•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Tueries en France : détonations près de l'immeuble du principal suspect

Des policiers montent la garde alors que l'unité d'élite de la police nationale assiège l'immeuble de Toulouse où le principal suspect s'est retranché.

Photo : AFP / Lionel Bonaventure

Radio-Canada

Deux séries de détonations ont retenti dans la nuit de mercredi à jeudi près de l'immeuble où est retranché Mohamed Merah, le tueur présumé de sept personnes dans le sud de la France.

Des lueurs vives ont illuminé le quartier résidentiel de la Côte Pavée, où le siège entre dans sa seconde journée. Le bâtiment, situé à quelques centaines de mètres des lieux du premier meurtre et de l'école juive, avait été évacué en fin de matinée.

Le ministère de l'Intérieur a refusé de confirmer qu'il s'agissait du début d'un assaut des forces de l'ordre contre l'appartement du suspect. Selon un porte-parole du ministère qui a voulu conserver l'anonymat, Mohamed Merah est revenu sur sa décision de capituler, et les policiers ont fait exploser les volets des fenêtres de son logement pour le presser de se rendre.

Mohamed Merah

Mohamed Merah à 21 ans

Photo : France 2

Plus tôt dans la journée, le procureur de Paris François Molins a annoncé que Mohamed Merah a revendiqué les tueries de Toulouse et de Montauban.

L'unité d'élite de la police française responsable de l'opération a effectué « plusieurs tentatives d'entrer » dans son appartement, mais s'est heurtée chaque fois à une « réplique » à l'arme à feu, selon M. Molins.

Selon le procureur, la mère de Mohamed Merah, un de ses frères et la petite amie de ce dernier ont été placés en détention provisoire dans le cadre de l'enquête sur les fusillades par mesure de précaution.

Le ministre de l'Intérieur Claude Guéant a affirmé que le suspect a jeté par la fenêtre un pistolet Colt 45 en échange de moyens de communication fournis par la police, mais qu'il possédait encore « beaucoup d'armes », dont une Kalachnikov et un pistolet Uzi. Sur les indications du suspect, les policiers ont d'ailleurs découvert une voiture remplie d'armes devant l'immeuble assiégé.

Des sources policières ont par ailleurs mentionné que des produits pouvant servir à la fabrication d'explosifs ont été trouvés lors d'une perquisition dans la voiture de l'un des frères de Mohamed Merah. Le ministre Guéant avait précédemment indiqué qu'un frère du suspect était aussi engagé dans l'idéologie salafiste.

Les autorités décrivent le suspect

Claude Guéant, qui s'est rendu sur place, a décrit Mohamed Merah comme un homme « déterminé, de grand sang-froid, maître de lui ». « L'individu parle beaucoup. Il se revendique d'être un moudjahidine, d'appartenir à Al-Qaïda. Il dit avoir voulu venger les enfants palestiniens en même temps que d'avoir voulu s'en prendre à l'armée française », a expliqué le ministre. « Notre souci est d'interpeller » le tireur « vivant », a-t-il indiqué.

Selon François Molins, le citoyen français d'origine algérienne de 24 ans affirme avoir agi « seul », « n'exprime aucun regret » pour ses gestes, sinon de « ne pas avoir fait plus de victimes », et se glorifie d'avoir « mis la France à genoux ».

Il aurait en outre projeté d'assassiner un militaire dès mercredi et « deux fonctionnaires de police particulièrement identifiés de l'agglomération » toulousaine à un moment indéterminé, a ajouté M. Molins en conférence de presse.

Merah est soupçonné d'avoir tué trois militaires français d'origine maghrébine - l'un à Toulouse le 11 mars, les autres à Montauban le 15 mars - puis trois enfants et leur professeur, devant une école juive de Toulouse.

« Il a dit qu'il souhaitait lundi tuer un autre militaire, et n'en trouvant pas, il a jeté sa vindicte sur le collège, sur cette école juive, ces enfants massacrés », a expliqué M. Guéant sur la chaîne de télévision LCI.

À chaque fois, l'auteur des meurtres est arrivé sur les lieux avec un scooter de marque Yamaha et a tué ses victimes en tirant à bout portant dans la tête. La même arme de calibre 11,43 a été utilisée pour tous les crimes, ont confirmé les forces de l'ordre.

Le procureur a indiqué que la police française a retrouvé la mobylette et les casques portés par son conducteur pour les trois attaques, mais qu'elle est toujours à la recherche d'une voiture Clio qui, croit-elle, contiendrait des armes et des munitions.

Sarkozy dénonce une « exécution terroriste »

Le président Sarkozy et cinq autres candidats à l'élection présidentielle - François Hollande, Marine Le Pen, François Bayrou, Eva Joly et Nicolas Dupont-Aignan - s'étaient précédemment retrouvés à Montauban le temps d'un hommage aux trois soldats abattus par le tueur de Toulouse.

Dans un éloge funèbre prononcé devant des centaines de militaires et quelque 2000 civils, le chef de l'État a dit que le tueur « voulait mettre la République à genou » en se livrant à une « exécution terroriste ».

« La République n'a pas cédé, la République n'a pas reculé, la République n'a pas faibli », a-t-il ajouté. « La République a fait son devoir et sa justice, demain, fera le sien. »

« La mort que nos hommes ont rencontrée n'était pas celle à laquelle ils étaient préparés », a-t-il dit. Mais « c'est bien l'armée française que le tueur a visée et c'est la République française qui a été touchée ».

Condamné à Kandahar, suivi par les renseignements intérieurs

Mohamed Merah est un homme connu non seulement des forces de l'ordre françaises, mais aussi afghanes. Le directeur de la prison de Kandahar, Ghulam Faruq, a déclaré à Reuters que Merah s'est évadé de la prison de Sarposa , lors d'une offensive menée par les talibans en juin 2008, à l'époque où la sécurité de la province était assurée par l'armée canadienne.

Selon lui, Merah avait été arrêté en décembre 2007 et condamné à trois ans de prison pour avoir posé des bombes. Une source de sécurité à Kandahar a confirmé l'information, mais un porte-parole du gouverneur l'a démentie.

Une source proche de l'enquête citée par l'Agence France-Presse affirme plutôt qu'il a été arrêté fin 2010 à Kandahar pour des faits de droit commun.

Le ministre Guéant a confirmé que Mohamed Merah « était suivi depuis plusieurs années par la DCRI [Direction centrale du renseignement intérieur, les services français du contre-terrorisme] et ses agents toulousains ». Selon lui « jamais aucun élément de nature à [faire] penser qu'il préparait une action criminelle n'était apparu ».

Mohamed Merah a « à son actif plusieurs actes de délinquance, une petite dizaine, dont certains étaient marqués de violence », a précisé Claude Guéant. « Sa radicalisation s'est en revanche plutôt faite au sein d'un groupe d'idéologie salafiste et affermie, semble-t-il, lors de deux voyages qu'il a faits, l'un en Afghanistan, l'autre au Pakistan », a-t-il ajouté.

Le procureur Molins a aussi confirmé que Merah a effectué deux séjours en Afghanistan et au Pakistan, et qu'il présente « un profil d'autoradicalisation salafiste atypique ». « Il est allé en Afghanistan sans passer par les filières connues, par ses propres moyens, sans passer par les facilitateurs et les pays surveillés », selon M. Molins. Il a aussi dit « avoir été entraîné par Al-Qaïda » dans la zone tribale du Waziristan, dans le nord du Pakistan.

Intercepté lors d'un contrôle routier par la police afghane, il avait été remis aux Américains qui l'avaient renvoyé en France. « De la mi-août à la mi-octobre 2011 », il s'est rendu cette fois au Pakistan, un séjour écourté, car il a contracté l'hépatite A.

« Nous n'avons aucun élément permettant de le rattacher à une organisation quelconque sur le territoire », a encore dit le procureur Molins.

Sur la piste du suspect

Selon le ministre Guéant, les enquêteurs ont fait le rapprochement avec Merah « dans l'après-midi du lundi », après la fusillade dans l'école juive. Le parquet a alors mis sous écoute plusieurs membres de sa famille.

Selon AFP, le militaire abattu à Toulouse le 11 mars avait mis en vente sa moto. C'est en épluchant les courriels que cette victime avait reçus que les enquêteurs sont remontés, grâce à l'adresse IP, jusqu'à l'ordinateur de la mère du suspect.

L'avocat qui défend Mohamed Merah depuis des années, Christian Etelin, a déclaré à BFM-TV qu'il n'imaginait pas mercredi que ce jeune homme « poli et courtois » puisse commettre des actes « d'une dureté absolue ». Malgré des faits de délinquance, essentiellement de vols, « j'ai toujours connu un individu souple dans le comportement, policé et pas rigide au point de faire penser à un certain fanatisme », s'est étonné Me Etelin.

Le procureur Molins a cependant soutenu que Merah présentait un « profil violent » dès l'enfance, des « troubles du comportement quand il était mineur, compatibles avec l'extrême violence des faits » récents.

Les agents de l'unité d'élite de la police française (RAID) devant l'immeuble où s'est retranché le suspect de la fusillade de Toulouse.

Les agents de l'unité d'élite de la police française (RAID) devant l'immeuble où s'est retranché le suspect de la fusillade de Toulouse.

Photo : AFP / ERIC CABANIS

Soulagement en Israël

Le vice-ministre israélien des Affaires étrangères, Danny Ayalon, s'est félicité de l'action rapide de la police française dans l'enquête. Il a aussi remercié le chef de la diplomatie française Alain Juppé ainsi que le président français Nicolas Sarkozy d'avoir observé une minute de silence à la mémoire des quatre victimes la veille.

« J'espère que le ou les criminels seront rapidement jugés. Nos services de renseignements coopèrent avec ceux de la France », a-t-il ajouté, dans une interview à la radio publique israélienne.

Mise en garde des musulmans

Les représentants de la communauté musulmane de France ont déclaré que les actes du suspect étaient « en contradiction totale » avec l'islam. Le recteur de la Grande mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, a appelé à éviter tout amalgame entre « la religion musulmane à 99,99 % pacifique, citoyenne, responsable, non violente et tout à fait intégrée dans notre pays et puis ces minimes petites franges de gens décidés à faire un mal atroce ».

Des centaines de personnes se sont rassemblées mardi à Bordeaux, en France, pour rendre hommage aux quatre victimes de la fusillade de Toulouse.

Des centaines de personnes se sont rassemblées mardi à Bordeaux, en France, pour rendre hommage aux quatre victimes de la fusillade de Toulouse.

Photo : AFP / PIERRE ANDRIEU

Les funérailles du professeur et des trois jeunes enfants ont eu lieu mercredi au plus grand cimetière de Jérusalem, où près de 2000 personnes s'étaient réunies pour leur rendre un dernier hommage.

Le président des États-Unis Barack Obama a téléphoné à son homologue français pour lui demander d'offrir ses condoléances et celles du peuple américain aux proches des victimes des événements de Toulouse et de Montauban, a annoncé l'Élysée mercredi soir.

« Le président américain a également tenu à saluer l'efficacité des forces de police françaises », a ajouté la présidence dans un communiqué, soulignant que « la France et les États-Unis sont plus que jamais déterminés à lutter ensemble contre la barbarie terroriste. »

Avec les informations de Agence France-Presse, Reuters, et BBC News

International