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Les compressions fédérales pourraient entraîner une récession

Compressions fédérales

Compressions fédérales

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2012 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

À quelques semaines du dépôt du budget, l'Association canadienne des employés professionnels (ACEP), qui représente quelque 13 000 employés fédéraux, estime que les compressions budgétaires annoncées par le gouvernement fédéral risquent de plonger le Canada en récession.

Selon l'analyse effectuée par le syndicat, si le fédéral réduit ses dépenses de 8 milliards de dollars, cela aura pour conséquence de réduire l'activité économique canadienne à un tel point que le produit intérieur brut (PIB) du pays sera amputé d'un montant de 10,17 milliards de dollars. Cette somme de 8 G$ est basée sur l'objectif présumé de réduction du ministre des Finances du Canada, Jim Flaherty.

L'ACEP souligne que les effets de ces coupes entraîneront la perte de plus de 116 000 emplois au Canada dans les secteurs public et privé, touchant non seulement les employés du gouvernement, mais également les entreprises qui dépendent des contrats du fédéral. Le syndicat juge que cela touchera « durablement » l'économie canadienne « encore fragilisée par la récession de 2008 ».

Claude Poirier, président de l'ACEP, s'interroge sur l'analyse faite par le gouvernement concernant sa stratégie de réduction budgétaire. « Compte tenu des chiffres que nous dévoilons, nous ne pouvons qu'aboutir à deux conclusions : ou le gouvernement connaît l'impact de son programme de réduction des dépenses et est prêt à risquer de plonger le pays en récession, ou il n'a pas mesuré cet impact et joue les apprentis sorciers avec l'économie canadienne sur des bases idéologiques », affirme-t-il.

Bien que plus pessimiste, la position de l'ACEP se rapproche de celle des agences de notation Moody's et Fitch, qui ont affirmé la semaine dernière que la diminution des dépenses prévue pour le prochain budget fédéral ne serait pas nécessaire et pourrait causer plus de mal que de bien au pays.

Le premier ministre canadien Stephen Harper et le ministre des Finances Jim FlahertyAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le premier ministre canadien Stephen Harper et le ministre des Finances Jim Flaherty

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

De mauvaises décisions

L'Association canadienne des employés professionnels estime par ailleurs que les réductions budgétaires, présentées par le gouvernement Harper comme une fatalité afin de réduire le déficit, sont plutôt le résultat de mauvaises décisions.

Le syndicat cite notamment la baisse de la taxe sur les produits et services (TPS), estimant qu'elle a fait perdre au gouvernement des recettes fiscales annuelles évaluées à 13,4 milliards de dollars. L'ACEP montre aussi du doigt la réduction du taux de taxation des entreprises canadiennes d'un autre point de pourcentage le 1er janvier dernier, jugeant qu'elle est la cause d'une autre perte de revenus de 1,5 milliard de dollars.

« Ottawa choisit de construire des prisons alors que le taux de criminalité ne cesse de baisser. Plusieurs milliards seront consacrés à l'achat d'avions et de navires de guerre. Le secteur pétrolier continue de recevoir des milliards en subventions et le gouvernement réduit les impôts des entreprises qui sont parmi les moins taxées du G-8. On dirait que le gouvernement a choisi les prisons au lieu des gens, les armes au lieu de la compassion et les baisses d'impôt à la grande entreprise au lieu des services aux Canadiens. »

— Une citation de  Claude Poirier, président de l'ACEP

M. Poirier relève que cette situation inquiète les employés fédéraux, qui ont des obligations familiales et des obligations financières. L'incertitude et les rumeurs qui s'accentuent contribuent également, selon lui, au climat d'appréhension des employés.

L'analyse de l'ACEP a été effectuée par des économistes à l'aide des données de Statistique Canada. Il s'agit d'une analyse de données générées par un modèle économique utilisé par des ministères fédéraux.

Une opinion divergente

De son côté, Carlos Leitao, économiste en chef chez Valeurs mobilières Banque Laurentienne, ne croit absolument pas que les compressions fédérales annoncées pourraient provoquer une récession.

« C'est clair que si ça se fait sur une courte période de temps, ça aurait des répercussions évidemment importantes. Mais en même temps, quand on regarde le PIB canadien, c'est 1700 milliards de dollars. Si on le diminue de 10 milliards, c'est 0,5 %. Alors, je ne vois pas quel est le grand risque de ce côté-là », affirme-t-il.

M. Leitao affirme que le problème avec les compressions fédérales est qu'elles seront concentrées dans l'appareil gouvernemental, ce qui aura des répercussions directes sur les emplois des fonctionnaires. L'économiste réfute cependant les chiffres de l'ACEP qui prédit la perte de plus de 116 000 emplois au Canada dans les secteurs public et privé. Selon lui, l'économie canadienne dans son ensemble devrait perdre de 50 000 à 80 000 emplois en raison des réductions fédérales.

Carlos Leitao est toutefois d'accord avec l'ACEP sur sa critique de la réduction de la TPS par le gouvernement. « Il y a très peu d'économistes qui seraient d'accord avec la réduction de la TPS. Nous on pense que la TPS est une bonne taxe. Évidemment, politiquement... C'est une taxe que les gens n'aiment pas, les taxes à la consommation. L'avoir réduit je ne pense pas que c'était l'idée du siècle », dit-il.

Finalement, l'économiste est plutôt d'accord avec l'objectif du gouvernement fédéral. Il pense en effet que puisque l'économie est maintenant sortie de la récession, il faut éliminer le déficit, bien qu'il ne représente que 2 % du PIB.

« Mieux vaut le faire de façon graduelle, sur deux, ou trois, ou quatre ans, que de laisser traîner ça et courir le risque de voir la situation se détériorer beaucoup plus rapidement. L'approche des gouvernements canadiens, fédéral et provinciaux, me semble une approche équilibrée et la bonne à suivre », conclut-il.

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