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Quelle influence pour le Huffington Post au Québec?

Le Huffington Post Québec
Radio-Canada

Un nouveau joueur fait son apparition dans le paysage médiatique québécois : le Huffington Post Québec. La déclinaison provinciale du site, qui compte déjà une édition canadienne, a été lancée mercredi. Pour l'occasion, la fondatrice du site original américain, Arianna Huffington, a donné une conférence à Montréal.

La recette du Huffington Post consiste à combiner fois blogues, reportages originaux et contenus de médias traditionnels, tout en mettant de l'avant les réseaux sociaux et les échanges avec les internautes. Elle a connu un grand succès aux États-Unis. Selon des données de comScore, le Huffington Post a enregistré 36,6 millions de visiteurs uniques en mai 2011, dépassant le site web du New York Times (35,5 millions).

Quel sera l'impact du Huffington Post dans l'univers médiatique québécois? Des spécialistes nous donnent leur avis.

Audace et diversité

Pour Thierry Watine, rédacteur en chef chez Les Cahiers du journalisme et professeur au Département d'information et de communication de l'Université Laval, l'arrivée d'un nouveau joueur contribue à une meilleure diversité. « Et qui dit diversité, dit une information plus variée, et je crois que cela est au bénéfice des citoyens et des consommateurs d'information », précise-t-il.

Le président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), Bryan Myles, estime aussi qu'en soi, l'arrivée d'une nouvelle voix dans le paysage de l'information est la bienvenue. Il juge toutefois que pour avoir une réelle diversité de l'information, il doit y avoir des journalistes qui sortent des informations originales, de préférence exclusives, qui font avancer le débat démocratique. Un site qui relaie seulement du contenu est pour lui moins intéressant.

« C'est seulement au fil du temps que l'on verra où loge le Huffington Post. On peut au moins être encouragé par l'équipe qu'ils ont recrutée : des gens compétents, qui sont de véritables journalistes, sont à la tête de la boîte », a déclaré M. Myles.

Il est difficile de prévoir quel succès remportera le Huffington Post Québec, mais les spécialistes soulignent qu'il pourrait soulever une réflexion sur les pratiques des médias québécois sur le web.

« L'espace médiatique au Québec, jusqu'à tout récemment, manquait beaucoup d'audace et d'initiative en terme de contenu web en information. Le Huffington Post vient vraiment bousculer le petit confort et la petite sécurité des médias établis », estime Colette Brin, vice-présidente de l'Association canadienne de communication et professeure à l'Université Laval.

Selon Bernard Motulsky, titulaire de la Chaire de relations publiques et communication marketing de l'UQAM, le Huffington Post présente un modèle d'intégration des médias sociaux qui a déjà servi de modèle à plusieurs médias.

Quand vous allez là-dessus, vous voyez ce que vos amis ont aimé, vous pouvez commenter instantanément les différents articles, les relayer : cela crée effectivement beaucoup plus de circulation. Alors que les médias traditionnels, eux, ont pris plus de temps à commencer à développer ces outils et cette intégration.

Bernard Motulsky

Par ailleurs, dans un monde médiatique en pleine transformation, Thierry Watine estime que l'information sur le web incarne l'avenir. « Je suis de ceux qui pensent, et je l'assume, que la presse écrite papier va progressivement disparaître. Il faut se préparer à cela. Ceux qui freinent des quatre fers devant ces grandes évolutions, je pense, se trompent lourdement », a-t-il souligné.

Cela dit, M. Watine croit que pour survivre, la rigueur journalistique devra continuer d'être au coeur de l'information sur le web. « Il faut que ces nouveaux médias, dont fait partie le Huffington Post, au-delà de la nouvelle expérience, au-delà de la convivialité, soient arc-boutés sur les fondamentaux du journalisme. »

Si on va vers quelque chose qui dérive vers une forme de divertissement non professionnel et du bricolage, c'est sûr qu'on se plante, on va dans le mur. En revanche, si on est solidement adossé à des valeurs journalistiques fondamentales, à la qualité de l'information, alors oui, je pense qu'il y a un très bon coup à jouer.

Thierry Watine

Le choix du Huffington Post de ne pas payer les blogueurs a soulevé la controverse au Québec et certains blogueurs ont choisi de se désister. « Cette idée de blogueurs non rémunérés est controversée aux États-Unis aussi, mais c'est la formule, et les gens qui se sont embarqués là-dedans l'ont fait en connaissance de cause, autant aux États-Unis qu'au Québec », observe Colette Brin.

Le <em>Huffington Post</em>Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le Huffington Post

Photo : La Presse canadienne / AP Photo/Mark Lennihan

Le partage de la tarte publicitaire

En matière de revenus publicitaires, le nerf de la guerre sur le web, le Huffington Post peut-il être viable? Samuel Parent, vice-président du Bureau de la publicité interactive du Canada, estime qu'il le peut, pour plusieurs raisons.

Premièrement, son « parent », AOL, a les moyens de faire la promotion du site. De plus, la marque Huffington Post est déjà connue et attire l'attention des gens. « Ils peuvent, eux, patienter un peu plus longtemps qu'un nouveau [site web indépendant] avant de faire des revenus », explique Samuel Parent.

Selon lui, bien que le site ne puisse, pour l'instant, présenter des données de fréquentation pour vendre de la publicité, il est certain qu'il vient jouer dans les plates-bandes des autres sites généralistes de nouvelles pour les revenus publicitaires en ligne.

Des revenus qui sont en hausse. Au Canada, selon le Bureau de la publicité interactive du Canada, ils pourraient dépasser les dépenses publicitaires effectuées dans les quotidiens dès 2012. « On s'attend à 12 ou 13 % de croissance des revenus publicitaires sur le web entre 2011 et 2012. On a connu 16 % de croissance entre 2010 et 2011 », précise Samuel Parent, qui prédit toutefois une explosion encore plus grande des dépenses publicitaires dans le marché du mobile.

Avec des entrevues de Johanne Lapierre et de Vincent Maisonneuve

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