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Cours d'éthique et culture religieuse : la Cour suprême tranchera sur l'exemption

Classe (secondaire)

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Radio-Canada

Le plus haut tribunal du pays rend vendredi son jugement dans la cause opposant la Commission scolaire des Chênes et des parents de Drummondville relativement à l'inclusion du cours d'éthique et culture religieuse dans le programme scolaire québécois.

Ces parents, qui demandaient que leur enfant soit exempté de ce cours, tentent de faire infirmer la décision rendue en 2009 par la Cour supérieure du Québec. Cette dernière avait jugé que le cours ne contrevenait pas à la Charte des droits et libertés de la personne en matière de liberté de conscience et de religion.

Selon la Coalition pour la liberté en éducation, 2000 autres parents se sont vu refuser une demande d'exemption à ce cours pour leur enfant. Lors de la mise en place du programme en 2008, le ministère de l'Éducation avait annoncé publiquement qu'il n'y aurait pas d'exemptions.

Dans son jugement, le juge de la Cour supérieure, Jean-Guy Dubois, écrivait à l'époque que « le tribunal ne voit pas comment le cours d'éthique et de culture religieuse brime la liberté de conscience et de religion des demandeurs pour les enfants, alors que l'on fait une présentation globale de diverses religions sans obliger les enfants à y adhérer ».

Exemption pour une école privée catholique

Rappelons que, dans une cause différente, la Cour supérieure du Québec avait exempté en juin 2010 l'école secondaire privée catholique Loyola High School, à Montréal, de donner le cours d'éthique et de culture religieuse dans une perspective laïque, tel que requis par le ministère de l'Éducation.

Le juge estimait qu'en forçant l'institution à donner le cours dans une perspective laïque, le ministère de l'Éducation viole le droit à la liberté de religion. Québec avait décidé de faire appel du jugement.

Écoutez notre entrevue avec Denis Watters, qui a coordonné la rédaction du programme éthique et culture religieuse.

Visions contradictoires

Les parents demandeurs, dont l'identité n'est pas divulguée afin de préserver l'anonymat des enfants, jugent que le cours d'éthique et de culture religieuse porte atteinte à leur liberté de conscience et de religion, protégée par les chartes canadienne et québécoise des droits et libertés.

La Coalition pour la liberté en éducation est du même avis. Son porte-parole, Richard Décarie, réclame le retour du droit d'exemption aux cours à vocation religieuse. De son côté, le Mouvement laïque québécois réclame l'abolition du volet « culture religieuse », afin d'en faire un cours d'éthique. La présidente du groupe, Marie-Michelle Poisson, soutient qu'en permettant l'exemption, les élèves n'auraient pas tous la même formation, et qu'il s'agirait d'un recul pour l'éducation au Québec.

Les critiques du programme sont de toutes natures. Certains déplorent que le programme propose d'aborder la religion sans souci d'introduire la foi. D'autres, qu'il ne fasse pas de la culture de la majorité le creuset de l'intégration des nouveaux venus. Certains se demandent s'il ne risque pas de compromettre la laïcisation déjà bien avancée de notre société.

À l'opposé, nombreux sont ceux qui vantent les bienfaits du nouveau programme, au premier chef Denis Watters, qui a coordonné la rédaction pour le ministère de l'Éducation, puis en a fait sa promotion auprès des médias et de la population.

Selon lui, des professeurs lui ont confié avoir remarqué de grands changements chez leurs élèves depuis l'instauration du programme, ceux-ci étant plus ouverts, développant un esprit critique et étant plus réceptifs vis-à-vis de la diversité des propos exprimés en classe.

Les enseignants sont-ils préparés?

D'autres, comme Normand Baillargeon, professeur au Département d'éducation et de pédagogie de l'UQAM, soulevaient des doutes quant à la réalisation des objectifs du programme. Selon lui, la formation que reçoivent les enseignants est insuffisante pour leur permettre d'assimiler la masse d'information qui est nécessaire à la réalisation des objectifs.

Il souligne par ailleurs que le programme aborde des questions délicates, l'enseignant devant faire preuve d'une grande sensibilité, d'une capacité de négocier des conflits parfois profonds, avec des parents, sur des questions de valeurs fondamentales.

Le programme

Le programme d'éthique et culture religieuse est devenu obligatoire au Québec en mai 2008. Il remplace les programmes d'enseignement moral et d'enseignement moral et religieux, catholique et protestant, dispensés jusqu'alors dans les écoles de la province.

Au primaire, le programme est conçu pour environ 36 heures de cours par année. Au secondaire, il a été conçu pour 100 heures au premier cycle, 100 heures en 4e secondaire et 50 heures en 5e secondaire. Il n'est pas à l'horaire en 3e secondaire.

Le programme a été conçu pour tenir compte des capacités des enfants suivant leur âge. Ainsi, pour les petits, l'éthique consiste à s'attarder, par exemple, à ce qui constitue pour eux le bonheur, comme visiter leurs grands-parents. Il s'agit aussi de découvrir, par les exemples de chacun, la diversité des points de vue. On passe ensuite à la question du partage entre amis, avant de traverser au secondaire pour s'acclimater aux concepts de liberté, de justice, puis, enfin, de la tolérance.

Dans le volet religion, on s'initie aux fêtes et rites, puis aux religions et à leurs fondateurs, avant d'aborder au secondaire l'histoire d'institutions et de personnages marquants d'ici, pour finir par se pencher sur ce que proposent les grandes religions aux questions existentielles.

En instaurant ce programme, le ministère de l'Éducation voulait faire du dialogue la clé de l'avenir, dans un esprit de « respect réciproque des valeurs et des croyances ». On espère voir apparaître une jeunesse capable de puiser, sans préjugés, aux sources des traditions - chrétienne, juive, amérindienne - et aux expériences plurielles du présent, pour façonner un avenir d'égalité et de justice.

Société