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Le Plan Nord pourrait être déficitaire

Jean Charest a présenté son Plan Nord à Toronto

Jean Charest a présenté son Plan Nord à Toronto

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2012 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le Plan Nord ne serait pas aussi rentable que promis par le premier ministre Jean Charest. Selon l'Institut de recherche et d'informations socio-économiques (IRIS), le projet pourrait même accumuler un déficit pouvant atteindre 8,5 milliards de dollars sur 25 ans. Jean Charest a écarté ces conclusions.

Dans une étude parue mercredi, l'IRIS affirme que le gouvernement sous-estime grandement certaines dépenses liées au Plan Nord, alors qu'il anticipe des investissements de 80 milliards de dollars sur 25 ans dans le cadre de celui-ci, notamment pour la construction de routes, de ports, d'aéroports et de voies ferrées.

L'IRIS estime que l'investissement demandé à l'entreprise privée sera faible. Selon ces calculs, les investissements devraient se limiter à une somme comprise entre 9,9 et 16,5 milliards, en plus d'être probablement compensés par un taux très préférentiel sur l'électricité consommée.

Toujours selon ces calculs, le gouvernement devrait de son côté investir entre 16,5 et 23,1 milliards de dollars en 25 ans dans le Plan Nord, alors que l'investissement d'Hydro-Québec atteindra 47 milliards au cours de cette période. L'IRIS considère donc que le Québec bénéficiera de faibles retours sur son investissement, puisqu'aux dires même de Québec, les sommes provenant des recettes fiscales, des droits miniers et des redevances hydrauliques seront relativement faibles, à 14,2 milliards.

La municipalité de FermontAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La municipalité de Fermont profite déjà des impacts économiques du Plan Nord.

L'IRIS souligne également que dans ses estimations, le gouvernement négligerait de calculer l'augmentation des coûts des services sociaux en régions éloignées à la suite d'une forte croissance démographique.

L'étude prend l'exemple de Fort McMurray, dans le nord de l'Alberta, qui a connu un boom pétrolier important depuis 1999. En 2009, la population de cette ville avait presque doublé. Cette hausse a eu des effets importants en matière d'accessibilité au logement, d'itinérance et de criminalité dans la municipalité. En plus des besoins en services sociaux, les autorités municipales ont constaté dès 2005 qu'il leur faudrait ajouter de nombreuses infrastructures pour faire face à l'augmentation démographique, dont certaines touchant au système d'égout, aux infrastructures scolaires, aux routes et aux soins de santé.

L'IRIS doute que le gouvernement ait calculé la portée de ces changements. L'organisme affirme que seulement dans le domaine des routes, le budget établi par Québec ne tient pas compte de la détérioration de celles-ci, particulièrement rapide dans le Nord du Québec, en raison des températures extrêmes et des lourdes charges routières dues à l'exploitation minière. L'IRIS prévoit donc une hausse importante des coûts inclus dans les prévisions budgétaires du Plan Nord. Au total, l'IRIS évalue que plus de 6 milliards sur 25 ans devront être ajoutés en dépenses, investissements et coûts de toutes sortes pour le développement minier du Nord du Québec.

L'IRIS conclut donc qu'« entre ce que le gouvernement investira sur 25 ans et ce qu'il obtiendra en redevances, le déficit du Plan Nord s'élève à 8,45 milliards pour les contribuables québécois ».

Emplois et environnement

L'IRIS remet également en question la création d'emplois promise par le gouvernement. L'organisme affirme qu'elle risque d'être moindre que celle annoncée, en plus d'être assujettie à un modèle de développement régional peu efficace.

Le gouvernement promet la création de 11 000 emplois durant la phase de construction de 11 nouveaux projets miniers sur le territoire du Plan Nord. La phase d'exploitation qui suivra devrait ensuite générer 4000 emplois par année.

L'IRIS affirme que le gouvernement est trop optimiste dans ses calculs, et note que la création de ces emplois, essentiellement limités au secteur minier, dépend strictement de l'ouverture effective des mines, de leur rentabilité à long terme, conditionnelle aux prix des matières premières, et de leur durée de vie.

Allant de considérations plus sociales, l'étude indique de plus qu'un développement responsable du Nord doit permettre l'éclosion d'une industrie secondaire et tertiaire accolée à l'exploitation minière, ce qui n'est pas prévu pour le moment.

L'environnement en danger

Le gouvernement Charest s'est engagé à protéger 50 % du territoire du Plan Nord d'ici 2035. Des aires protégées doivent être créées sur une superficie correspondant à 20 % du territoire du Plan Nord d'ici 2020. Par la suite, le gouvernement prévoit soustraire graduellement l'autre 30 % au développement industriel.

L'IRIS s'inquiète cependant de voir les 50 % restants sérieusement mis à mal. L'organisme se demande aussi si le projet du gouvernement aura préséance sur la Loi sur les mines et sur son principe de « free mining », lesquels donnent préséance aux activités minières sur l'aménagement du territoire et l'environnement. L'IRIS avance aussi qu'il n'est pas encore clair si des activités industrielles auront lieu sur une portion du 30 % du territoire qui sera protégé graduellement.

Études contradictoires

De passage à Paris, Jean Charest a rejeté cette étude de l'IRIS pour en rappeler une autre, menée par la firme Secor, qui chiffrait à 37 000 le nombre d'emplois créés et à 147 milliards de dollars les retombées du Plan Nord sur 25 ans.

Selon Jean Charest, l'étude de Secor est fondée sur des éléments plus objectifs que ceux de l'IRIS, dont il a qualifié les calculs de « totalement faux ».

« Parce qu'ils sont hypothétiques [les coûts projetés par l'IRIS]. Le coût de réfection des routes, il faut faire attention. On aborde ça projet par projet. Alors comment peuvent-ils prévoir les coûts sur une période de 25 ans? », a expliqué Jean Charest.

Questionnée à ce sujet, Pauline Marois a profité de l'occasion pour revenir sur les redevances minières.

« « Ce n'est pas pour rien vous savez qu'on dit qu'il faut aller chercher plus de redevances, que les entreprises minières doivent contribuer davantage que ce qu'ont leur demande actuellement », a-t-elle dit.

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