ». Mais l'UE a évoqué, lundi, la possibilité d'envoyer un « signal positif » à Naypyidaw lors d'une réunion qui doit réévaluer les sanctions, fin avril.

Le succès démocratique du Myanmar permet également à l'ASEAN de réclamer la levée des sanctions contre leur voisin. « La levée des sanctions contribuerait au processus démocratique et spécialement sur le développement économique du Myanmar », a déclaré le Secrétaire d'État du Cambodge, Kao Kim Hourn.

À Berlin, la chancelière allemande Angela Merkel, tout en félicitant Aung San Suu Kyi pour sa victoire, s'est montrée positive. Les élections ont été « largement démocratiques » et un « important succès sur le chemin de la réconciliation nationale et de l'ouverture démocratique », a commenté son porte-parole, Steffen Seibert.

Les États-Unis sont toutefois demeurés plus prudents. La secrétaire d'État Hillary Clinton a indiqué qu'il était « trop tôt pour juger de la signification des progrès réalisés au cours des derniers mois et si ceux-ci se poursuivront ».

Le sénateur américain Joe Crowley, qui a participé à l'élaboration des sanctions, prône pour sa part un maintien de la pression sur le nouveau régime de Naypyidaw. Un régime qui a multiplié les réformes depuis la dissolution de la junte il y un an. « Ce n'est pas le moment pour la communauté internationale de se précipiter pour alléger la pression sur la Birmanie », a-t-il poursuivi.

Avec les informations de Reuters, Agence France-Presse, et Associated Press

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