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« Ils doivent écouter ce qu'on leur dit » - Tagliani

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Alexandre Tagliani à Sebring

Photo : IndyCar

Radio-Canada

Alexandre Tagliani a une meilleure idée de ce qui l'attend en début de saison. Il a tourné vendredi dans sa voiture no 98 de l'équipe BHA au circuit de Sebring dans le cadre des essais IndyCar.

Un texte de Philippe Crépeau (Nouvelle fenêtre)

De nouvelles couleurs, de belles teintes de bleu, un nouveau numéro, 98, un châssis Dallara qui réagit bien, mais un moteur Lotus poussif en performance.

Tagliani a été bloqué au garage jeudi, après qu'un morceau de carbone se soit logé dans l'accélérateur. L'équipe a pris le temps de vérifier que les composantes du bloc n'avaient pas été touchées. Pas question de risquer une casse de moteur.

Il faut dire que le motoriste britannique est très en retard sur son programme. Il n'a pas construit assez de moteurs pour le nombre de voitures engagées par les équipes partenaires. Elles ne peuvent donc pas en perdre un.

Difficile dans ces conditions de travailler librement en essais présaison, alors que les concurrents (Chevrolet et Honda) ont pu sacrifier des moteurs pour aider leurs équipes partenaires à progresser.

Vendredi, Tagliani a fait 40 tours rien qu'en matinée et a enregistré un chrono encourageant de 52,9 secondes, à 8 dixièmes du temps de référence établi par Dario Franchitti (52,1).

Il a donné ses premières impressions à Radio-Canada Sports vendredi.

« Où on perd beaucoup, c'est dans les lignes droites, en vitesse de pointe, a-t-il constaté. Dans les virages, la voiture est bonne, car mon ingénieur fait un travail exceptionnel. Dans la section 1 de 13 secondes, je perds 2 dixièmes sur Dario, dans la section 2 de 19 secondes, je ne perds même pas 1 dixième, mais c'est beaucoup de virages.

« Au radar, la meilleure vitesse de pointe est 166,5 mph, précise-t-il. Moi, je roule à 160 mph, c'est 6,5 mph plus lent, soit un peu plus de 10 km/h. Il nous manque énormément de puissance au niveau du moteur pour rivaliser. »

Et il n'y a pas que la puissance brute, les réglages du moteur causent encore des maux de tête aux ingénieurs.

« On a d'autres problèmes, révèle-t-il. Au niveau de l'électronique, la façon que ça coupe, les changements de vitesse. On a du travail à faire pour qu'on puisse au moins maximiser tous les régimes de moteur avant de changer de vitesse. Ça bogue des fois, ça fait beaucoup de pétarades, il n'y a pas de régularité. »

Optimisme de rigueur

Un chrono de 52,9 secondes à sa première visite à Sebring avec sa nouvelle voiture, c'est inespéré. Mais Tagliani ne sait pas ce que les ingénieurs Lotus pourront faire pour améliorer la performance du moteur.

« On a 6 mois de retard, ce sont mes premiers tours de roue à Sebring, alors que les autres motoristes ont roulé ici à maintes reprises, a-t-il rappelé. Je suis même déjà un peu surpris d'être à 52,9, je pensais qu'on serait pire que cela.

« Ce qui me fait peur, c'est que le moteur a été homologué comme cela. Dans le passé, on ne se préoccupait pas du moteur. Maintenant, on devient très dépendant du moteur et on ne contrôle pas ce qui se passe au niveau développement. On peut juste donner notre feedback et attendre », dit-il.

Avec un déficit de 10 km/h, pas question d'espérer compenser avec les réglages aérodynamiques. Tagliani ne pourrait pas garder la voiture en piste...

« On ne peut pas régler ça avec des réglages aéros, car la voiture va devenir super nerveuse, explique-t-il, et elle est déjà limite. Si tu veux combler le manque de vitesse de pointe en enlevant de l'aileron, tu vas te retrouver dans le champ. Ce n'est pas comme en F1 où il y a des châssis différents. Ici, c'est uniquement des châssis Dallara, donc c'est limité ce que tu veux faire au niveau aéro. »

taglianilotusAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Alexandre Tagliani dans la Lotus à Homestead

Photo : Lotus

Alexandre Tagliani a toute l'expérience nécessaire pour guider efficacement le personnel de Lotus et de Judd (constructeur de moteurs mandaté par Lotus). Et son chrono de 52,9 s, vendredi matin, le prouve.

« Je vois plus de gens de Judd et de Lotus autour de notre puits que je n'en ai jamais vus quand je tournais en essais avec leur voiture, note-t-il. Ils commencent à comprendre qu'ils doivent écouter ce qu'on leur dit, prendre des notes et retourner à l'usine pour travailler là-dessus. C'est un processus », concède-t-il, philosophe.

Une constatation confirmée par son confrère pilote Sébastien Bourdais, quatre fois champion de la série. Il a dû retarder à vendredi son entrée en piste dans la voiture de l'équipe Dragon Racing qu'il a partagée avec sa coéquipière Katherine Legge, car il n'y avait pas de moteur Lotus disponible pour lui.

« La voiture est bien, a expliqué le pilote français sur le site de la série. Mais ce n'est pas idéal. J'aurais aimé tourner plus avant d'arriver à St. Petersburg. Pour voir si la voiture réagit bien, et pour cela, il faut qu'on s'assure que le message commence à passer avec les gens de Lotus. »

La communication permettra de faire avancer les choses. Encore faut-il avoir les reins assez solides pour soutenir ce processus dont parle Tagliani. Le motoriste Lotus a-t-il les moyens de soutenir financièrement le développement des moteurs destinés aux équipes IndyCar? Une question pour l'instant sans réponse.

La série IndyCar doit faire preuve de souplesse avec Lotus, qui ne peut pas pour l'instant faire face à la demande dans le cadre des contrats signés. Les premiers pas seront compliqués pour les équipes partenaires de Lotus, soit Bryan Herta Autosport, Dreyer & Reinbold et Dragon Racing.

« Il faut se concentrer sur ce qu'on peut contrôler, a conclu Alexandre Tagliani. Il faut être fier de ce qu'on peut faire avec l'auto, et ne pas se frustrer avec le reste. Il faut être patient et être prêt pour chaque petit développement qui nous est apporté. »

Le pilote québécois n'a fait qu'une journée d'essais présaison dans sa voiture. La prochaine fois qu'il se glissera dans son cockpit, c'est pour les essais de la première course, disputée le 25 mars à St. Petersburg en Floride.

Dans ces conditions, la patience est de mise.

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