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Tunisie : le président Marzouki lance un avertissement aux fondamentalistes

Le président tunisien Moncef Marzouki lors d'un discours à Tunis, en janvier 2012

Le président tunisien Moncef Marzouki lors d'un discours à Tunis, en janvier 2012

Photo : AFP / FETHI BELAID

Radio-Canada

Le président tunisien Moncef Marzouki a mis en garde les fondamentalistes, lundi, contre toute tentative de déstabilisation du pays et de recours à la violence pour des raisons idéologiques, une allusion claire aux salafistes de plus en plus actifs ces derniers temps.

« Il ne sera toléré à quiconque d'imposer ses opinions par la violence, de traiter autrui de mécréant et de porter atteinte à tout citoyen tunisien pour ses choix idéologiques ou politiques quels qu'ils soient », a-t-il averti.

Cette prise de position survient après « l'outrage » fait au drapeau national à la Faculté des lettres et des sciences humaines de la Manouba, près de Tunis, provoquant de vives réprobations dans toute la classe politique et la société civile.

Le 9 mars dernier, un salafiste était monté sur le toit du bâtiment, avant de décrocher le drapeau tunisien pour le remplacer par une bannière noire, emblème des islamistes radicaux, sur laquelle était inscrite la profession de foi musulmane. Une étudiante, Khaoula Rachidi, a alors escaladé l'édifice pour remettre le drapeau, devenant « une héroïne nationale ».

« Faire outrage au drapeau, symbole de la patrie et de ses martyrs, c'est atteindre à la cohésion nationale », a déclaré lundi M. Marzouki lors d'une cérémonie du salut au drapeau organisée au palais présidentiel de Carthage, dans la banlieue nord de Tunis, qualifiant l'acte de « grave, qui ne peut avoir aucune justification ».

Fervent partisan de la défense des droits de l'homme, le chef de l'État a décoré l'étudiante, qui prépare un master en français, des insignes de l'Ordre de la République, saluant « son geste symbolique » et « sa force morale ».

« J'ai réagi spontanément, sans réfléchir. J'ai fait cela par patriotisme parce que le drapeau est, pour moi, comme pour tout Tunisien, une source d'honneur et de fierté », a confié la jeune femme à l'Associated Press devant le regard attendri de ses parents. Originaire de Gafsa (centre-ouest), elle a remercié Dieu de s'en être sortie sans blessures, « parce que le salafiste qui m'a brusqué était assez costaud pour moi ».

Agitation islamiste dans les universités

Cet établissement universitaire est le théâtre d'affrontements réguliers depuis des mois opposant les salafistes à des groupes syndicaux et indépendants sur fond de port du niqab. La faculté est fréquentée par quelque 8000 étudiants des deux sexes. Les islamistes radicaux revendiquent « le droit » des étudiantes de suivre les cours et de passer les examens le visage couvert par le voile islamique intégral, ce qu'interdit le conseil scientifique de la faculté.

Alors que des voix n'ont cessé de s'interroger sur l'absence de réaction du gouvernement face à la multiplication des manifestations salafistes jugées « pacifiques », le chef de l'État a assuré que, « désormais, nous ne tolérerons plus toute tentative d'entraver le fonctionnement de l'université tunisienne, de terroriser ses professeurs et de ses étudiants ou de n'importe quelle institution ».

« De telles actions seront réprimées à l'avenir dans le cadre de la loi, mais en toute intransigeance », a lancé M. Marzouki sur un ton ferme.

Le président, qui a exhorté la jeunesse à « éviter les tentatives de provocation qui menacent la stabilité du pays et compromettre son avenir », a appelé « les Tunisiens à bannir la violence physique et morale d'où qu'elle vienne et à rejeter la polarisation idéologique porteuse de dissension et d'animosité, en faisant prévaloir le dialogue ».

Associated Press

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