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Syrie : la France tient les autorités responsables de la mort de deux journalistes

La journaliste Marie Colvin et le photographe Rémi Ochlik, tués en Syrie

La journaliste Marie Colvin et le photographe Rémi Ochlik, tués en Syrie

Photo : La Presse canadienne / AP/Ivor Prickett (Sunday Times)/Yoan Valat

Radio-Canada

Le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, blâme le régime syrien pour la mort de deux reporters occidentaux, une Américaine et un Français, tués mercredi dans les bombardements des forces du président syrien Bachar Al-Assad sur la ville de Homs, haut lieu de contestation du régime.

« La France tient les autorités syriennes pour responsables et comptables de la vie de nos ressortissants, de la vie de nos blessés. Face à l'urgence de la situation, le régime de Damas nous doit une réponse », a déclaré Alain Juppé à la presse.

La mort de Marie Colvin et de Rémi Ochlik survient un mois après que le grand reporter de France 2, Gilles Jacquier, eut été tué en Syrie.

Paris a convoqué l'ambassadrice syrienne et a demandé l'arrêt immédiat des attaques, ainsi qu'un accès sécurisé pour secourir les journalistes à Homs.

Le président Nicolas Sarkozy a souligné que ces morts montraient « combien la liberté d'informer est importante et combien le métier de journaliste peut être difficile et dangereux. Ça montre que maintenant, ça suffit, ce régime doit partir », a-t-il déclaré à la presse.

La chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, a qualifié leur décès de « crimes ». « L'escalade de la violence dans le pays doit cesser immédiatement. Les autorités syriennes doivent permettre un accès total et sans condition aux employés des organisations humanitaires pour l'acheminement de l'aide humanitaire », est-elle intervenue.

Le premier ministre britannique, David Cameron, son ministre des Affaires étrangères, William Hague, et le dirigeant du groupe qui détient le quotidien pour lequel travaillait Mme Colvin, Rupert Murdoch, ont rendu hommage à la journaliste à Londres.

« Marie a courageusement couvert les conflits au Moyen-Orient et dans le sud de l'Asie pendant 25 ans pour le Sunday Times. Sa blessure à l'oeil ne l'avait pas dissuadée de partir pour des missions plus dangereuses encore », a souligné M. Murdoch.

Les États-Unis ont pour leur part dénoncé la brutalité du régime.

La journaliste française Sara Daniel, qui a côtoyé Marie Colvin en Irak et qui revient tout juste de la Syrie, a estimé que la situation est dangereuse pour les journalistes au pays de Bachar Al-Assad comme partout où le pouvoir veut conserver son emprise sur le peuple.

« Dans toutes les dictatures, dans tous les endroits conflictuels, les pouvoirs en place et les pouvoirs dictatoriaux n'ont pas intérêt à ce qu'il y ait des journalistes qui viennent et qui témoignent. [...] Quand on pense à la Tchétchénie, à beaucoup d'autres conflits qu'avait notamment couverts Marie, c'est toujours la même histoire », a-t-elle affirmé en entrevue à 24 heures en 60 minutes.

Marie Colvin, journaliste de 56 ans basée à Londres, était correspondante pour le journal britannique The Sunday Times. Elle avait couvert de nombreux conflits, notamment en Yougoslavie, en Iran, au Sri Lanka et récemment en Libye. Elle avait échappé à une tentative d'assassinat au Sri Lanka, en 2001, mais avait perdu un oeil par un éclat de métal.

Âgé de 28 ans, le photographe Rémi Ochlik avait fondé sa propre agence de photo et commencé sa carrière en couvrant le conflit à Haïti, à l'âge de 20 ans.

Au moins 46 journalistes ont été tués dans le monde en 2011, soit deux de plus qu'en 2010, rapportait mardi le Comité pour la protection des journalistes (CPJ).

Les journalistes sous surveillance

Depuis le début du soulèvement en Syrie en mars 2011, le régime de Bachar Al-Assad interdit l'entrée des journalistes étrangers au pays. Les autorités ont récemment commencé à délivrer des visas de courte durée à un nombre restreint de reporters, qui sont escortés dans leurs déplacements par des fidèles du pouvoir.

Le ministère syrien de l'Information a par ailleurs demandé mercredi aux journalistes étrangers travaillant illégalement dans le pays de signaler leur présence.

« Le ministère invite tous les journalistes étrangers qui sont entrés illégalement en Syrie à se rendre aux autorités d'immigration les plus proches pour régulariser leur situation conformément aux réglementations en vigueur », a diffusé Syria TV.

Les autorités syriennes ont réfuté les accusations d'activistes soutenant que le pouvoir aurait délibérément tiré sur la maison de Homs abritant six journalistes, dont les deux tués.

« Le ministère ne détenait aucune information sur l'entrée sur le territoire syrien de Marie Colvin, de Rémi Ochlik ou de tout autre journaliste étranger », a précisé la télévision syrienne.

Outre les deux reporters, au moins 17 civils ont été tués dans le pilonnage du quartier Baba Amr de Homs, assiégée depuis le 4 février. Le quotidien Le Figaro a par ailleurs indiqué que la Française Edith Bouvier figurait parmi les journalistes blessés. Sa vie ne semble toutefois pas en danger.

Le citoyen et journaliste syrien de 26 ans Rami al-Sayyed, surnommé « l'oeil de la révolution » par l'opposition syrienne pour sa couverture de l'offensive du régime contre la ville de Homs, aurait été tué mardi par un obus, selon des militants.

Les violences se sont poursuivies entre-temps dans plusieurs villages du nord de la Syrie, aux frontières de la Turquie, où des raids menés par des soldats fidèles au régime de Damas ont fait 27 nouveaux morts. Selon le Réseau syrien pour les droits de l'homme, les victimes sont toutes des civils.

« Les forces armées ont pourchassé des civils dans ces villages, elles les ont arrêtés et les ont tués sans hésitation. Ils se sont concentrés sur les jeunes hommes, et ceux qui ne sont pas parvenus à prendre la fuite ont été tués », a déclaré l'organisation par voie de communiqué.

Appels à la trêve quotidienne

Alors que les États-Unis, la France, l'ONU, la Croix-Rouge et de l'opposition syrienne réclament une trêve de deux heures par jour pour permettre l'accès de l'aide humanitaire en Syrie, la Russie et l'Iran se sont prononcés mercredi contre toute ingérence.

Les deux parties [la Russie et l'Iran] se sont prononcées pour que les Syriens surmontent par eux-mêmes et le plus rapidement possible la crise par des moyens exclusivement pacifiques, sans ingérence de l'extérieur.

Un communiqué du Kremlin

La Russie s'était jointe à l'appel lancé par la Croix-Rouge, mercredi, 24 heures après qu'elle eut refusé de participer à la conférence des « amis de la Syrie », prévue vendredi à Tunis.

Le roi Abdallah d'Arabie saoudite avait déclaré au président russe, plus tôt mercredi, que tout dialogue avec la Syrie était « futile ».

Les États-Unis avaient de leur côté laissé entendre la veille qu'ils pourraient aider l'opposition à s'armer contre le président syrien si une solution pacifique tardait à se concrétiser. « Nous continuons de croire qu'une solution politique est nécessaire en Syrie [...] mais nous n'excluons pas des mesures supplémentaires », a affirmé le porte-parole de la présidence américaine, Jay Carney.

L'ambassadeur syrien convoqué à Londres, l'UE annonce des sanctions

Le ministère britannique des Affaires étrangères a annoncé mercredi avoir convoqué l'ambassadeur syrien à Londres pour lui faire part de son « horreur » face aux violences à Homs et de sa consternation face à la mort des deux journalistes.

Le Foreign Office a insisté pour que les autorités syriennes « facilitent [...] le rapatriement des corps des journalistes et le traitement médical du journaliste britannique blessé dans la même attaque ».

Notre demande était claire: la violence doit cesser immédiatement. Les autorités syriennes doivent appliquer les garanties qu'elles ont données à la Ligue arabe, cesser toute violence contre les civils et entamer une transition politique calme avant qu'il n'y ait le moindre mort supplémentaire.

Le ministère britannique des Affaires étrangères

Les pays de l'Union européenne ont par ailleurs déclaré que de nouvelles sanctions contre la Syrie seront annoncées lundi, notamment un gel des biens de la banque centrale syrienne, une interdiction de certaines de ses transactions et du commerce de métaux précieux comme l'or et un embargo sur le transport aérien de marchandises.

L'UE a parallèlement commencé à établir des plans d'évacuation des ressortissants européens et étrangers vers le Liban et la Jordanie au cas où la situation se détériorerait.

Sept nouvelles personnes seront en outre ajoutées à une liste de près de 150 personnes et organisations ou entreprises, dont les principaux membres du régime, faisant l'objet d'interdictions de visa en Europe et de gels d'avoirs, selon des sources diplomatiques.

7600 morts depuis la mi-mars

La répression du mouvement de contestation contre le régime de Damas a fait plus de 7600 morts en Syrie depuis près d'un an, a rapporté mercredi l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), basé à Londres. Parmi les victimes figurent 5542 civils, 192 soldats et membres des services de sécurité du régime et près de 400 déserteurs, a indiqué à l'AFP le chef de l'OSDH, Rami Abdel-Rahmane.

Le dernier bilan de l'Organisation des Nations unies faisait état de 5500 morts dans l'ensemble du pays, sans compter les soldats tués par des insurgés armés.

Avec les informations de Agence France-Presse, Reuters, et Associated Press

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