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Affrontements entre policiers et étudiants : les deux camps s'expliquent

Une manifestation étudiante tourne à l'affrontement le 7 mars 2012 au centre-ville de Montréal.

Une manifestation étudiante tourne à l'affrontement le 7 mars 2012 au centre-ville de Montréal.

Photo : La Presse canadienne / Marie-Esperance Cerda

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2012 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Alors que de nouvelles manifestations étudiantes ont lieu jeudi à Montréal, à Sherbrooke et en Outaouais, les étudiants et les policiers campent sur leurs positions quant aux affrontements qui ont marqué les rassemblements de mercredi.

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) explique que pendant que des manifestants se dirigeaient vers l'édifice, des étudiants occupaient déjà les locaux de la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ). Le SPVM affirme avoir reçu une demande d'expulsion de la part des responsables de l'édifice.

« Pour procéder à une telle manoeuvre, il fallait enlever les manifestants qui étaient à l'extérieur pour pouvoir entrer en dedans et expulser les manifestants », explique Philippe Pichet, du SPVM.

Au total, mercredi, sept personnes ont été arrêtées par les forces policières. Ces dernières auraient été arrêtées en vertu de certains règlements municipaux, mais aussi pour ne pas avoir obtempéré aux directives des policiers. Une personne a été arrêtée pour agression armée.

Cinq arrestations ont eu lieu lors d'une première manifestation étudiante, tenue en après-midi devant le siège social de Loto-Québec et aussi à l'intérieur, où se trouvent également les bureaux de la CREPUQ.

Un force démesurée, selon les étudiants

De leur côté, les étudiants affirment que les policiers ont agi trop rapidement et avec une force disproportionnée. « Hier, un appel de dispersion qui a été fait alors que la manifestation n'était commencée que depuis quelques minutes : appeler un appel de dispersion aussi rapidement, c'est non seulement jeter de l'huile sur le feu, parce c'est bien évident que les manifestants et manifestantes ne quitteront pas après 15 minutes de manifestation, mais c'est également une manière détournée de nous empêcher de manifester », soutient le porte-parole de la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), Gabriel Nadeau-Dubois.

Francis, un jeune étudiant ayant été blessé à la manifestation contre la hausse des droits de scolarité du 7 mars 2012, à Montréal.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Francis, un jeune étudiant ayant été blessé à la manifestation contre la hausse des droits de scolarité du 7 mars 2012, à Montréal.

Photo : Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE)

S'il admet que quelques boules de neige ont été lancées par les étudiants, il croit qu'il n'était pas légitime d'attaquer la foule avec des matraques et des grenades assourdissantes. Le porte-parole de la CLASSE affirme d'ailleurs qu'un étudiant pourrait perdre l'usage d'un oeil après avoir reçu une grenade assourdissante dans l'oeil.

Gabriel Nadeau-Dubois dit avoir eu confirmation que l'étudiant a été hospitalisé et opéré dans la nuit à l'hôpital Maisonneuve-Rosemont. Selon lui, les médecins affirment qu'il y a peu de chances que le jeune homme retrouve l'usage de son oeil. « Les policiers se sont servis de cette arme de dispersion à bout portant sur les manifestants », a déclaré le porte-parole de la CLASSE.

De son côté, la police de Montréal tente toujours d'éclaircir les circonstances de l'incident, mais confirme qu'un étudiant a été hospitalisé pour une telle blessure.

Interpellé, Charest refuse de blâmer les policiers

La Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) a également tenu à dénoncer la violence des autorités, appelant du même coup le premier ministre Charest à rappeler à l'ordre les forces policières.

« En ne dénonçant pas la répression policière contre les étudiants, le premier ministre, ministre de la Jeunesse, y consent », s'est insurgée Martine Desjardins, présidente de la FEUQ, ajoutant que la police avait exercé un force « démesurée » pour disperser la foule.

Interrogé lors de son passage en Outaouais jeudi, Jean Charest a refusé de blâmer les policiers, et a incité plutôt les étudiants à collaborer avec les forces de l'ordre pour éviter les dérapages.

« Envahir un édifice public, faire peur aux gens, évidemment, cela a des conséquences. Alors, il faut que les leaders étudiants agissent de manière responsable », a déclaré le premier ministre.

« Les policiers font leur travail aussi bien qu'ils le peuvent. Quand les leaders étudiants refusent de les informer sur la façon dont ils vont s'exprimer, ça augmente les risques », a-t-il poursuivi.

La question des itinéraires

Les policiers estiment que leur travail serait simplifié si les étudiants leur fournissaient l'itinéraire de leurs manifestations à l'avance. « Si on avait le trajet, on pourrait encadrer la marche de façon sécuritaire, et ce n'est pas un élément pour procéder à une arrestation massive », affirme Philippe Pichet, du SPVM.

Les étudiants semblent en effet craindre que les policiers utilisent de telles informations contre eux. « Il faut comprendre qu'il y a une raison pour laquelle on ne donne pas l'itinéraire. », a déclaré Gabriel Nadeau-Dubois, ajoutant que la police a déjà utilisé ces informations « pour prendre les étudiants en souricière » et procéder à des arrestations « de masse ».

La ministre de l'Éducation du Québec, Line Beauchamp, croit tout comme les policiers que les étudiants devraient collaborer avec les autorités en leur fournissant l'itinéraire de leurs manifestations.

Quant aux événements violents de mercredi, elle n'a pas voulu commenter le comportement des policiers, évoquant qu'elle n'était pas présente et qu'elle n'était pas au courant de tous les faits. La ministre a toutefois affirmé que dans notre société démocratique, les manifestations ne devraient pas se transformer en affrontements.

Marois appelle Charest à calmer le jeu

La chef péquiste, Pauline Marois, a soutenu quant à elle que tous doivent adopter le meilleur comportement possible. Elle appelle également Jean Charest à essayer de calmer le jeu en lançant un dialogue.

« Tout appel à la violence doit être condamné. [...] Dans ce sens, j'en appelle à l'équilibre, au respect des règles qui font qu'on manifeste pacifiquement », a dit Mme Marois, questionnée à ce sujet en point de presse à Montréal.

La chef de l'opposition en a par ailleurs profité pour lancer une flèche au gouvernement Charest, lui reprochant de faire la sourde oreille aux demandes des étudiants. « On a l'impression que tous les canaux de communication sont bloqués, qu'il n'y a plus de dialogue », a-t-elle ajouté.

Le parti Québec solidaire a pour sa part dénoncé le climat de violence entretenu par les autorités dans le conflit entourant la hausse des frais de scolarité.

« Il est scandaleux que le gouvernement cautionne les gestes des policiers qui ont agressé sans raison un rassemblement étudiant, hier [...] C'est une attitude qui heurte nos valeurs démocratiques », a déclaré Françoise David, présidente de Québec solidaire.

François Legault invite Québec à maintenir la ligne dure

Jeudi, le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, a quant à lui encouragé le gouvernement Charest à maintenir la ligne dure envers les étudiants sur l'augmentation des droits de scolarité, qu'il juge incontournable pour mieux financer les universités et freiner l'exode des meilleurs professeurs.

Il estime que la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, doit « rester ferme » et ne pas succomber aux pressions des grévistes opposés à la hausse de 1625 $ des droits de scolarité sur une période de 5 ans. Le gouvernement ne doit surtout pas reculer sur ce qui est essentiel « à chaque fois que des groupes de pression manifestent », a fait valoir M. Legault lors d'un entretien accordé à la Presse canadienne.

M. Legault croit toutefois que la ministre Beauchamp doit garder ouvert « un canal de communication » avec les associations étudiantes pour convenir des moyens d'assurer l'accessibilité aux études supérieures pour les revenus les plus modestes. Son parti plaide pour une bonification du programme de prêts et bourses et pour la mise en place d'un mécanisme de remboursement proportionnel au revenu une fois les études complétées.

Avec les informations de La Presse canadienne

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