•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Tombouctou aux mains des rebelles, la junte rétablit la Constitution

Coup d'État au Mali
Radio-Canada

Les rebelles touaregs qui assiégeaient Tombouctou sont entrés dimanche dans la dernière ville du nord-est du Mali encore sous contrôle gouvernemental. Dans le même temps, le chef des putschistes qui ont renversé le président Amadou Toumani Touré a annoncé le rétablissement de la constitution malienne, suspendue depuis le 22 mars.

Après s'être emparés de Gao dans la nuit de samedi à dimanche, les rebelles touaregs ont poursuivi sur leur lancée, face à une junte militaire en déroute. Ils se sont attaqués dimanche à Tombouctou, assiégeant d'abord la ville historique avant d'y pénétrer.

« Oui, les rebelles sont arrivés. Au moment où je parle, je les vois (se diriger) vers une banque de la ville », a rapporté un habitant, joint au téléphone par l'AFP, et dont le témoignage a été corroboré par plusieurs autres sources.

Un peu plus tôt dans la journée, des tirs d'armes lourdes ont visé le camp militaire de Tombouctou, déserté par les soldats, dont beaucoup ont quitté leurs positions en abandonnant leurs uniformes. « Ça pilonne fort. Mais le camp est vide. Il n'y a plus personne », a raconté un autre témoin.

Dans un communiqué, le Mouvement national pour la libération de l'Azawad (MNLA), principale composante de la rébellion touareg, a confirmé que son « état-major cerne la ville de Tombouctou », sans donner davantage de précisions.

L'avancée des rebelles, qui ont tiré profit de la désorganisation régnant au sein des forces armées a été foudroyante. Depuis le début de leur offensive mi-janvier, ils contrôlaient déjà une grande partie du Nord-est malien et du massif des Ifohras, un territoire traditionnel des Touareg situé le long de la frontière algérienne.

En trois jours, ils ont pris le contrôle des principales villes du nord-est qui leur échappaient encore - Kidal, Ansongo, Bourem, et Gao - étendant ainsi leur emprise sur la quasi-totalité du nord-est désertique.

La junte militaire a dépêché des émissaires auprès des groupes rebelles touaregs pour tenter d'obtenir un cessez-le-feu, a annoncé dimanche le capitaine Amadou Sanogo.

« Nous avons hérité (...) d'une situation pourrie, on essaie de faire au mieux. Et sur le terrain, on a déjà envoyé des émissaires essayer d'obtenir un cessez-le-feu, afin que ceux qui sont chargés du rétablissement de l'ordre ou bien les négociations » puissent travailler, a déclaré le chef des putschistes.

« Notre objectif est le jihad »

Plusieurs groupes armés prennent part à l'offensive en cours à côté du MNLA, en particulier le groupe islamiste Ansar Dine du chef touareg Iyad Ag Ghaly, principal artisan de la prise de Kidal. Selon certaines sources, des éléments d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) participent aux combats, ce que dément régulièrement le MNLA, d'obédience laïque.

Le « Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest » (Mujao), une branche dissidente d'Aqmi dirigée par des Maliens et des Mauritaniens, a ainsi revendiqué sa participation à l'attaque de Gao. Ces différents groupes se partageaient dimanche le contrôle de la capitale régionale du Nord Mali. Le MNLA a investi le camp militaire à la sortie de l'agglomération, tandis que le camp II, dans le centre-ville, était aux mains des islamistes.

« Nous maîtrisons le camp II, ainsi qu'une partie de Gao. Notre objectif est le jihad (guerre sainte). Nous allons donner un coup de main à nos frères », a ainsi déclaré à l'AFP un habituel porte-parole du Mujao, se présentant sous le nom de « Belkacem ».

Sanogo promet des « consultations avec les forces vives »

Au même moment, le chef des putschistes, le capitaine Amadou Sanogo, a promis de rétablir dès dimanche la constitution et les institutions, et de remettre à terme le pouvoir aux civils.

« Nous prenons l'engagement solennel de rétablir à compter de ce jour la Constitution de la République du Mali du 25 février 1992, ainsi que les institutions républicaines », a-t-il annoncé au cours d'une conférence de presse organisée dans sa garnison proche de Bamako, à laquelle assistait le ministre burkinabais des Affaires étrangères, Djibrill Bassole.

Amadou Sanogo a ajouté que la junte avait accepté de consulter les forces politiques maliennes pour mettre en place un organisme de transition afin d'organiser des élections pacifiques, libres, ouvertes et démocratiques « auxquelles nous ne participerons pas », a-t-il souligné, sans préciser ni la durée ni les termes exacts de la période de transition que le capitaine veut instiguer.

La Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), qui a suspendu le Mali, avait donné 72h à la junte pour restituer le pouvoir aux civils, sans quoi les putschistes s'exposeraient à des sanctions. Depuis samedi, la CEDEAO, a mis « en alerte » une force d'intervention de 2000 hommes.

Avec les informations de Agence France-Presse, et Reuters

International